Photo: Notre énergie est plus forte que la peur et la haine

(Crédit : Gage Skidmore via Flickr)

Par David Suzuki

En maintenant? Beaucoup de gens aux États-Unis et dans le monde sont atterrés de voir un climato-sceptique intolérant et misogyne élu à la tête de la nation qui reste encore la plus puissante au monde. Son parti contrôle la Chambre des représentants et le Sénat, ce qui donne plein pouvoir à des membres pro-énergies fossiles et anti-action pour le climat qui rejettent les preuves scientifiques, pourtant accablantes et alarmantes. Ce gouvernement sera à la botte de l'industrie des énergies fossiles. Toutefois, le réchauffement climatique ne fera pas relâche pendant les quatre prochaines années. Au contraire, il va s'accélérer. Allons-nous jeter l'éponge?

Pas question! Au mieux, les gouvernements avancent lentement. Les gens étaient remplis d'espoir lorsque Barack Obama est devenu le premier président noir des États-Unis. Même si l'on a enregistré des progrès dans certains secteurs, l'industrie des énergies fossiles a continué de prendre de l'expansion, et la planète s'est réchauffée. Au Canada, après une décennie qui a vu leurs représentants politiques faire marche arrière dans les politiques environnementales et climatiques, les Canadien(ne)s ont élu un parti qui a promis d'être un leader en matière de climat. Or, en dépit de nombreuses initiatives progressistes et positives, notre gouvernement soutient, subventionne et approuve toujours les projets et les infrastructures liés aux énergies fossiles.

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Nous ne pouvons pas nous fier aux gouvernements pour apporter les changements dont nous avons désespérément besoin. À nous de jouer! À nous de faire bouger les choses. Nous avons du pain sur la planche, mais nous devons nous retrousser les manches. Nous avons peut-être là une occasion à saisir, même si elle s'accompagne de grands défis. L'élection a mis au grand jour des tendances malsaines dans la société américaine, mais elle a aussi révélé une insatisfaction profonde et grandissante face au statu quo.

Cette réalité s'explique facilement. Le fossé entre les riches et les pauvres se creuse sans cesse. La mondialisation et le virage technologique ont laissé beaucoup de gens à la traîne dans un système économique désuet. Nous assistons tous les jours à du racisme dans les médias sociaux et à la télévision; les normes en éducation ont diminué; les médias traditionnels battent de l'aile; la guerre et la violence continuent; les effets des changements climatiques empirent chaque jour.

Pour régler le problème, il ne faut surtout pas jeter de l'huile sur le feu. C'est pourtant ce que viennent de faire de nombreux Américains. Maintenant, c'est à ceux d'entre nous qui croient en un avenir meilleur de maîtriser le feu sans étouffer la flamme. Au lendemain de l'élection, Alaya Boisvert, de la Fondation David Suzuki, a publié le message : « Laissons le feu alimenté par cette folie éclipser l'obscurité qui l'a déclenché. »

Malgré les promesses de Donald Trump de renverser les progrès réalisés dans les politiques et initiatives environnementales et climatiques, rien ne peut arrêter la vague qui déferle. Le lendemain de l'élection, Karel Mayrand, directeur de la Fondation pour le Québec et le Canada atlantique, a écrit dans un blogue que les investissements dans les énergies renouvelables dépassaient les investissements dans les énergies fossiles tous les ans depuis 2010. L'écart continue de se creuser. Aux É.-U., les états et les villes mettent un prix sur les émissions de carbone et investissent dans les énergies renouvelables et les transports collectifs. D'ici 2022, le prix des véhicules électriques sera égal à celui des véhicules à essence. Et surtout, le mouvement mondial de lutte contre les changements climatiques n'est pas prêt de s'essouffler.

Nous devons rester vigilants. Nous ne devons pas laisser la peur et le désespoir nous empêcher de bâtir un monde meilleur pour tout un chacun, sans égard à sa race, sa religion, son orientation sexuelle, son apparence ou ses limites physiques, son pays d'origine, ses convictions politiques, son niveau d'instruction et son statut social. Ne nous méprenons pas : ce n'est pas la planète qui est en danger, c'est l'humanité. Les systèmes naturels de la Terre trouvent toujours un équilibre, mais les corrections qui s'opèrent pour réparer les dommages que nous avons causés des émissions excessives dans l'atmosphère à la destruction de l'habitat au profit de l'extraction minière, de l'industrie et de l'agriculture ne sont favorables ni à notre espèce ni à la voie que nous empruntons.

De nombreuses possibilités s'offrent à nous, et nous avons beaucoup de potentiel. Nous avons en mains le savoir et des technologies incroyables. Nous bénéficions d'une sagesse ancienne qui nous enseigne à nous intégrer à la chaîne miraculeuse et complexe d'une existence interconnectée. La plupart d'entre nous aspirent à la même chose : la santé, le bonheur et une relation harmonieuse avec les autres.

Ne laissons pas la peur nous dominer. Plus que jamais, nous devons rester unis et travailler pour la justice et les droits de la personne, pour l'équité, pour la liberté, pour un environnement plus sain, pour l'élection de gouvernements au service du peuple et non des grandes entreprises, pour les valeurs sur lesquelles se sont supposément bâtis les États-Unis d'Amérique. Nous devons être à l'écoute les uns des autres et faire la promotion du dialogue plutôt que de la discorde.

L'élection américaine a poussé les tensions à l'extrême et l'abcès a éclaté. Il est plus important que jamais de nous serrer les coudes pour guérir la blessure.

Traduction : Michel Lopez et Monique Joly

*David Suzuki est scientifique, vulgarisateur, auteur et cofondateur de la Fondation David Suzuki. Article écrit en collaboration avec Ian Hanington, rédacteur en chef à la Fondation David Suzuki.

9 décembre 2016

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