Photo: Les scientifiques amateurs peuvent aider les papillons monarques

(Crédit : Ken Slade via Flickr)

Par David Suzuki

Dès l'âge de 5 ans, Fred Urquhart était fasciné par les monarques présents dans son quartier de Toronto. Né en 1911, il passait des heures entières à regarder cet insecte orange et noir battre des ailes en se demandant : où allait-il l'hiver? À l'école, il lisait avidement sur la nature, mais davantage sur les monarques et les autres insectes.

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Avec les années, il est devenu professeur de zoologie et a épousé Norah Patterson, qui partage son amour des papillons, tout comme leur fils, Doug. Pour trouver la réponse à la question qui a tourmenté Fred pendant toute son enfance, ils imaginèrent, en 1940, une façon de fixer à certains monarques une minuscule étiquette avec l'inscription suivante : « Envoyez au département de zoologie de l'Université de Toronto au Canada ». Ils ont également fondé la Insect Migration Association, maintenant connue sous le nom de Monarch Watch. Celle-ci recrute des « scientifiques amateurs » pour qu'ils marquent les papillons.

C'est en 1975 qu'ils ont enfin résolu l'énigme avec l'aide de deux scientifiques amateurs travaillant au Mexique. En effet, dans les montagnes situées à l'ouest de la ville de Mexico, Ken Brugger et Catalina Aguado sont tombés par hasard sur des millions de papillons. En 1976, le couple a mené la famille Urquhart à cet endroit et, miraculeusement, Fred a repéré en quelques heures un de ses insectes marqués. Cette histoire fascinante est racontée dans le documentaire « L'incroyable voyage des papillons » et dans l'épisode « The Great Butterfly Hunt » de la série télévisée « The Nature of Things » diffusée à CBC.

De nos jours, les monarques sont en difficulté. Effectivement, depuis l'époque où la famille Urquhart a découvert sa passion, leur nombre a drastiquement chuté. À nouveau, les experts et les personnes sensibilisées à leur cause réclament de l'aide des scientifiques amateurs — et des politiciens.

Cette année, les populations de monarques au Mexique ont chuté à un niveau record d'environ 33.5 millions d'individus comparativement à une moyenne annuelle d'environ 350 millions d'individus au cours des quinze dernières années avec des maximums de plus d'un milliard d'individus. Les causes de ce déclin comprennent l'abattage illégal des arbres au Mexique, l'application d'herbicide sur des cultures génétiquement modifiées aux États-Unis et les changements climatiques.

En février, en réponse à une lettre écrite par le poète mexicain Homero Aridjis, et signée par plus de cent scientifiques, écrivains et environnementalistes — incluant les Canadiens Margaret Atwood, Michael Ondaatje et John Ralston Saul — le président des États-Unis, Barack Obama, le président mexicain, Enrique Peña Nieto, et le premier ministre du Canada, Stephen Harper, ont accepté de « mettre sur pied une équipe qui s'assurera de la protection des monarques, une espèce de papillons qui symbolise notre association ».

La lettre de Homero Adjidis disait : « Étant donné que le Mexique a commencé à s'occuper de la question de l'abattage illégal des arbres, les États-Unis et le Canada doivent de leur côté s'occuper des impacts que leurs politiques ont sur l'agriculture ». Les pratiques problématiques en agriculture sont surtout associées à la plantation à grande échelle de maïs et de soya génétiquement modifiés afin de résister à l'herbicide Round up, ou glyphosate. Ce produit ne s'attaque pas aux cultures, mais tue pratiquement tout le reste, dont le laiteron qui est utilisé par les monarques pour pondre leurs œufs et comme principale source de nourriture pour leurs chenilles.

Nous pouvons seulement espérer que nos dirigeants respectent leurs engagements, et pour en être sûrs, il nous faut parler fort pour leur rappeler. Il nous est également possible de devenir des scientifiques amateurs afin d'aider les chercheurs à mieux comprendre la reproduction, la migration et le cycle d'hivernage des monarques et ainsi, en permettre une meilleure survie. L'association Monarch Watch offre des ressources éducatives pour les écoles, des projets de recherche jumelant étudiants et scientifiques, et des informations sur la façon de construire des aires de repos pour les monarques, d'élever vos propres papillons, de planter le laiteron et de créer des jardins pour ces insectes. Quant au site Internet du U.S Monarch Joint Venture, il offre des ressources pour que les citoyens qui le désirent puissent suivre la migration des monarques, ou d'autres papillons, les compter, surveiller leurs larves et leurs maladies.

Le site de la Fondation David Suzuki propose également une multitude de ressources et d'activités pour aider à protéger ces insectes pollinisateurs. Et dans le cadre de son projet Homegrown National Park, la Fondation lance en avril une campagne basée à Toronto pour encourager les citoyens à établir un corridor de laiteron à travers la ville.

Aider les monarques, les autres papillons et tous les insectes est une façon amusante de développer l'intérêt des enfants pour les merveilles de la nature. Planter du laiteron et des fleurs qui produisent du nectar sur les balcons, dans les jardins, les parcs et les espaces verts, embellira l'extérieur de toute maison et attirera les abeilles et les papillons dans le voisinage.

Les scientifiques ne savent pas encore tout au sujet des monarques et de leur migration, mais il est certain qu'ils jouent un rôle important dans les écosystèmes. Tout comme nous savons que dans la nature, tout est interdépendant. Et quand quelque chose qui voyage sur de longues distances et réside dans des habitats diversifiés se raréfie, cela ne peut que provoquer des impacts sur ces milieux.

Le monde ne saurait toujours pas où migrent les monarques de l'Amérique du Nord si la famille Urquhart et les scientifiques amateurs du continent qu'elle a inspirés ne s'y étaient pas intéressés. Comme eux, nous pouvons tous aider les monarques à poursuivre ce merveilleux voyage chaque année.

Avec la collaboration de Ian Hanington, rédacteur en chef de la Fondation David Suzuki.

27 mars 2014

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