Photo: Éthique ou profit, le grand dilemme de l'exploitation minière du Canada

(Crédit : Tony Hisgett via Flickr)

Par David Suzuki

Il semblerait parfois que les personnes qui travaillent dans les industries minières et combustibles fossiles, ainsi que leurs promoteurs gouvernementaux, ne croient pas en l'avenir. Sinon, comment expliquer cette course effrénée à l'extraction et à l'utilisation aussi rapide et excessive des ressources de la Terre?

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Depuis 1984, et plus particulièrement dans la dernière décennie, la production minière internationale, incluant la production de combustibles fossiles, a plus que doublé passant d'un peu plus de neuf milliards de tonnes à près de 17 milliards en 2012.

C'est partiellement dû à l'augmentation rapide de la demande due à la croissance démographique dans le monde et à l'approvisionnement du cycle du consumérisme qui alimentent un système économique mondiale basé sur l'obsolescence planifiée et la commercialisation de produits inutiles. De plus, comme stipulé par le British Geological Survey, « C'est peut-être difficile à admettre, mais les guerres ont favorisé le développement de plusieurs progrès technologiques qui reposent sur une sécurité de l'approvisionnement en de nombreuses ressources minérales, qui par ailleurs sont inévitablement très demandées en temps de guerre. »

L'exploitation minière est certainement bénéfique pour le bien-être des humains, mais le système économique actuel est principalement orienté vers la maximisation des profits, sans tenir compte des intérêts de la population ou de l'environnement. Cependant, c'est un domaine dans lequel les Canadiens peuvent faire une différence vu la place importante occupée par le Canada dans l'industrie minière internationale, surtout en Amérique latine. Selon l'Association minière du Canada, « la Bourse de Toronto et la Bourse de croissance TSX accueillent près de 60 des sociétés minières publiques du monde. Ensemble, elles constituent 70 des capitaux propres mobilisés à l'échelle internationale par les sociétés minières. » Par ailleurs, l'association ajoute que « les minières établies au Canada représentaient près de 37 % des dépenses d'exploration internationales budgétisées en 2012 ». Il ne faut pas non plus oublier que le Canada a déjà modifié son aide humanitaire au profit des sociétés minières.

Les entreprises minières canadiennes n'ont pas toujours montré l'exemple en matière de responsabilité sociale et environnementale dans les collectivités où elles mènent leurs activités, mais la situation est peut-être en train de changer sous la pression de l'opinion publique. Face aux critiques, les chefs de file de l'exploitation minière affirment que les pratiques sont en train de s'améliorer. En réponse à un article critique du Council on Hemispheric Affairs, Pierre Gratton, président et chef de la direction de l'Association minière du Canada, a déclaré que « Les pratiques actuelles de l'industrie minière canadienne et de nos membres sont très, très différentes de ce qu'elles étaient il y a 20 ou 25 ans. »

Selon l'article datant de juin 2014, « les grandes entreprises minières canadiennes, ainsi que le gouvernement canadien qui supervise ces entreprises commerciales n'ont pas adopté des normes reconnues du droit international qui stipulent que les États sont responsables des actions de leurs ressortissants à l'étranger ». L'article met en évidence le fait que les sociétés minières canadiennes utilisent souvent des pratiques qui ne tiennent pas compte des impacts négatifs sur les réserves naturelles et les zones protégées, qui épuisent des ressources en eau limitées, qui négligent les droits des peuples autochtones, qui perturbent des communautés et qui créent des problèmes de santé en polluant l'air, l'eau et le sol. De plus, « chaque année, un certain nombre de manifestants qui soulèvent des préoccupations contre les activités minières sont grièvement blessés, persécutés ou même tués ».

Cela semble être le cas dans une mine d'or et d'argent au Guatemala qui est gérée par une filiale de l'entreprise canadienne Goldcorp. Selon le journal The Guardian, l'exploitation minière a fait l'objet de nombreuses plaintes de la population locale pour causes « d'intimidation, de menaces, de division sociale, de violence, de chantage et de corruption des autorités locales, de destruction et de contamination des ressources en eau, de mort du bétail, de maisons ébranlées, de murs craqués, de criminalisation des manifestations, de forêts déboisées, et d'importants impacts sur la santé tels que la malnutrition et les maladies de la peau ». Un autochtone qui s'était prononcé contre la mine a été battu et brûlé vivant par des hommes cagoulés qui l'avaient approché pour l'interroger sur les activités contre l'exploitation minière. Goldcorp a nié les allégations.

Dans le passé, les sociétés canadiennes n'ont pas été tenues responsables des actes commis dans leurs filiales étrangères, mais la situation pourrait changer. Un certain nombre de personnes d'Érythrée et du Guatemala sont en train de poursuivre trois minières canadiennes dans des tribunaux canadiens pour des abus allégués dans ces pays, incluant le travail forcé, la violation des droits de l'homme et des agressions. Selon le Financial Post, des avocats essaient de lever le « voile corporatif » en « poursuivant les maisons mères canadiennes pour négligence et d'autres délits traditionnels parce que la direction n'aurait pas répondu aux normes énoncées dans leurs déclarations publiques ». Autrement dit, les sociétés sont tenues de respecter les normes qu'elles énoncent publiquement aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du Canada.

L'extraction minière est importante, mais comme c'est le cas avec beaucoup d'activités humaines et en tenant compte de la croissance démographique mondiale, nous devons apprendre à développer et à utiliser les ressources de façon durable, sans entraîner leur gaspillage et leur destruction. Par ailleurs, les sociétés minières devraient être tenues de répondre à des normes très élevées en matière de protection des droits de l'environnement et de l'homme, tant à l'échelle nationale qu'internationale.

Article rédigé avec la collaboration d'Ian Hanington, rédacteur en chef à la Fondation David Suzuki.

Pour plus d'informations, consultez le site www.davidsuzuki.org.

15 janvier 2015

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