Rail ou oléoduc? Là n'est pas la question. | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Rail ou oléoduc? Là n'est pas la question.

(Crédit : Dieter Drescher via Flickr)

Par David Suzuki

S'il l'on débat de la meilleure façon de faire ce qu'il ne faut justement pas faire, on est sûr de faire fausse route. C'est le cas dans le débat « rail contre oléoduc ». Certains avancent que les accidents ferroviaires démontrent qu'il faut construire plus d'oléoducs. D'autres répondent que les fuites, les coûts élevés de construction, l'opposition et la lourdeur administrative qui entourent les oléoducs font pencher la balance du côté du train.

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La récente vague d'accidents ferroviaires, de fuites d'oléoducs et de déversements ne plaide en faveur d'aucune des deux parties. Au contraire, elle indique que la croissance rapide de la production et du transport de gaz et de pétrole entraînera plus d'accidents, plus de déversements, plus de dommages environnementaux, et même plus de victimes. La vraie solution, c'est de mettre fin à ce pillage irréfléchi et d'envisager des façons de réduire notre consommation de combustibles fossiles.

Si nous étions prêts à diminuer la production de sables bitumineux, à encourager la conservation et à investir dans l'énergie propre, nous pourrions économiser de l'argent, préserver des écosystèmes et sauver des vies. Nous aurions toujours dans notre sous-sol des réserves de ressources fossiles que nous pourrions exploiter le jour où nous aurons trouvé des techniques moins dommageables. Nous n'aurions pas besoin de construire plus d'oléoducs uniquement pour vendre du pétrole et du gaz à la hâte, surtout sur les marchés étrangers. Nous n'aurions pas besoin d'envoyer autant de wagons-citernes non sécuritaires traverser des espaces naturels et des zones habitées.

Il se peut que nous ayons à renoncer à certains des emplois et avantages économiques à court terme que fournit l'industrie des carburants fossiles. Par contre, nous pouvons trouver de meilleures façons de garder en santé l'économie et le marché de l'emploi. Le jeu, le tabac, le trafic d'armes et de drogues créent des emplois et des avantages économiques. Pourtant, nous essayons à juste titre de limiter ces activités lorsque les dommages dépassent les avantages.

Les deux méthodes de transport comportent des risques importants. Le transport ferroviaire occasionne plus d'accidents et de déversements, mais les fuites d'oléoducs provoquent habituellement l'écoulement de volumes beaucoup plus grands. L'augmentation du nombre d'accidents impliquant des carburants fossiles est en partie due à la montée en flèche du transport par rail de ces produits. Selon l'American Association of Railroads, le transport ferroviaire de pétrole brut aux États-Unis est passé de 9 500 wagons en 2008 à 234 000 en 2012 — une augmentation de 25 fois en quatre ans seulement. On s'attend à ce que ce chiffre s'élève à 400 000 cette année.

Comme c'est le cas pour les oléoducs, le danger augmente en raison de la vétusté de nombreux wagons non conformes aux normes adoptées pour réduire les risques de fuites et d'explosion en cas d'accident. Dans l'industrie du rail, certains allèguent qu'il serait trop coûteux de remplacer tous les wagons-citernes aussi rapidement en raison de l'augmentation constante du volume de pétrole à transporter. Nous devons améliorer la sécurité du transport par train et par oléoduc du pétrole et du gaz que nous continuerons d'acheminer dans un avenir prévisible, mais nous devons aussi trouver des façons d'en transporter moins.

Les arguments économiques en faveur d'une exploitation massive des sables bitumineux et du gaz naturel liquéfié ne sont pas très convaincants — du moins de la façon dont les gouvernements fédéral et provinciaux gèrent la question. Malgré un boom dans l'exploitation des sables bitumineux, « l'Alberta a accumulé des déficits budgétaires depuis 2008 et à déjà dépensé 15 milliards $ de son fonds de durabilité » selon un article parut sur le site de Tyee. Selon la Fédération canadienne des contribuables, la dette de l'Alberta s'élève à 7 milliards $ et augmente de 11 millions $ par jour.

Quant aux emplois, un rapport publié en 2012 par le Centre canadien de politiques alternatives révèle que moins d'un pour cent des travailleurs canadiens sont employés dans l'extraction et la production de pétrole, de charbon et de gaz naturel. Les oléoducs et l'exploitation des carburants fossiles ne créent pas beaucoup d'emplois à long terme, comparativement au secteur des énergies renouvelables.

Au-delà du danger pour l'environnement et la santé humaine, le pire risque engendré par l'expansion rapide de l'exploitation des sables bitumineux, des mines de charbon, des gisements gaziers et par l'infrastructure de transport nécessaire, ce sont les émissions de carbone, que ces produits soient brûlés ici, en Chine ou ailleurs. Beaucoup de climatologues et de spécialistes de l'énergie, y compris ceux de l'Agence internationale de l'énergie, s'accordent pour dire que pour pouvoir éviter une catastrophe climatique, nous devrions laisser dans notre sous-sol au moins les deux tiers des carburants fossiles qui nous restent.

La question n'est pas de choisir entre le rail ou l'oléoduc. Il faut réduire notre dépendance aux deux.

Avec la collaboration de Ian Hanington, rédacteur en chef de la Fondation David Suzuki

23 janvier 2014

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