De l'ombre à la lumière | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: De l'ombre à la lumière

(Crédit : Frank Wuestefeld via Flickr)

Par David Suzuki

Nelson Mandela, décédé le mois dernier à l'âge de 95 ans, a été condamné à la prison à vie en 1962 pour avoir lutté pour la justice, l'égalité et la démocratie. Il a finalement été libéré 27 ans plus tard, en 1990. Après la chute du régime raciste de l'apartheid, Mandela a été président de l'Afrique du Sud de 1994 à 1999. À son décès, le monde entier a rendu un hommage vibrant à ce grand leader empli de compassion et d'humanité.

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Plus près de chez nous, le 1er décembre 1955 à Montgomery, en Alabama, Rosa Parks a refusé d'obéir à un chauffeur d'autobus qui lui ordonnait de céder sa place à un passager blanc. Elle a été arrêtée pour avoir violé la loi ségrégationniste. Ce n'était pas la première fois qu'on défiait les politiques et les préjugés racistes aux États-Unis. Ce n'était même pas son premier geste à elle, et il n'a pas changé tout seul les lois et les attitudes. Toutefois, il a été le catalyseur du mouvement des droits civiques qui a conduit à un bouleversement social majeur.

Au Canada, en 1965, Everett George Klippert a été condamné à une peine de prison « indéfinie » pour avoir eu des relations sexuelles avec d'autres hommes. Pierre E. Trudeau, alors ministre de la Justice, a déclaré par la suite : « L'État n'a rien à faire dans la chambre à coucher ». Les relations sexuelles des couples de même sexe ont été décriminalisées en 1969 [M. Klippert est resté en prison jusqu'en 1971]. Aujourd'hui au Canada, les conjoints de même sexe ont le droit de se marier.

Nous sommes fiers de notre grande tradition démocratique. Mais, souvenons-nous que les femmes n'ont pas eu le droit de vote avant 1918, les Asiatiques avant 1948 et les Autochtones des réserves avant 1960.

Nous revenons de loin. Il est difficile d'imaginer qu'une discrimination aussi répandue et souvent sanctionnée par l'État ait eu lieu si récemment, de mon vivant, en grande partie. Je me souviens que pendant mon enfance, le gouvernement a confisqué les biens de ma famille et nous a exilés dans un camp à l'intérieur de la Colombie-Britannique, simplement parce que mes grands-parents venaient du Japon.

La discrimination est toujours présente ainsi que beaucoup d'autres problèmes. Toutefois, ces exemples démontrent que le changement est souvent rapide une fois qu'une partie importante de la population le soutient. Des études révèlent que la discrimination, le taux d'homicides et de crimes violents ainsi que les décès dans les conflits armés ont tous diminué au cours des années.

Au cours de l'histoire, nous avons relevé de nombreux défis et nous sommes adaptés au changement. Nous avons renoncé à des pratiques qui, avec le recul, nous apparaissent insensées et souvent barbares. Nous avons défait des systèmes économiques qui ne répondaient plus à nos besoins ou que notre plus grande sagesse nous a conduits à considérer comme destructifs ou immoraux.

Souvent, la résistance à une plus grande justice sociale ou à la protection de l'environnement s'appuie sur l'économie. Lorsque le mouvement abolitionniste a commencé à prendre de l'ampleur aux États-Unis au milieu des années 1800, beaucoup craignaient que l'économie ne s'effondre sans cette main-d'œuvre gratuite. Des gens ont fait la guerre parce qu'ils croyaient avoir le droit de posséder des esclaves et de les forcer à travailler gratuitement dans des conditions pénibles... dans un pays démocratique!

Le président américain Ronald Reagan et la première ministre britannique Margaret Thatcher se sont opposés à des sanctions contre l'apartheid en Afrique du Sud en partie pour des raisons commerciales.

On invoque souvent des arguments économiques pour freiner les progrès en environnement. C'est le cas, notamment, dans le débat sur les changements climatiques, les oléoducs, les projets miniers, gaziers et pétroliers. On y a eu recours dans les années 1970, lorsque les scientifiques ont découvert que les chlorofluorocarbures [CFC] contribuaient à affaiblir la couche d'ozone qui nous protège des rayons du soleil. Malgré cette opposition, en 1987, les leaders mondiaux ont signé le Protocole de Montréal sur les substances qui appauvrissent la couche d'ozone. Aujourd'hui, cette couche commence à se remettre.

Nous sommes confrontés à beaucoup d'autres problèmes à l'échelle régionale et mondiale. Nos impacts se sont multipliés à l'heure où la population, le commerce et les communications grandissent et couvrent toute la planète.

Si nous prenons séparément chaque événement qui survient dans le monde, nous risquons d'en conclure que l'humanité régresse. Nous sommes encore affligés par des guerres, une violence inimaginable, la discrimination, la destruction de l'environnement, des politiciens irréfléchis, des gens d'affaires cupides et des individus égoïstes. Par contre, nous disposons de nouveaux moyens pour communiquer à la vitesse de l'éclair, pour échanger un savoir millénaire, pour rassembler des gens de partout qui veulent encourager le respect et la bonté entre les humains et protéger toute forme de vie sur la planète.

Le changement n'est jamais chose facile et entraîne souvent la discorde. Toutefois, si nous nous unissons pour le bien de l'humanité et de la planète, nous pouvons accomplir de grandes choses. Voilà ce que nous ont enseigné Nelson Mandela, Rosa Parks et tous ceux qui refusent de baisser les bras lorsque la cause qui les anime est juste et nécessaire.

Bonne année 2014!

Avec la collaboration d'Ian Hanington, éditeur en chef de la Fondation David Suzuki.

9 janvier 2014

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