Un an après le rapport du juge Cohen, le saumon lutte encore pour remonter la pente | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Un an après le rapport du juge Cohen, le saumon lutte encore pour remonter la pente

(Crédit : Bonneville Power via Flickr)

Par David Suzuki

Tandis que les températures sont à la baisse et que les journées raccourcissent, des millions de saumons ont commencé la difficile remontée des rivières et ruisseaux de la Colombie-Britannique vers leurs frayères natales. Les ours, mouettes, loups, aigles, balbuzards pêcheurs, corbeaux, martres et des dizaines d'autres espèces attendent avec impatience ce riche élan de vie venu de l'océan Pacifique. Les collectivités et les entreprises attendent aussi. La saison d'aujourd'hui marque également le premier anniversaire de la remise du rapport final de la Commission d'enquête sur le déclin des populations de saumon rouge du fleuve Fraser du juge Bruce Cohen.

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Au départ, le déclin record du nombre de saumons du Pacifique qui remontaient le fleuve Fraser en 2009 est la raison qui avait motivé le gouvernement fédéral à mener une enquête judiciaire. Quatre ans plus tard, le faible nombre de spécimens issus des générations de 2009 qui rejoint sa frayère est alarmant, et la fermeture des pêcheries de saumon est devenue chose courante.

Qu'est-il advenu des 75 recommandations que le juge Cohen a soigneusement formulées pour aider l'espèce à se remettre sur pied? Quel est l'avenir des industries et des communautés qui dépendent de la survie de ce poisson?

Le rapport de la Commission de Cohen est le résultat de trois ans de travail pour lequel on a rassemblé 2 145 preuves, tenu 892 audiences sur une durée de 138 jours, et entendu 180 témoins. La Fondation David Suzuki et des avocats d'Ecojustice ont travaillé de pair pour faire de la recherche et recueillir des témoignages, afin de s'assurer que l'enquête étudie les problèmes au sein du système de gestion actuel. Avec optimisme, on pensait que le gouvernement fédéral prendrait au sérieux la raréfaction du saumon sauvage; cette étude indépendante et approfondie a donc découlé sur une série d'actions. Ce qui était devenu un sujet de discussion et de discorde nous conduisait désormais vers quelque chose de précis.

Pourtant, la direction définie n'a pas inspiré grand-chose de la part du gouvernement. Les politiciens ont beau dire qu'ils lisent le rapport et que des mesures énoncées dans les recommandations de ce dernier vont être prises, les quelques pas qui ont été faits, notamment l'attribution de subventions pour des projets de recherche, semblent vains et ne permettent pas de mettre en place les solutions proposées à des problèmes que M. Cohen a jugé être majeurs.
La Politique concernant le saumon sauvage en 2005 par le gouvernement fédéral même est une base solide pour la conservation du saumon et a constitué un tremplin clé pour les recommandations de Bruce Cohen. Il est temps de mettre cette politique en pratique en adoptant un plan dont les coûts sont détaillés et dont le but est de définir les tâches, de les distribuer, et de les faire exécuter dans les temps impartis. Le gouvernement n'a encore nommé personne pour accomplir la dure tâche de naviguer les eaux du monde du saumon sauvage du Pacifique, un monde qui s'avère complexe, du point de vue social, économique, écologique et politique.

La Commission a conclu que les changements climatiques sont un des plus inquiétants facteurs de stress pour les poissons. Le saumon est sensible au changement de la température de l'eau et il est prévu que le Fraser se réchauffe. Le Canada doit jouer son rôle et s'occuper des problèmes climatiques si on veut que la gestion des pêcheries ait une influence quelconque sur l'avenir de cette créature étonnante et de tout ce qui dépend d'elle pour vivre.
L'enquête se penchait aussi sur les effets de l'usage de cages en filet par l'industrie salmonicole. Le ministère des Pêches et des Océans (MPO) continue de promouvoir et de contrôler l'industrie salmonicole. Le juge Cohen a recommandé que le MPO mette un terme à ce conflit d'intérêts et à ce qu'il cesse de soutenir cette industrie. Le MPO ferait bien de se concentrer sur ce qu'il faisait de mieux autrefois, à savoir, réunir, utiliser et publier des données scientifiques pertinentes.

Le juge Cohen a demandé à ce qu'on suspende l'expansion des piscicultures sur les îles Discovery qui se trouvent sur un important chemin de migration des saumons et il a aussi préconisé l'élimination des piscicultures si, d'ici 2020, rien n'a été fait pour résoudre les problèmes actuels. La Commission a interviewé des habitants de la Colombie-Britannique et le message était clair : il ne faut pas compromettre l'avenir du saumon sauvage qui tient une place importante dans la culture des Premières Nations ainsi que dans les communautés de la côte et au Canada de manière générale.

Un an plus tard, les témoignages ont été entendus, les preuves ont été présentées et 26 millions de dollars ont été dépensés. Il est temps d'agir pour renflouer les vagues de migration de saumon sauvage du Pacifique, afin que les générations futures puissent se partager et savourer ce poisson légendaire. Le destin du saumon sauvage est trop important pour qu'on abandonne son dossier à la poussière des bureaux du gouvernement. On ne peut pas continuer à conduire des enquêtes sur des questions qui nous préoccupent et ignorer les recommandations qui en découlent.

Il s'agit d'un rapport très sérieux qui offre des objectifs clairs. Il est digne d'une véritable réponse. À l'heure où le saumon se bat pour effectuer sa miraculeuse remontée des cours d'eau déchaînés de la Colombie-Britannique, nous devons dire à Stephen Harper et à la ministre des Pêches et des Océans Gail Shea qu'il est temps que le gouvernement se mette lui aussi en action.

Rédigé en collaboration avec Theresa Beer, spécialiste des communications pour l'Ouest du Canada

24 octobre 2013

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