Photo: Le rapport de la commissaire démontre que le Canada doit en faire davantage pour protéger l'environnement

(Crédit : Prayitno via Flickr)

Par David Suzuki

Les Canadiens s'attendent à ce que l'on protège leur environnement et ils veulent savoir comment on le protège."Un rapport de la commissaire à l'environnement et au développement durable du Canada":http://www.oag-bvg.gc.ca/internet/Francais/parl_cesd_201410_f_39845.html démontre que nous sommes lésés.

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« Les intentions du gouvernement demeurent floues en ce qui a trait à la manière dont il entend s'attaquer aux importants défis environnementaux auxquels la croissance et le développement à venir vont nous confronter, et ce, pour plusieurs domaines clés sur lesquels nous nous sommes penchés », a déclaré la commissaire Julie Gefland à la suite de son rapport, lequel s'appuie sur des données du gouvernement, ou plutôt sur le manque de données gouvernementales, pour évaluer la performance de ce dernier quant à la mise en œuvre de ses propres règlements et politiques.

Le rapport conclut que le Canada est en voie de rater ses cibles d'émissions de gaz à effet de serre (GES), qu'il retarde le contrôle de la pollution provenant des sables bitumineux, qu'il n'a pas de plan pour surveiller l'exploitation des sables bitumineux au-delà de la prochaine année et qu'il n'a pas de lignes directrices claires afin de déterminer les projets qui exigent une évaluation environnementale. De plus, le gouvernement n'a toujours pas mis en place une réglementation à l'égard des émissions provenant de l'industrie pétrolière et gazière, une mesure qu'il promet depuis 2006. Il prétend que de nouvelles propositions réglementaires ont été présentées l'année dernière; le rapport mentionne toutefois que ces propositions reposent sur des consultations menées en présence « de représentants d'une province et de représentants choisis de l'industrie » demeurés anonymes. L'industrie pétrolière et gazière est la source d'émissions qui croît le plus rapidement, notamment les activités liées aux sables bitumineux.

Le rapport souligne également que les déclarations du gouvernement au sujet des émissions sont trompeuses, principalement en matière de reconnaissance. Par exemple, le peu de progrès accompli afin de réduire les émissions de GES au Canada est surtout le fait des fermetures des centrales au charbon en Ontario. Cela n'a pas empêché les émissions de continuer d'augmenter. « Il n'y a pas de plan global, de plan national qui permet d'expliquer comment nous atteindrons notre cible », a affirmé madame Gelfand lors d'une conférence de presse. « Les changements climatiques concernent l'ensemble des Canadiens », a-t-elle ajouté. Elle en a également profité pour faire remarquer que le comité fédéral chargé du plan climatique n'a pas tenu de réunion au cours des trois dernières années.

Bien que le gouvernement ait une « Stratégie pour le Nord », la commissaire est d'avis que les levées de l'Arctique et la capacité à la cartographier sont limitées, et que les services de déglaçage ont diminué alors que le trafic maritime a augmenté. Sachant que le réchauffement climatique cause des changements d'une ampleur considérable dans les zones nordiques, la situation est critique.

Malheureusement, l'incapacité de nos gouvernements à s'attaquer aux changements climatiques ne se limite pas à notre pays, ce qui ne date pas d'hier. Nous nous heurtons depuis trop longtemps à l'indolence des pouvoirs publics envers le climat et la pollution, et ce, dans beaucoup trop d'endroits dans le monde. Le Canada a toutefois fait l'objet de critiques pour avoir nui au processus mondial de négociations sur le climat et il est le seul pays à s'être retiré du juridiquement contraignant Protocole de Kyoto. Pour justifier le rejet de méthodes éprouvées pour réduire les émissions grâce à la tarification du carbone, le premier ministre a soutenu « que peu importe ce qu'il se dit, aucun pays ne prendra des mesures qui contribueront délibérément à éliminer des emplois et qui nuiront à la croissance de leur pays ».

Partout dans le monde, des preuves confirment pourtant les nombreux avantages économiques qui découlent des actions contre les changements climatiques, alors que le statu quo engendre des conséquences graves et de plus en plus nombreuses, notamment en ce qui a trait à la santé et au bien-être humain. L'idée selon laquelle nous devons notre croissance économique à l'excavation et à la vente de nos ressources — charbon, gaz naturel liquéfié, sables bitumineux — le plus rapidement possible est ridicule. Même si nous faisons abstraction de la pollution et du réchauffement climatique, nous gaspillons ces précieuses ressources empruntées à nos enfants et petits-enfants et nous ne leur laissons rien en retour.

Partout les gens demandent du changement. Plus de 300 000 personnes ont participé à la marche pour le climat tenue à New York en septembre dernier, et beaucoup d'autres se sont jointes à des marches de solidarité dans différentes villes partout dans le monde. Un nombre grandissant de dirigeants du monde des affaires et d'organisations mondiales, y compris ceux de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, réclament une tarification du carbone au moyen d'une taxe sur le carbone ou d'un système de plafonnement et d'échange de droits d'émission pour s'attaquer à la crise. Les autorités religieuses, y compris le Pape et Desmond Tutu, ont rallié les rangs aux côtés des scientifiques de tous les continents afin de revendiquer des actions.

Au cours de la Tournée bleu Terre organisée par la Fondation David Suzuki d'un bout à l'autre du pays, j'ai rencontré un nombre incalculable de Canadiens qui contribuent à protéger l'air, l'eau, le sol et la diversité biologique qui nous gardent en vie et nous permettent de rester en santé. Ils attendent la même chose des représentants qu'ils ont élus.

Comme l'a si bien dit la commissaire à l'environnement à propos de l'incapacité du gouvernement à atteindre ses propres cibles, « Lorsqu'on prend un engagement, on se doit de le respecter ». Cela est particulièrement vrai quand on parle de réchauffement climatique, le problème le plus sérieux auquel notre espèce a été confrontée.

Écrit avec la participation de Ian Hanington, rédacteur en chef pour la Fondation David Suzuki.

Apprenez-en plus sur www.davidsuzuki.org

Traduction : Jean-François Dorion

16 octobre 2014

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