Les enjeux cruciaux méritent un niveau d'attention plus élevé | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Les enjeux cruciaux méritent un niveau d'attention plus élevé

(Crédit : Chris Yakimov)

Par David Suzuki

Des scientifiques du gouvernement jusqu'aux citoyens des premières nations et aux environnementalistes, pratiquement toutes les personnes travaillant à protéger l'air, l'eau, la terre et les animaux qui nous gardent en vie et en santé ont subi des attaques de certaines sources parmi le gouvernement, les médias et autres. Une grande partie de la représentation de l'enjeu que donnent les médias est pratiquement absurde, se basant sur des attaques ad hominem (qui s'organisent autour de défauts de caractère perçus pour détourner notre attention des arguments ou les invalider) qui dépeignent les gens qui se préoccupent du monde comme des conspirateurs avares focalisés sur l'enrichissement personnel ou même encore la domination du monde! Ce serait risible s'il n'y avait pas autant de gens qui prennent ces allégations au sérieux.

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Les tactiques du gouvernement ont été plus insidieuses, souvent destinées à faire taire toute personne s'opposant à l'extraction massive des ressources et aux politiques d'exportation. Des politiciens au Royaume-Uni, en Australie, aux États-Unis, au Canada et ailleurs ont créé une fausse dichotomie entre l'environnement et l'économie dans le but de minimiser la gravité de questions comme le changement climatique et le besoin d'y remédier. Ces arguments sont erronés à tant de niveaux.

Premièrement, l'économie est une invention humaine, un outil qui peut être changé lorsqu'il ne correspond plus à nos besoins. L'environnement c'est l'air, l'eau, la terre, la diversité végétale et la vie animale sans lesquels nous ne pouvons pas vivre. Pourquoi ne pas travailler à bâtir une économie en santé et prospère qui protège ces choses?

Une multitude de recherches concluent également qu'ignorer les changements climatiques nous coûtera beaucoup plus cher que d'y répondre maintenant. Les factures faramineuses que nous laisse le nettoyage nécessaire après des évènements liés à la température extrême, comme les inondations, ne sont que le début. Les changements climatiques affectent aussi les réserves d'eau et la capacité de notre monde à faire pousser de la nourriture, et contribuent aussi à un nombre grandissant de réfugiés. Selon l'Organisation mondiale de la Santé, près de 150 millions de personnes meurent déjà chaque année de causes liées au réchauffement de la planète — et cela n'inclue pas les morts et les maladies liées à la pollution produite par les combustibles fossiles.

Ici au Canada, l'empressement à exploiter les combustibles fossiles et à les acheminer sur le marché le plus rapidement possible a engendré un effort concerté pour museler quiconque y faisant obstacle, incluant les propres scientifiques du gouvernement. Une enquête récente de l'Institut professionnel de la fonction publique du Canada a démontré que plusieurs d'entre eux ont reçu l'instruction de modifier ou d'omettre certaines informations dans les documents du gouvernement pour des raisons non scientifiques et ont été empêchés de parler de leur travail au public ou aux médias. L'enquête a aussi révélé des cas où l'interférence politique a effectivement nui à la santé et la sécurité des Canadiens et de l'environnement.

Pendant ce temps, un récent rapport d'Environnement Canada indique que le Canada a failli dans l'atteinte de ses objectifs de réduction des gaz à effet de serre établis sous l'Accord de Copenhague. Avec le gouvernement fédéral et certains gouvernements provinciaux s'appuyant sur les sables bitumineux et la fracturation hydraulique — principalement pour l'exportation — comme piliers de leurs politiques économiques et énergétiques, la situation risque de s'aggraver.

La campagne pour promouvoir les combustibles fossiles au détriment de l'énergie propre a aussi été relayée par d'autres. Dans plusieurs cas, ceci s'est développé à un niveau de railleries de cour d'école et d'intimidation -au sein du gouvernement, mais encore plus dans certains médias dominants. Certains se sont abaissés à ignorer des idées et des arguments rationnels en faveur de mensonges, d'insinuations, d'exagérations et d'attaques personnelles.

Ironiquement, l'une des sources est une personnalité médiatique avec des liens au gouvernement qui a démontré l'habitude d'utiliser de faux arguments et un raisonnement erroné, qui ont mené à une série d'accusations et de condamnations pour diffamation, ainsi qu'à une censure pour cause de violations du code d'éthique du Conseil canadien des normes de la radiotélévision et des plaintes pour déclarations racistes.

Il est triste de voir autant de nos médias et de notre gouvernance dans un état si piteux que nous ne pouvons même pas nous attendre à une discussion rationnelle sur des enjeux critiques comme les changements climatiques et la politique énergétique. Et il y a place au débat — pas sur l'existence des changements climatiques; la science est claire sur le fait qu'ils sont réels et que nous en sommes un contributeur majeur, principalement par l'utilisation de combustibles fossiles et la coupe des forêts.

Mais, il y a place à discussion sur les manières d'y répondre. Et nous devons effectivement y répondre. Nous n'y parviendrons pas cependant, si nous empêchons les scientifiques de mener à bien leurs recherches et d'en parler librement, et si nous laissons la discussion être prise en otage par des injures de bas niveau et des allégations absurdes.

Par David Suzuki avec la contribution de Ian Hanington, rédacteur en chef

31 octobre 2013

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