Photo: Les technologies propres sont bonnes pour l'économie et l'environnement

(Crédit : Chris Yakimov via Flickr)

Par David Suzuki

Quel secteur de l'économie croît le plus rapidement au Canada? À entendre les politiciens ou les médias, on pourrait croire que c'est l'industrie des ressources, notamment l'extraction et l'exportation de combustibles fossiles comme le pétrole des sables bitumineux et le gaz naturel liquéfié. Mais nous ne sommes plus simplement des « coupeurs de bois et des porteurs d'eau » — ou des foreurs de pétrole, « fractureurs » de gaz de schiste et mineurs de charbon.

Même si l'extraction, l'utilisation et l'exportation des ressources naturelles ont une importance économique qui se poursuivra pendant un certain temps, nous commençons à nous diversifier. Selon Analytica Advisors, une firme de consultants d'Ottawa, les technologies propres sont le secteur industriel ayant la plus forte croissance au pays.

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Cette firme, dans son rapport « 2014 Canadian Clean Technology », indique que les emplois directs dans les entreprises de technologies propres ont augmenté de 6 de 2011 à 2012, passant de 38 800 à 41 000 personnes, avec des revenus croissants de 9 pour atteindre 11,3 milliards de dollars. Selon Industrie Canada, les revenus du pétrole et du secteur minier et gazier ont augmenté de seulement 0,3 au cours de la même période, le secteur manufacturier de 1,9 et l'industrie de la construction de 3,9 %.

Au taux de croissance actuel, Analytica estime que l'industrie des technologies propres au Canada vaudra 28 milliards de dollars d'ici 2022. Mais comme le marché mondial devrait tripler à 2,5 billions de dollars au cours des six prochaines années, le Canada est loin d'avoir atteint son plein potentiel. Le choix nous revient de saisir ou non l'occasion. Avec seulement 2 % du marché mondial (correspondant à notre proportion de la population), nous pourrions avoir une industrie des technologies propres de 50 milliards d'ici 2020 — le double de la taille de l'industrie aérospatiale d'aujourd'hui.

Les technologies propres surpassent aussi d'autres secteurs pour l'investissement en recherche et développement, avec 1 milliard de dollars investis en 2012 et 5 milliards de 2008 à 2012. Cela représente plus que les investissements combinés en recherche et développement des industries des ressources naturelles (extraction de pétrole et de gaz, exploitation minière, agriculture, foresterie et pêche), et seulement 200 millions de moins que le secteur de l'aérospatiale.

« Si vous considérez la somme des investissements et des revenus de toutes ces entreprises, nous avons une industrie importante aujourd'hui », a déclaré la présidente d'Analytica Céline Bak au Hill Times. « Compte tenu de la croissance des investissements aujourd'hui, cela demeurera important et peut se transformer en une industrie de taille comparable à d'autres industries importantes, comme l'aéronautique par exemple ».

Le secteur des technologies propres est large. « Ces sociétés travaillent sur des problèmes dont nous nous soucions tous, comme la façon d'utiliser la température constante du sol sous nos immeubles de bureaux pour le chauffage et la climatisation et comment remplacer les moteurs diesel coûteux et polluants dans nos communautés éloignées par de l'énergie propre et abordable ou la transformation des gaz à effet de serre en béton plus solide pour construire des bâtiments plus écologiques » a déclaré Mme Bak dans un article du Vancouver Sun. Le secteur des technologies propres comprend environ 700 entreprises dans dix secteurs au Canada, y compris les énergies renouvelables, le traitement de l'eau, les bâtiments verts et le développement de produits de consommation respectueux de l'environnement.

De nombreux experts affirment que mettre un prix sur le carbone au moyen de taxes sur le carbone ou de plafonnement et d'échange est un bon moyen de stimuler les technologies propres : cibler les émetteurs de gaz à effet de serre tout en encourageant les technologies et les mesures qui visent la conservation de l'énergie et des énergies renouvelables.

Mais nous pourrions être perdants si nous tenons cette industrie pour acquise — en particulier parce que 74 des entreprises de technologies propres d'ici vendent des produits et des services à l'extérieur du Canada, avec des recettes d'exportation d'environ 5,8 milliards de dollars en 2012, dont 42 cent sur d'autres marchés que les États-Unis. « Les sociétés les plus performantes sont souvent achetées par des joueurs internationaux qui déplacent la propriété intellectuelle, la fabrication et l'emploi vers d'autres pays » a prévenu Mme Bak, en ajoutant : « Le monde a déjà les yeux tournés vers les solutions de technologies propres du Canada. N'est-il pas temps de le faire nous aussi? »

Et, tandis que le gouvernement fédéral a adopté des stratégies pour suivre et promouvoir les industries des combustibles fossiles et de l'aérospatiale, cela reste encore à faire pour les technologies propres.

La diversité dans la nature est importante — assurant que les écosystèmes demeurent résistants face aux menaces. Il en va de même pour l'économie. Il est insensé de trop compter sur l'extraction et la vente de ressources limitées, en particulier celles qui causent la pollution et contribuent aux changements climatiques et à d'autres menaces pour l'environnement et la santé et la survie de l'espèce humaine. Le potentiel de croissance économique du Canada grâce aux énergies propres est énorme, mais le gouvernement doit lui accorder la même priorité qu'aux autres industries.

Les technologies propres ne sont peut-être pas la réponse à tous nos problèmes, mais c'est un secteur qui offre beaucoup de promesses pour notre économie et l'environnement.

Rédigé en collaboration avec Ian Hanington, rédacteur en chef la Fondation David Suzuki.

23 octobre 2014

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