Malgré l'accident de Fukushima, les scientifiques affirment qu'il est sécuritaire de manger du poisson provenant de la côte ouest. | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Malgré l'accident de Fukushima, les scientifiques affirment qu'il est sécuritaire de manger du poisson provenant de la côte ouest.

(Crédit : Timmy Corkery via Flickr)

Par David Suzuki

Après le tremblement de terre et le tsunami qui ont dévasté le Japon en 2011, les risques de fuites de radiation de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi ont généré des craintes au sujet de la santé des individus, ceux résidants à ou à proximité de Fukushima et ceux impliqués dans les tentatives de décontamination, de la planète et des possibles impacts sur notre réseau trophique complexe qui dépend de la mer.

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Shunichi Tanaka, chef du département de la réglementation nucléaire au Japon, a confié aux journalistes que depuis la catastrophe naturelle, il est probable qu'il y ait eu fuite d'eau radioactive dans l'océan Pacifique. Selon un rapport, la fuite serait à elle seule la plus importante source de radionucléides jamais observée dans l'environnement marin. Avec trois cents tonnes d'eau contaminée s'écoulant dans l'océan chaque jour, le gouvernement du Japon a finalement reconnu, en septembre, l'urgence d'agir.

Les médias sociaux débordent maintenant d'individus qui renoncent à consommer du poisson provenant de l'océan Pacifique. Pour certains, ce geste apparaît justifiable vu le peu d'informations disponibles au sujet des activités de confinement. Cependant, des recherches préliminaires ont démontré qu'il est sécuritaire de consommer le poisson pêché sur la côte ouest-canadienne.

Il faut compter environ trois ans entre le moment de l'incident et celui où la radiation atteindra la côte ouest, ce qui nous amène au début de l'année prochaine. Des expérimentations récentes sur des poissons migrateurs, incluant des échantillons provenant de thons rouges du Pacifique pêchés sur la côte californienne, ont évalué les niveaux de radiation et les impacts potentiels sur les réseaux trophiques marins plus éloignés du Japon. Des traces de radio-isotopes en provenance de la centrale de Fukushima ont été trouvées, mais, selon les données scientifiques actuellement disponibles, elles se situent en dessous des niveaux naturellement observés dans les milieux qui nous entourent. Les produits alimentaires, les traitements médicaux et le transport aérien sont quelques-unes des sources de radiation naturelle ou ambiante.

Le bilan le plus exhaustif des conséquences de cet évènement sur la santé a été produit par l'Organisation mondiale de la Santé et concluait que les particules radioactives, qui se retrouvent dans les eaux de l'Amérique du Nord, auront un impact limité sur la santé humaine étant donné que les concentrations estimées par l'OMS se révèlent sécuritaires selon leurs propres critères.

D'autres comptes-rendus sont à venir. Ce mois-ci, l'institution des Nations Unies chargée de l'évaluation des niveaux de dangerosité et des conséquences planétaires de la radiation ionisante va présenter ses observations à l'Assemblée générale des Nations Unies. Ainsi, nous devrions trouver des réponses sur la quantité de matières radioactives relâchées dans l'environnement, sur la façon dont celles-ci se sont propagées et sur les possibles impacts qu'elles auront sur l'environnement et les sources de nourriture.

L'océan est vaste, il est dynamique et nous ne comprenons pas entièrement toute sa complexité. Il semble que deux courants près des côtes du Japon — le courant de Kuroshio et l'extension du Kuroshio — aient dilué les matières radioactives et permis l'atteinte des niveaux sécuritaires déterminés par l'OMS, et ce, dans les quatre mois suivant l'incident. Les remous et les tourbillons géants, dont certains sont d'une largeur de quelques dizaines de kilomètres, ont continué le processus de dilution et ils orienteront les particules radioactives vers les zones côtières pour au moins deux décennies.

Les poissons nageant dans les eaux à proximité de la centrale endommagée ne s'en sortent pas aussi bien. De hauts niveaux de césium 134, un isotope radioactif qui se décompose rapidement, ont été trouvés dans les échantillons prélevés sur ceux-ci. Les eaux proches du Japon voient leurs niveaux de radiation se maintenir. Ils ne diminuent pas comme espérés, ceci démontrant que la fuite de radiation n'est toujours pas contrôlée. Au moins quarante-deux espèces de poissons se trouvant dans la zone immédiate sont considérées dangereuses pour la consommation, et la pêche y est toujours interdite.

De nouvelles inquiétudes continuent d'apparaître. Alors que la fuite initiale contenait des isotopes de césium, l'eau de la centrale s'écoulant maintenant dans l'océan semble avoir de plus grandes quantités de strontium-90, une substance radioactive qui est absorbée différemment. Si le césium tend à entrer et sortir rapidement du corps, le strontium s'attaque aux os.

L'accumulation importante d'eau radioactive à la centrale devrait être gérée immédiatement. Identifier tous les impacts d'une exposition prolongée de l'océan aux substances radioactives, et ce, même à de faibles niveaux, demandera du temps, un suivi et des évaluations continues. Pendant que Santé Canada fait le suivi des niveaux de radionucléides dans les aliments vendus en sol canadien et que l'une de ces études inclut des échantillons prélevés à Vancouver, nous devons rester vigilants et exiger des rapports réguliers.

N'importe quelle quantité de radiation fuyant dans l'océan est dommageable pour la planète et la santé de toutes les espèces, incluant les humains. Lorsqu'une quantité importante de radioactivité est libérée, comme celle de Fukushima, elle devient une grande source d'inquiétudes, entre autres par l'absence de données en ce qui a trait aux risques sur la santé à long terme, comme la formation de cancers.

Cela ne signifie pas qu'il est dangereux de manger des poissons pêchés sur la côte ouest du Pacifique. Je privilégie une approche vigilante : le poisson restera une partie intégrante de ma diète, tant et aussi longtemps qu'il est pris localement, de manière durable et ce, jusqu'à ce que de nouvelles études me donnent des raisons de reconsidérer ma position.

Avec la contribution de la spécialiste des communications de la Fondation David Suzuki Theresa Beer.

10 octobre 2013

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