Photo: Se salir un peu pourrait être bon pour la santé

(Crédit : Jode Roberts)

Par David Suzuki

L'humanité a passé la plus grande partie de son histoire proche de la nature. Avec l'évolution de la civilisation notre urbanisation s'est accrue, et maintenant la plupart d'entre nous vivent dans les villes. En nous éloignant de la nature, nous avons assisté à un déclin d'autres formes de vie. La biodiversité est en train de disparaître. Le taux de perte actuel est peut-être aussi élevé que 10 000 fois plus que le taux naturel. La Liste rouge de 2008 des espèces menacées de l'Union international pour la conservation de la nature révèle que 16 928 espèces végétales et animales sont menacées d'extinction. Cela inclut le quart de tous les mammifères, le tiers des amphibiens et le huitième des oiseaux. Ces pertes se sont produites seulement parmi les espèces que nous connaissons. Or, les scientifiques disent que nous n'avons possiblement recensé que 10 à 15 % des espèces existantes.

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Il est parfois compliqué d'expliquer à quel point cette perte est importante. Nous savons que la diversité des espèces est essentielle à la santé des écosystèmes qui rendent des services dont les humains dépendent. Pourrions-nous vivre avec moins d'espèces ? Certains diront que nous pourrions nous passer des moustiques et autres bestioles nuisibles. Nous ne pourrions conserver que celles que nous voulons et celles qui nous sont utiles. Avons-nous besoin de la biodiversité pour garder les humains en santé?

Selon un article paru dans le magazine Conservation, il existe un lien entre la biodiversité et la santé humaine. Ilkka Hanski et ses collègues de l'Université d'Helsinki ont comparé les allergies d'adolescents qui vivent dans des maisons situées dans des zones naturelles avec une grande biodiversité et les celles d'adolescents qui vivent dans des environnements de pelouse et de béton. Ils ont constaté que ceux qui étaient entourés d'une plus grande diversité biologique étaient couverts d'une gamme plus diversifiée de microbes que ceux d'environnements moins diversifiés. Ils étaient aussi moins susceptibles d'avoir des allergies.

Que se passe-t-il ? Le débat sur la relation entre la biodiversité et la santé humaine n'est pas nouveau. Beaucoup ont avancé que notre éloignement de la nature engendrait une myriade de maux. Richard Louv, auteur de Last Child in the Woods, déclare que les gens qui passent trop peu de temps en plein air présentent toute une gamme de problèmes comportementaux qu'il appelle « désordres dus à un manque de nature ». Cette observation concorde avec les théories de l'écologie moderne qui démontrent que les systèmes qui manquent de biodiversité sont moins résilients, qu'il s'agisse de forêts ou de milieux microbiens dans notre estomac ou sur notre peau.

Les systèmes moins résilients sont plus vulnérables à l'invasion de pathogènes et d'espèces envahissantes.

Hanski a mené son étude dans une région de la Finlande où peu de gens déménageaient loin. Il a choisi au hasard 118 adolescents dans un nombre égal de foyers. Certains vivaient en ville, d'autres dans une région boisée ou agricole. L'équipe a effectué des frottis cutanés sur les sujets et a ensuite mesuré la biodiversité des plantes autour de chaque maison. Les résultats ont clairement révélé une constante : une grande diversité de plantes indigènes semblerait être associée à une composition microbienne plus riche sur la peau des participants, ce qui mène par conséquent à une diminution du risques d'allergies.

Hanski et ses collègues ont découvert qu'un groupe de microbes, les gammaprotéobactéries, semblerait être associé à la fois à la diversité végétale et aux allergies. Le constat était le même, que les allergies soient aux chats, aux chiens, aux chevaux, au pollen de bouleau ou de fléole des prés. Les personnes qui avaient une plus grande diversité de gammaprotéobactéries sur le corps étaient moins susceptibles de souffrir d'allergies.

Le système immunitaire distingue les espèces mortelles des bénéfiques et les espèces bénéfiques des inoffensives. Pour bien fonctionner, notre système immunitaire doit être « amorcé » par une exposition, dès le jeune âge, à une gamme variée d'organismes. Ainsi préparé, il apprend à distinguer entre les bactéries qui sont bonnes, mauvaises et inoffensives. S'il n'est pas exposé à une grande variété d'espèces, il risque par erreur de détecter comme dangereux un grain de pollen inoffensif et de déclencher une réaction allergique. Nous savons aussi que les bactéries et les champignons se font concurrence. Comme les champignons sont souvent associés aux allergies, il se pourrait qu'une grande diversité de bactéries les tienne à l'écart.

Il n'existe pas à ce jour une explication concluante des observations de Hanski. Davantage de recherche est nécessaire. Par contre, nous savons que nous avons évolué dans un monde peuplé d'espèces diverses et que nous vivons aujourd'hui dans un monde où l'activité humaine altère et détruit un nombre grandissant de plantes, d'animaux et d'habitats. Nous devons appuyer la conservation des zones naturelles et des diverses formes de vies qu'elles abritent, planter une variété de végétaux sur nos terrains, éviter les produits de nettoyage antibactériens. Nous pouvons aller jouer dehors et nous salir un peu — surtout les enfants. Notre vie et notre système immunitaire s'enrichira grâce à cela.

Avec la collaboration de Mara Kerry, directrice, Science et politiques, à la Fondation David Suzuki.

5 novembre 2013

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