Photo: Le succès du Canada dépend de son investissement dans les infrastructures municipales.

(Crédit : End User via Flickr)

Par David Suzuki

Le gouvernement fédéral canadien a récemment annoncé un nouveau budget de 14 milliards de dollars pour aider les municipalités à réparer et à remplacer leurs vieilles infrastructures, comme les routes, les ponts, les réseaux d'égouts, les systèmes produisant et distribuant l'énergie, les métros et autres modes de transport en commun. Environ 1 milliard de dollars est destiné à des communautés plus petites, mais la grande partie du budget va cibler les zones urbaines, ce qui a du sens.

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Bien qu'il soit une vaste étendue de montagnes, de forêts et de glace, le Canada est un pays qui s'urbanise. Plus de 80 % de sa population vit dans les grandes villes comme Montréal, Toronto et Calgary ainsi que dans des communautés en pleine expansion comme Regina, Surrey et Markham.

Cette augmentation de la concentration des individus dans les villes est cohérente avec le phénomène d'urbanisation rapide qui se produit sur toute la planète. Maintenant, plus de la moitié de la population planétaire habite dans les grandes régions urbaines — et l'économie globale dépend de plus en plus de ces dernières.

Plus de 60 % du PIB mondial est produit dans 600 villes seulement. Ceci inclut les grands centres financiers internationaux comme New York et Londres, mais aussi les nouveaux centres émergents dans les pays en développement, comme Sao Paulo et Mexico, mais aussi Guangzhou, Tianjin et plusieurs autres centres urbains de la Chine. Selon une étude produite par les Marchés mondiaux CIBC, le Grand Toronto contribue au cinquième de l'activité économique totale du Canada, tandis que les villes situées dans les prairies, comme Regina, s'imposent comme les nouveaux « tigres » de l'économie du pays.

Même si plusieurs villes canadiennes sont en pleine expansion, leur capacité à survivre et à prospérer dans l'économie d'aujourd'hui, qui est « mondialisée » et hyperconnectée, dépend de leur habileté à être suffisamment compétitives pour attirer les investissements étrangers. Elles doivent aussi être capables d'acquérir et de garder la main-d'œuvre qualifiée étrangère.

Et pour vraiment s'épanouir, les centres municipaux ont besoin d'infrastructures. Comme il a été noté dans une étude produite par la Fédération canadienne des municipalités, « Nos petites entreprises ont besoin de routes et de ponts de qualité pour assurer leurs services et livrer leurs marchandises. Nos travailleurs ont besoin de transports publics efficaces et rapides pour les relier aux nouveaux emplois. Et nos compagnies ont besoin de logements abordables et de services pour la communauté de grande qualité, des bibliothèques aux patinoires de hockey, pour attirer la main-d'œuvre qualifiée ».

Avec l'augmentation des impacts engendrés par les changements climatiques, les villes doivent aussi investir dans des systèmes de gestion des eaux pluviales, ce qui inclut des infrastructures vertes comme des arbres, des arbustes, des bassins écologiques et des zones humides planifiées.

Malheureusement, les municipalités canadiennes manquent d'outils financiers pour générer les milliards de dollars nécessaires chaque année pour maintenir et développer les infrastructures essentielles. Bien qu'elles conservent seulement un misérable huit sous sur chaque dollar payé en impôt au Canada, les municipalités doivent couvrir 60 % du coût de leurs infrastructures. Et bien qu'une portion des taxes payées aux stations d'essence va aux infrastructures municipales à partir du Fonds fédéral de la taxe sur l'essence, les coûts de maintenance sont de plus en plus supportés par les citoyens à travers des frais d'utilisation, des routes à péage et l'augmentation du prix des billets de transport en commun.

Laisser les villes canadiennes manquer d'argent n'aidera en rien le déficit dans les infrastructures municipales — qui était déjà en 2007, de 123 milliards de dollars. Les Canadiens en ressentent les effets chaque jour que ce soit sous la forme de routes endommagées, de bouchons de circulation assommants et peu productifs, et de services d'autobus, de métro et de tramways qui dépérissent.

Une enquête menée par la firme d'ingénieurs Siemens auprès d'experts en urbanisme et autres bâtisseurs de ville a conclu que, par sa médiocrité, le système de transport public est le talon d'Achille du développement urbain et qu'il s'agit de la raison pour laquelle plusieurs villes canadiennes peinent à atteindre la prospérité.

Le problème chez les villes canadiennes, contrairement à ses homologues européennes et états-uniennes, est que le gouvernement fédéral n'offre pas un financement constant et dédié aux besoins élémentaires des infrastructures, notamment dans les transports publics. Par exemple, la ville de Toronto a obtenu le 15e rang sur les 21 grandes villes internationales comparées sur la base de leurs dépenses dans le transport public par habitant — ceci est bien loin derrière la ville de New York, qui s'est classée 6e et qui dépense le double. De plus, le Canada est le seul pays de l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques, à ne pas avoir de stratégie nationale de transport.

L'incapacité à assumer correctement le financement des transports — en capital et en coûts de fonctionnement — fait en sorte que les résidants de Toronto et de ses banlieues passent plus de temps dans les embouteillages pour aller et venir à leur boulot que leurs homologues de n'importe quelle ville nord-américaine. Le Toronto Board of Trade a estimé que cette lacune coûte 6 milliards annuellement à l'économie du Grand Toronto en perte de productivité.

Les villes canadiennes en pleine expansion ont souffert de l'indifférence et de l'inaction des politiciens depuis trop longtemps. Tout est une question de priorité, et construire des villes d'envergure internationale en investissant dans les infrastructures essentielles, devrait être au sommet de la liste du gouvernement fédéral.

L'annonce d'Ottawa offre donc l'opportunité de corriger le déséquilibre historique des priorités gouvernementales. Investir dans les infrastructures municipales permettra à nos villes de prospérer dans une économie mondiale.

En collaboration avec Faisal Moola, directeur général de la Fondation David Suzuki pour l'Ontario et le Nord du Canada

13 mars 2014

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