Photo: Des débats chauds qui ont ignoré une planète en surchauffe

(Crédit: Wikimedia Commons)

Par David Suzuki

Les scientifiques de partout dans le monde acceptent que la Terre se réchauffe à un rythme anormalement rapide, que les humains en sont les principaux responsables, principalement en brûlant des combustibles fossiles, et que les conséquences pour l'Humanité seront désastreuses si nous ne prenons pas d'action immédiate et généralisée. Le Département de la défense des États-Unis considère les changements climatiques comme un risque pour la sécurité «parce qu'ils dégradent les conditions de vie, la sécurité humaine et la capacité des gouvernements à répondre aux besoins fondamentaux de leurs populations.»

Les gens aux États-Unis et partout dans le monde expérimentent déjà des impacts coûteux : des événements météorologiques extrêmes plus fréquents, des sécheresses prolongées, inondations dans les zones côtières, de l'eau contaminée, l'acidification des océans et l'amplification de la crise des réfugiés. Chaque mois cette année a battu un record de chaleur, et les trois dernières années ont aussi battu des records.

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Considérant l'ampleur de la menace, vous penseriez que le réchauffement global aurait dû mériter un débat entier entre deux prétendants à la présidence de ce qui est encore le pays le plus puissant et le plus influent du monde. Tout au moins, c'était suffisamment important pour justifier de nombreuses questions de la part des modérateurs des débats et des discussions politiques approfondies des candidats.

Ainsi, dans les trois débats qui ont précédé l'élection, combien de questions les modérateurs ont-ils posées sur le climat ? Combien de temps les candidats ont-ils consacré à en discuter ? La réponse à la première question est «zéro». Ils ont été interrogés sur l'utilisation du courrier électronique, l'avortement, les Musulmans et les taxes, mais pas sur un problème dont l'importance dépasse tous les autres.

La réponse à la deuxième question est «à peine cinq minutes», principalement sur l'énergie plutôt que sur le climat. Un candidat exaltait les vertus des combustibles fossiles et le mythique «charbon propre» tandis que l'autre promouvait la notion erronée de gaz naturel comme étant une «énergie de transition» pour aider une transition des combustibles fossiles aux énergies propres. Mais pour la plupart des trois débats, un candidat a menacé et injurié l'autre et la discussion a été centrée sur des questions telles que des tweets à propos d'une ancienne Miss Univers et sur qui a «l'endurance» requise pour mener le pays.

Cela ne signifie pas que les candidats et leurs partis étaient égaux sur la question des changements climatiques. Un candidat parlait de la nécessité de passer à l'énergie renouvelable et a une plate-forme de parti qui décrit les solutions. L'autre appelait le changement climatique une «fausseté» perpétrée par les Chinois, et croyait (il croit encore) dans en la promotion des combustibles fossiles aux dépens des énergies renouvelables. Mais même leurs différences sur ce point critique n'ont pas obtenu de temps d'antenne.

«J'ai été choqué par l'absence de questions sur le changement climatique. C'est vraiment jouer du violon pendant que le monde brûle», a dit au Guardian Kerry Emanuel, scientifique spécialiste du climat au Massachusetts Institute of Technology, l'appelant «lâcheté collective.»

Bien que les États-Unis aient rejoint 194 autres pays et l'Union européenne en décembre 2015 en acceptant d'empêcher la température moyenne globale de monter de plus de 2 degrés Celsius par rapport au niveau préindustriel, et qu'ils ont maintenant ratifié l'Accord de Paris, l'industrie pétrolière du pays est en plein essor. Au Canada, qui a également ratifié l'accord, les gouvernements continuent d'approuver, de promouvoir et de subventionner les projets touchant les combustibles fossiles comme les pipelines, les projets de gaz naturel liquéfié (GNL), l'exportation de charbon et l'expansion des sables bitumineux.

Et bien que nous connaissions les changements climatiques, leur causes et conséquences depuis longtemps, et que nous avons un large éventail de solutions viables, solutions de plus en plus nombreuses et efficaces jour après jour, nos représentants politiques et, pour être juste, beaucoup de gens qui les ont élus pour les représenter ne semblent pas comprendre la gravité de la situation ou avoir le courage d'y répondre. Un public complaisant et des médias compromis signifient que le sujet est presque ignoré lors d'une des campagnes politiques les plus importantes, quoique bizarres, de l'histoire récente.

Des solutions et des opportunités auraient dû être incluses dans ces débats, ainsi que dans la couverture médiatique et les conversations quotidiennes : l'émission d'un prix carbone pour inciter à l'énergie propre et des dissuasifs pour des technologies dépassées et polluantes ; des énergies propres de plus en plus efficaces et rentables et des technologies de stockage ; protéger les puits de carbone naturels et modifier les pratiques agricoles.

Nous avons ignoré le problème depuis si longtemps que la transition en douceur devient de plus en plus difficile chaque jour. Pour ceux qui espéraient gouverner un pays, pays qui a démontré du leadership à bien des égards, ignorer ou nier complètement le problème fut un coup de poing à la figure pour l'Humanité.

Le résultat du 8 novembre vient probablement de décupler la force de ce coup de poing. Il ne nous reste qu'à espérer que le gouvernement des États-Unis écoutera ses experts au Pentagone, à la NASA, à la NOAA et tous les autres départements scientifiques et stratégiques, et qu'il prendra plus au sérieux les problèmes climatiques et les mesures nécessaires pour assurer le bien-être et la survie des citoyens.

11 novembre 2016

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