Les éoliennes sont synonymes de beauté | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Les éoliennes sont synonymes de beauté

(Crédit : John Marquis via Flickr)

Par David Suzuki

Je possède un chalet sur Quadra Island, près la côte de la Colombie-Britannique, qui, comme vous pouvez l'imaginer, me tient beaucoup à cœur. Lorsque je suis sur le porche, je bénéficie d'une vue sans obstacles sur les eaux du Détroit de Géorgie et les sommets enneigés de la Chaîne Côtière. La vue est exceptionnelle. Et je serais plus que fier de la partager avec un parc d'éoliennes.

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Parfois, il semble que je sois minoritaire. Que ce soit en Europe ou en Amérique du Nord, des écologistes et bien d'autres se prennent le bec avec l'industrie éolienne au sujet de l'emplacement des parcs. Au Canada, l'opposition aux installations éoliennes se fait sentir de la Nouvelle-Écosse à l'Ontario et de l'Alberta à la Colombie-Britannique. Au Royaume-Uni, plus de 100 groupes nationaux et locaux, dirigés par quelques-uns des plus importants écologistes du pays, affirment que l'énergie éolienne est inefficace, qu'elle détruit l'atmosphère des campagnes et qu'elle a peu d'influence sur les émissions de gaz carbonique. Aux États-Unis, le projet Cape Wind, qui donnerait lieu à l'installation de 130 turbines le long de la riche côte du Cap Cod, Massachusetts, essuie les critiques de célèbres libéraux tels que John Kerry et feu Sénateur Edward Kennedy.

Il est temps de remettre les choses dans leur contexte. En raison du problème croissant de changement climatique, on ne peut pas tout avoir. On ne peut pas attaquer les dangers du réchauffement de la planète, puis se retourner et s'époumoner encore plus sur les « dangers » des éoliennes. Le changement climatique est l'un des plus importants défis de l'humanité de ce siècle. Pour pouvoir y faire face, nous allons devoir changer radicalement notre manière de produire et consommer l'énergie — il nous faut une nouvelle révolution industrielle mettant l'accent sur les énergies propres, la conservation et l'efficacité.

Nous avons déjà subi de telles transformations auparavant et nous sommes capables d'en subir d'autres. Mais pour cela nous devons accepter le fait que toutes les formes d'énergie viennent à un certain prix. Les combustibles fossiles sont limités en quantité, créent une importante pollution et contribuent au changement climatique. L'énergie hydroélectrique à grande échelle inonde des vallées et détruit les habitats de la faune et de la flore. Les centrales nucléaires sont onéreuses, créent des déchets radioactifs et nécessitent une longue période de construction.

L'énergie éolienne présente aussi des inconvénients. Elle est visible à l'œil nu et tue des oiseaux. Toute structure artificielle (sans oublier les voitures et les chats domestiques) peuvent tuer des oiseaux — maisons, antennes de radio, gratte-ciels. Rien qu'à Toronto, le nombre d'oiseaux se heurtant aux édifices de la ville est estimé à un million par an. Par comparaison, le risque que représentent les parcs d'éoliennes installés à des emplacements stratégiques est faible pour les oiseaux. Même la Royal Society du Royaume-Uni qui lutte pour la protection des oiseaux indique que des preuves scientifiques démontrent « l'impact négligeable » des parcs d'éoliennes sur les oiseaux lorsqu'ils sont construits sur des sites appropriés.

Les effets nuisibles sur les oiseaux, chauve-souris et autres espèces sauvages peuvent être nettement réduits grâce à des technologies améliorées et en portant une plus grande attention à l'emplacement des parcs d'éoliennes. En effet, le véritable risque pour les créatures volantes ne provient pas des éoliennes elles-mêmes mais du changement climatique qui met en danger la vie même des espèces et de leurs habitats. Les parcs d'éoliennes devraient toujours être soumis à des évaluations environnementales, mais le fait d'adopter une approche « non, pas dans mon jardin » est hypocrite et contre-productif.

Développer l'énergie éolienne pour adopter une énergie propre semble logique. La production d'énergie éolienne est devenue la source d'énergie connaissant la plus rapide croissance au monde, employant des centaines de milliers de travailleurs. Cela est en partie dû au fait que de plus grosses turbines et de meilleures connaissances sur leur construction, leur installation et leur fonctionnement ont permis de bien réduire les coûts au cours des deux dernières décennies. Les prix sont désormais comparables au coût des autres formes de production d'énergie et connaîtront certainement une baisse avec l'amélioration des technologies.

Les éoliennes sont-elles réellement laides? Mostafa Tolba, directeur exécutif du Programme des Nations-Unies pour l'Environnement de 1976 à 1992, m'a raconté que les cheminées dégageant de la fumée étaient considérées comme un signe de progrès pendant son enfance en Égypte. Même en tant qu'adulte soucieux de la pollution, il lui a fallu beaucoup de temps pour se remettre de cette fierté pour ces tours qui crachaient des nuages de fumée.

Notre perception de la beauté est basée sur nos valeurs et nos croyances. Certains individus pensent que les turbines sont laides. Personnellement, je pense que les cheminées, le smog, les pluies acides, les centrales électriques au charbon et le changement climatique sont laids. Je pense que les éoliennes sont belles. Elles saisissent la force du vent pour nous fournir chauffage et lumière. Elles permettent de créer des emplois à l'échelle locale. Elles aident à l'assainissement de l'air et à la réduction du changement climatique.

Si un jour j'aperçois une série d'éoliennes tournant dans le vent depuis le porche de mon chalet, je ne les maudirai pas. J'en ferai l'éloge. Cela sera synonyme de progrès.

1 avril 2014

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