Photo: Changements climatiques : défis et perspectives pour le nouveau gouvernement

Crédit : Moyan Brenn via Flickr

Par David Suzuki

Nota : Dans la foulée des événements tragiques survenus le 13 novembre à Paris, nos pensées vont à tous les Parisiens, au peuple français et à toutes les victimes du terrorisme partout au monde. Nous espérons que les gouvernements autour du monde, dont le gouvernement du Canada, développeront des cibles précises pour réduire nos émissions de carbone et résoudre la crise climatique, ce qui comprend les questions interdépendantes de pauvreté, de sécurité internationale et d'accès à l'eau et à la nourriture, afin de construire des collectivités plus saines.

Malgré cette tragédie, l'idée de diverses nations qui se réunissent pour lutter contre le plus grand défi environnemental et social auquel fait face la planète devrait nous remplir d'espoir et de courage.

Le gouvernement que nous venons d'élire semble prendre au sérieux la question des changements climatiques. Dans le contexte des pourparlers des Nations unies sur le climat qui débuteront à Paris le 30 novembre, le Canada peut jouer un rôle important pour réduire les gaz à effet de serre ici au pays, tout en aidant d'autres pays à faire de même ailleurs dans le monde. D'ailleurs, le rejet par le président américain Barack Obama de l'oléoduc Keystone XL pour le pétrole issu des sables bitumineux confirme que nous ne pouvons pas continuer à brûler les combustibles fossiles au rythme actuel.

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Bien que le gouvernement du Canada se dirige vers Paris sans plan robuste en main, il se dit prêt à représenter les intérêts des Canadiens et des Canadiennes. La composition du nouveau cabinet des ministres est certainement un premier signe encourageant en ce sens.

En plus d'être paritaire, ce cabinet réduit à 30 membres compte une ministre de l'Environnement dont le titre officiel inclut désormais les changements climatiques, ainsi qu'une ministre des Sciences et un ministre de l'Innovation, des Sciences et du Développement économique.

Depuis quelques décennies, mes collègues et moi multiplions les mises en garde sur le réchauffement climatique et ses conséquences. Dès 1977, j'ai abordé cette question avec l'auteur scientifique Isaac Asimov à l'émission Quirks and Quarks, sur les ondes radio de la CBC. En 1989, The Nature of Things consacrait une première émission au réchauffement planétaire, tandis que j'animais It's a Matter of Survival, une série radiophonique de cinq épisodes qui traitait en partie des changements climatiques. Au cours de ses 25 années d'existence, la Fondation David Suzuki a tout mis en œuvre pour sensibiliser la population aux changements climatiques et proposer des solutions, notamment par l'entremise de son récent Projet Trottier pour l'avenir énergétique.

La conférence de l'ONU sur le climat, qui aura lieu dans quelques semaines, représente certes un défi urgent pour notre gouvernement. Cependant, le Canada se trouve également dans une position idéale pour apporter une contribution positive aux négociations. En effet, notre délégation comprendra non seulement le premier ministre et la nouvelle ministre de l'Environnement et du Changement climatique, mais également un comité du cabinet chargé de l'environnement, du changement climatique et de l'énergie, présidé par le ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion.

Conscient du rôle des provinces et d'autres acteurs pour contrer les changements climatiques et réduire les émissions de gaz à effet de serre, le premier ministre Trudeau a également convié à la conférence les premiers ministres des provinces et les chefs des autres partis fédéraux, dont la chef du Parti vert Elizabeth May.

Compte tenu de l'urgence grandissante de la crise climatique, le processus onusien s'est avéré frustrant par sa lenteur et son incapacité à produire le type d'actions concrètes requises pour limiter le réchauffement planétaire à 2 °C. Ainsi, la conférence de Paris vise l'adoption d'un accord mondial juridiquement contraignant entre les pays développés et les pays en développement, afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de garantir du financement aux pays en développement.

Pour guider ces négociations, la Fondation David Suzuki a présenté ses recommandations au nouveau gouvernement du Canada. La première consiste à élaborer un plan d'action national en matière de climat qui fixerait de nouvelles cibles ambitieuses pour réduire nos émissions. À l'instar du Réseau action climat du Canada, la Fondation estime qu'une cible satisfaisante consisterait à réduire les émissions de carbone du tiers au cours de la prochaine décennie, soit de 35 % sous les niveaux de 1990 d'ici 2025. Cette cible devrait être inscrite dans la loi et les efforts de réduction entrepris sans délai.

De l'avis de la Fondation, le gouvernement fédéral doit également travailler avec les provinces pour établir un prix plancher pour le carbone, à l'aide de taxes carbone, de systèmes de plafonnement et d'échange ou d'une combinaison des deux. Le prix ainsi fixé devra atteindre au moins 100 $ par tonne d'ici 2020. Dans les cas où la tarification du carbone ne suffit pas pour respecter les cibles de réduction, il faudra prévoir l'application de normes ou des règlements ciblés.
Nous invitons aussi le gouvernement à garantir la création d'infrastructures à faible intensité carbonique, en investissant dans le transport en commun, les énergies renouvelables et l'adaptation aux changements climatiques, ainsi qu'en utilisant des systèmes naturels pour réduire les impacts. Il lui faudra également établir des normes d'efficacité énergétique pour les véhicules et les bâtiments, et confirmer son appui au Fonds vert pour le climat de l'ONU, qui sert à soutenir les pays en développement.

La Fondation, sera elle aussi à Paris pour conseiller la délégation canadienne sur une diversité d'enjeux. Dans notre cas, ces questions comprennent les espèces menacées et la protection des habitats, la protection des aires marines, les droits en matière d'environnement, l'évaluation du capital naturel et l'amélioration des rapports avec les peuples autochtones. Nous sommes conscients que le nouveau gouvernement fait face à de nombreux défis et qu'il devra composer avec des intérêts divergents en lien avec la chute du prix du pétrole, les projets d'oléoducs, les femmes autochtones disparues ou assassinées, la sécurité nationale et nos engagements internationaux en matière de terrorisme, pour n'en nommer que quelques-uns. La tâche promet d'être ardue et cette administration devra s'y atteler sans tarder.

Alors que les dirigeants du Canada et des États-Unis s'envolent vers Paris avec la ferme intention de s'attaquer aux changements climatiques, tout espoir est permis. La nouvelle administration semble disposée à dialoguer avec les Canadiens et les Canadiennes de tous horizons sociaux et géographiques, ainsi qu'à accepter ses responsabilités à l'échelle mondiale. Je leur souhaite le meilleur des succès.

David Suzuki est un scientifique, communicateur, auteur et cofondateur de la Fondation David Suzuki. Article écrit en collaboration avec Ian Hanington, rédacteur en chef de la Fondation David Suzuki.

10 novembre 2015

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