Photo: Canada Atlantique : un film qui souligne la nécessité de s'attaquer aux changements climatiques

(Crédit : Frank Wuestefeld via Flickr)

Par David Suzuki

Ian Mauro, un scientifique environnemental et social de l'Université Mount Allison au Nouveau-Brunswick, a récemment fait la tournée du Canada atlantique, interviewant des pêcheurs, chasseurs, fermiers, hommes d'affaires, représentants des premières nations et politiciens locaux sur le thème des changements climatiques. Le résultat est un film puissant, Les Changements climatiques au Canada atlantique", présentant des gens de différents milieux de vie qui partagent leurs observations sur ce qui se déroule autour d'eux.

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Lorsqu'un vieux pêcheur nous dit « Nous avions l'habitude de sortir à marée basse et de ramasser un seau de palourdes, mais maintenant il n'y a que la marée haute et la marée plus haute encore, » c'est accablant. Le maire d'une petite ville de bord de mer nous raconte les dommages répétés infligés aux digues par les tempêtes qui sont plus coûteuses à réparer que ne peut se le permettre la ville. Les villes côtières envisagent de surélever les maisons ou de déménager au-dessus du nouveau niveau anticipé de la mer. Les anecdotes s'additionnent jusqu'à un pressant avertissement, les coûts sociaux, écologiques et économiques augmentent rapidement et nous devons prendre les changements climatiques au sérieux. Comme une certaine personne le dit, « Si tu n'y crois pas, regarde donc par la fenêtre. »

Le film vient à point. En novembre, le Groupe d'experts intergouvernemental des Nations Unies sur l'évolution du climat (GIEC) — créé il y a 25 ans afin de fournir la documentation scientifique la plus crédible sur le climat mondial — a publié la première partie de son Cinquième Rapport d'Évaluation. Le nouveau rapport augmente le niveau de certitude scientifique sur les causes humaines du réchauffement de planète de 90 lors du Quatrième Rapport il y a cinq ans à plus de 95 aujourd'hui, ajoutant que prendre action est urgent.

Le film de Mauro ponctue les conclusions du GIEC avec un grand point d'exclamation : nous avons gaspillé trop de temps sur un faux débat — créé en partie par l'industrie des combustibles fossiles — à savoir si le réchauffement de la planète faisait partie d'un cycle naturel. La congruence constante de l'augmentation des émissions de carbone et de la température mondiale moyenne est indéniable.

Le monde a pour la première fois entendu un avertissement urgent sur les changements climatiques en 1988, émis à la suite de la rencontre internationale de climatologues à Toronto. La preuve était si accablante qu'un rapport déclarait que le réchauffement de la planète était la menace la plus importante à la survie de l'humanité mis à part une guerre nucléaire et appelait à une réduction de 20 % des gaz à effet de serre au cours des 15 prochaines années.

Si les leaders du monde avaient pris ces affirmations scientifiques au sérieux et travaillé à atteindre cet objectif suggéré, il aurait été beaucoup plus simple et moins coûteux — même économiquement avantageux — de faire la transition vers un futur à faible carbone et ce même au-delà des objectifs de Kyoto. Mais nous ne l'avons pas fait. Nous avons maintenant exacerbé le défi en augmentant les émissions totales de gaz à effet de serre. Les nations en développement ont fait partie d'une montée en puissance des économies basée sur les combustibles fossiles, les ventes d'automobiles et de produits énergivores continuent d'augmenter et les forêts — les réducteurs de carbone les plus efficaces — ont été rasées.

Nous avons placé l'économie au-dessus de tout et demandé une croissance continue. Maintenant, il faut payer les pots cassés, les changements climatiques ont amené leurs conséquences et les coûts de réaction aux évènements météorologiques de plus en plus fréquents et extrêmes comme les inondations, les vagues de chaleur, les incendies et les tempêtes continuent à enfler.

En 2009, 192 nations se sont rassemblées à Copenhague, Danemark, afin de négocier notre destin climatique suivant l'échéance du protocole de Kyoto. Bien qu'échouant à fixer des cibles concrètes pour les réductions de gaz à effet de serre, les délégués se sont mis d'accord pour limiter les émissions afin d'empêcher les températures de monter au-dessus de 2 degrés Celsius avant la fin du siècle — une promesse facile pour des politiciens dont les mandats se termineront bien avant cela, ne laissant personne à blâmer pour un échec.

Selon le rapport du GIEC, si nous prenons la science au sérieux et agissons sur la base de ces engagements, nous savons combien de carbone additionnel peut être émis pour rester sous 2 degrés Celsius : 565 gigatonnes! Cependant, les gisements de combustibles fossiles connus à l'échelle du globe représentent cinq fois cette limite. Alors pourquoi les compagnies en cherchent-elles encore plus et pourquoi exploitent-elles des sources extrêmes comme les sables bitumineux, les gisements en eaux profondes et le schiste argileux? Pour rester en deçà de 2 degrés, nous devons laisser 80 % des gisements connus dans le sol! Cela signifie ne plus encourager le développement des combustibles fossiles ou encore construire des pipelines et étendre les réseaux ferroviaires pour les transporter.

Nous devons aussi nous tourner vers des énergies renouvelables proportionnellement à la suppression progressive des combustibles fossiles. Nous devons aussi mettre frein à la déforestation. Nous devons saisir le défi et commencer la transition dès maintenant. L'expérience nous démontre que plusieurs bénéfices inattendus ou même prévisibles en suivront. Remettre à plus tard ne fait qu'aggraver la situation.

16 janvier 2014

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