Photo: Le mouvement pour les droits environnementaux se construit

Par David Suzuki

L'idée du droit à un environnement sain prend de l'ampleur dans les niveaux politiques les plus élevés du Canada. La députée fédérale de l'opposition Linda Duncan a récemment présenté au Parlement une « Loi portant création de la Charte canadienne des droits environnementaux ». Si elle est adoptée, notre gouvernement fédéral aura l'obligation légale de protéger le droit des Canadiens de vivre dans un environnement sain.

Inscrivez-vous à notre bulletin

Je voyage à travers le Canada avec la Tournée bleu Terre de la Fondation David Suzuki pour encourager les gens à travailler au niveau local, régional et national pour la reconnaissance d'un tel droit. Au niveau local, l'idée de reconnaitre le droit des citoyens de vivre dans un environnement sain s'est déjà installée. La Ville de Montréal, Richmond et Vancouver en Colombie-Britannique et The Pas au Manitoba ont tout récemment adopté des déclarations municipales reconnaissant ce droit fondamental.

Notre objectif ultime est d'avoir le droit à un environnement sain reconnu dans la C"harte des Droits et Libertés de la Constitution canadienne":http://laws-lois.justice.gc.ca/fra/const/page-15.html, et un projet de loi fédérale sur l'environnement est un début logique. La Charte des Droits et Libertés elle-même a été précédée par une loi fédérale, la Déclaration des Droits, adoptée par le gouvernement progressiste-conservateur du premier ministre John Diefenbaker en 1960.

Ce n'est pas une question de parti. C'est une cause qui touche tous les acteurs de la sphère politique et qui bénéficie d'un large soutien de la part des Canadiens. Une tentative précédente d'adoption d'une charte des droits environnementaux (également menée par Linda Duncan) a obtenu le soutien de députés de divers partis avant son adoption au Parlement, mais a été interrompue par les élections fédérales en 2011. En France, le leader conservateur Jacques Chirac a défendu l'idée des droits environnementaux durant sa présidence. Plus de 70 000 citoyens français ont assisté à des audiences publiques, et la Charte de l'Environnement a été promulguée en 2005 avec le soutien de tous les partis politiques.

J'ai vu de nombreux changements positifs dans nos systèmes juridiques et de sécurité sociale durant mes 78 années, y compris l'adoption de la Charte des Droits et Libertés en 1982. Ma famille a été incarcérée à l'intérieur de la Colombie-Britannique pendant la Seconde Guerre mondiale, simplement parce qu'elle était d'origine japonaise, malgré le fait que nous soyons nés et ayons été élevés au Canada. Comme d'autres personnes de couleur, mes parents n'ont pas eu le droit de vote jusqu'en 1948. Les membres des Premières Nations vivant dans les réserves ne pouvaient pas voter jusqu'en 1960. Et les femmes n'étaient même pas considérées comme des « personnes » par la loi canadienne jusqu'en 1918, lorsqu'elles ont acquis le droit de vote. L'homosexualité était un crime passible de prison jusqu'en 1969! Je suis convaincu que la reconnaissance juridique des droits environnementaux sera le prochain grand changement.

Le progrès est possible quand un nombre suffisant de personnes reconnaissent sa nécessité et se regroupent pour y arriver. Protéger notre pays et notre planète, notre santé et le futur de nos enfants et de nos petits-enfants est absolument nécessaire. Nous ne pouvons pas vivre et être en bonne santé sans de l'air et de l'eau purs, sans aliments sains et sans tout ce que nous fournissent nos environnements naturels.

Même au Canada, où la nature spectaculaire et l'eau abondante sont source de fierté, nous ne pouvons plus tenir ces ressources pour acquises. Plus de 1 000 alertes à l'eau potable sont en vigueur au Canada à chaque instant, la plupart d'entre elles dans les communautés des Premières Nations. Plus de la moitié d'entre nous vit dans des zones ou la qualité de l'air atteint des niveaux dangereux de toxicité. De Grassy Narrows et de la vallée de la chimie de Sarnia en Ontario à Fort Chipewyan en Alberta, les gens sont empoisonnés parce que les intérêts industriels et les profits sont prioritaires sur leur droit de vivre une vie saine.

Il ne s'agit pas d'entraver l'industrie; mais de s'assurer que les entreprises qui opèrent au Canada, tout comme nos gouvernements, maintiennent des normes les plus élevées et que la santé et le bien-être humain soient toujours leur priorité. Les données montrent que la protection active de l'environnement profite à l'économie en stimulant l'innovation et la compétitivité tout en réduisant les coûts médicaux. Il s'agit de donner à tous les Canadiens une voix plus importante dans le processus démocratique et de se préoccuper de la prospérité à long terme du Canada.

Plus de la moitié des nations du monde reconnaissent déjà les droits environnementaux. C'est maintenant l'heure pour le Canada de se mettre à la hauteur de ses valeurs, et de se joindre à ce mouvement global.

Il n'y a pas encore de date pour le vote de la loi C-634, mais son introduction a lancé des discussions entre les politiciens à Ottawa. Espérons que la sphère politique reconnaitra l'importance d'assurer à tous les Canadiens le droit à un environnement sain.

Écrit avec la contribution Ian Hanington, rédacteur senior à la Fondation David Suzuki

Apprenez-en plus au www.davidsuzuki.org.

6 novembre 2014

Pour en savoir plus

Ajoutez un commentaire


La Fondation David Suzuki n'endosse pas nécessairement les commentaires affichés par le public sur son site Web. La Fondation se réserve le droit de refuser la publication de commentaires qui pourraient être perçus comme offensant ou qui vont à l'encontre des principes directeurs qui régissent les organismes de bienfaisance. Veuillez noter que tous les commentaires sont relus avant d'être publiés.