Photo: Feux de forêt : sonnette d'alarme climatique

Par David Suzuki

Les feux de forêt ravagent la Colombie-Britannique. Près de 900 hectares sur 600 000 se sont déjà envolés en fumée cette année dans le ciel de l'ouest de l'Amérique du Nord. La lutte contre ces incendies a coûté plus de 230 millions $. Et la saison est loin d'être terminée.

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La Colombie-Britannique n'est pas la seule touchée. De la C.-B. à la Californie, des milliers de personnes ont fui leur foyer menacé par les flammes. Le Groenland est la proie du plus grand brasier de son histoire, qualifié « d'événement rare et inhabituel » par le professeur Stef Lhermitte de la Delft University, aux Pays-Bas. Les feux de forêt font rage partout en Europe, en Amérique du Nord et ailleurs. En juin, des dizaines de personnes ont péri dans les pires incendies qu'a connus le Portugal. Pendant ce temps, en Saskatchewan, au Vietnam et en Nouvelle-Zélande, des inondations déclenchent des glissements de terrain et sèment la mort et la destruction.

Que nous faut-il encore pour nous éveiller à l'urgence de faire face aux changements climatiques ? Les feux et les inondations ont toujours existé, car c'est souvent ainsi que la nature renouvelle ses écosystèmes. Par contre, le réchauffement climatique augmente leur fréquence, leur taille et leur gravité. Les spécialistes nous avertissent que le nombre de feux de forêt pourrait doubler dans les années à venir, voire se multiplier par cinq ou six dans la région du nord-ouest du Pacifique.

Dans l'ouest des États-Unis, les températures moyennes annuelles ont augmenté de 2 degrés Celsius ; la saison des feux de forêt s'est allongée de trois mois depuis les années 1970, ce qui a engendré « une nouvelle ère de feux de forêt dans l'Ouest » selon une étude récente menée par les spécialistes en feux de la University of Colorado Boulder, publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences.

Les changements climatiques ne sont pas nécessairement à l'origine des feux de forêt. La foudre, les feux de camp, les mégots de cigarette et les étincelles des machines en sont les principales causes. Par contre, les changements climatiques créent les conditions propices à des feux plus nombreux et plus gros. La foudre, qui déclenche jusqu'à 35 pour cent des feux de forêt au Canada et qui est responsable de 85 pour cent de la superficie détruite chaque année, augmente avec la hausse de la température. En effet, des études font état d'une augmentation de 12 pour cent des frappes de la foudre pour chaque degré Celsius de réchauffement.

Des hivers plus secs et plus courts et une fonte des neiges précoce prolongent la saison des incendies. En se réchauffant, l'atmosphère emprisonne l'humidité, dont une partie provient des forêts et des zones humides, et les précipitations accrues ne suffisent pas à compenser la sécheresse. De ce fait, les sources de combustible s'enflamment plus facilement et les feux se propagent plus rapidement sur de plus grandes étendues. Les infestations d'insectes nuisibles comme le dendroctone du pin — contrôlées autrefois par des hivers plus longs et plus rigoureux — ont aussi détruit et asséché les forêts, ce qui a ajouté du combustible pour les feux. Comme les arbres et le sol retiennent l'humidité sur les pentes, les feux peuvent aussi accroître les risques de crues éclair lorsque la pluie finit par revenir.

Les effets sur les populations et l'économie sont effarants : destruction des propriétés, lutte contre les incendies, prévention, pertes de ressources précieuses et d'écosystèmes... À l'heure où les humains s'établissent toujours plus loin dans les régions sauvages, les dommages et les coûts ne cessent d'augmenter.

La fumée entraîne des problèmes de santé — surtout chez les jeunes et les aînés — qui font grimper le coût des soins. Les feux de forêt tuent actuellement plus de 340 000 personnes par année, principalement à cause de l'inhalation de la fumée.

Les feux émettent aussi du CO2, ce qui crée des boucles de rétroaction et aggrave les changements climatiques. Les forêts boréales du Canada et de la Russie emmagasinent de grandes quantités de carbone et contribuent ainsi à réguler le climat. Par contre, elles sont très vulnérables aux feux de forêt.

Il existe toute une gamme de solutions possibles. Les auteurs de l'étude PNAS recommandent de laisser certains feux de forêt brûler dans les régions inhabitées, de déclencher des feux « contrôlés » afin de réduire le combustible souterrain et créer des barrières, d'éclaircir les forêts denses, de contrer le développement dans des zones propices aux feux et de renforcer le code du bâtiment.

Ces mesures d'adaptation sont cruciales, tout comme le sont les mesures pour éviter que les gens ne provoquent des feux. Toutefois, notre objectif premier devrait être de tout mettre en œuvre pour ralentir le réchauffement mondial.

Selon la NASA, la température de la surface de la Terre a augmenté de 1,1 degré Celsius depuis la fin du 19e siècle, avec une intensification au cours des 35 dernières années. Seize des dix-sept années les plus chaudes ont été enregistrées depuis 2001. Huit des mois de 2016 ont atteint des records de chaleur. Les océans se réchauffent et s'acidifient à un rythme accéléré, tandis que la taille et l'épaisseur des glaces de l'Arctique diminuent rapidement. Dans le monde entier, les glaciers fondent et le niveau des mers augmente à grande vitesse. Les épisodes de chaleur record sont en hausse, tandis que les périodes de grands froids sont en baisse. Les événements climatiques extrêmes sont de plus en plus courants dans certaines régions.

Les feux de forêt actuels sont des signes d'alarme. Si nous prenons au sérieux nos engagements pris dans le cadre de l'Accord de Paris, nous ne pouvons plus construire d'autres pipelines, augmenter l'exploitation des sables bitumineux, continuer le fractionnement et exploiter le pétrole dans l'Arctique et en eaux profondes.

Traduction : Monique Joly et Michel Lopez

22 septembre 2017

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