Le troc de l'eau pour les délires de la fracturation | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Le troc de l'eau pour les délires de la fracturation

(Crédit : Par David Suzuki

Il serait difficile de vivre sans gaz et sans pétrole, mais il serait impossible de vivre sans eau. Pourtant, dans notre acharnement à vendre chacune des gouttes de gaz et de pétrole que nous extrayons, nous échangeons notre eau précieuse contre des hydrocarbures.

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Un nouveau rapport intitulé « La fracture hydraulique et la pénurie d'eau » démontre la gravité de la situation. L'Alberta et la Colombie-Britannique sont parmi les huit régions Nord-Américaine examinées dans une étude effectuée par Ceres, un organisme sans but lucratif qui encourage le leadership en matière de développement durable.

L'une des découvertes les plus troublantes est que la fracture hydraulique utilise d'énormes quantités d'eau dans des régions où les réserves sont précieuses. Le rapport souligne que près de la moitié des puits de pétrole et de gaz récemment forés aux États-Unis « sont dans des régions subissant d'importantes pénuries d'eau », et souffrant même de sécheresses. Au Colorado et en Californie, presque tous les puits — 97 et 96 pour cent respectivement — se trouvent dans des régions souffrant d'un stress hydrique important ou extrême. En d'autres mots, plus de 80 % de l'eau de surface et des sources d'eau souterraine a déjà été alloués aux municipalités, à l'industrie et à l'agriculture. Un quart des puits en Alberta est situé dans des régions qui éprouvent un moyen ou un important problème d'approvisionnement de l'eau.

La sécheresse et la fracturation ont déjà causé des pénuries d'eau dans de petites communautés texanes, et des parties de la Californie subiront le même sort. Alors que nous continuons à extraire et à brûler des quantités grandissantes de pétrole, de gaz et de charbon, le changement climatique s'aggrave, ce qui mènera à plus de sécheresses dans certaines régions et à des inondations dans d'autres. La sécheresse en Californie est peut-être la pire à avoir frappé les États-Unis depuis les 500 dernières années, selon B. Lynn Ingram, une professeure des sciences de la terre et des sciences planétaires à l'Université de Berkeley en Californie. Cette sécheresse cause une pénurie d'eau potable et un manque d'eau pour l'irrigation des champs. Elle affecte aussi le niveau des cours d'eau, et, par conséquent, les saumons et autres poissons qui vivent dans les ruisseaux et les rivières. En l'absence de pluie pour nettoyer l'air, les niveaux de pollution dans la région de Los Angeles sont redevenus dangereux comme par le passé, il y a des dizaines d'années.

À cause du manque d'information provenant des industries et de l'irrégularité des rapports sur le volume de l'eau, l'analyse et l'interprétation des données effectuées par Ceres dans l'ouest du Canada « représentent une infime portion de l'activité globale se produisant sur les lieux. »

Cependant, les chercheurs ont déterminé qu'en Alberta, les entreprises ont commencé à utiliser de l'eau plus « saumâtre et salée » venant de sources souterraines plutôt que d'utiliser de l'eau fraîche pendant la fracturation. Le rapport nous prévient que davantage de recherches devraient être menées sur cette pratique « étant donné que l'on pourrait éventuellement utiliser l'eau saumâtre comme eau potable ». Le prélèvement d'eau salée des nappes souterraines pourrait aussi avoir un effet néfaste sur les ressources d'eau fraîche qui y sont interreliées.

Bien que les activités de fracturation en Colombie-Britannique ont lieu dans des régions où le stress hydrique est bas, la réduction des précipitations et du manteau neigeux, le niveau bas des rivières ainsi que les conditions de sécheresse de certaines régions — probablement causés par le changement climatique — posent des préoccupations au sujet des plans du gouvernement de développer davantage l'industrie. Le rapport cite que « le manque de réglementation sur les prélèvements d'eau des nappes souterraines » et les effets cumulatifs sur les terres des Premières nations sont des problèmes encourus par la fracturation.

L'étude de Ceres se penche seulement sur l'impact de la fracturation hydraulique sur les réserves d'eau douce. Dans le but de réduire les répercussions de la fracturation, Ceres recommande de recycler l'eau, d'utiliser de l'eau saumâtre ou des eaux usées, de renforcer la réglementation et de trouver de meilleures façons de disposer des affluents résultant de la fracturation. Mais la méthode de forage pose d'autres problèmes environnementaux, tels que la contamination des nappes souterraines et la perturbation à grande échelle des écosystèmes et des habitats terrestres. Cette méthode de forage cause même de petits tremblements de terre, le tout au nom de gains à courts termes.

Il est important de tenir compte des conclusions et des recommandations présentées dans cette étude. Mais vu les problèmes encourus par la fracturation hydraulique et les autres formes d'extraction, nous avons intérêt à trouver des solutions pour contrôler notre demande insatiable d'hydrocarbures. Leur combustion — souvent excessive — contribue au changement climatique, et nos méthodes d'extraction qui exacerbent les problèmes devraient nous inciter à examiner la manière dont nous traitons cette planète et tout ce qui y vit, nous y compris, ainsi que les générations à venir. Cette étude nous rappelle que nous devons conserver l'énergie du mieux possible.

Nous devons rapidement nous rendre compte qu'il y a de meilleurs moyens de créer de l'emploi et de stimuler la croissance économique que de liquider nos précieuses ressources! À plus long terme, nous devons repenser nos systèmes économiques dépassés qui ont été conçus pour une époque où les ressources étaient abondantes et les infrastructures peu nombreuses. Nos plus grandes priorités doivent être l'air que nous respirons, l'eau que nous buvons, la terre qui nous procure notre nourriture et la biodiversité qui nous tient en vie et en santé.

Avec la contribution d'Ian Hanington, éditeur en chef

20 février 2014

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