Photo: Une étude révèle qu'Exxon a trompé le public en cachant des données sur le climat

(Crédit: Mike Mozart via Flickr)

Par David Suzuki

Le charbon, le pétrole et le gaz représentent des ressources énormes : de l'énergie solaire absorbée par les plantes et concentrée pendant des millions d'années. Ces combustibles puissants fournissent aussi les composants de nombreux produits courants. Mais, le boom pétrolier, stimulé par l'amélioration des techniques de forage, est arrivé au mauvais moment. La course aux profits était (et est encore) la priorité au détriment de la recherche de moyens plus efficaces d'utiliser ces ressources limitées.

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En Amérique du Nord, les gouvernements et les entreprises ont mis en place des infrastructures qui permettent aux gens de consommer le pétrole et le gaz comme s'ils étaient inépuisables. Des manufacturiers comme Ford ont construit des voitures plus grosses que nécessaire. Alors que les premiers modèles roulaient à l'éthanol, le boom pétrolier a imposé le pétrole comme combustible par excellence. Les gouvernements ont démantelé les systèmes de transport public et se sont servis des impôts pour favoriser l'automobile privée au détriment de l'autobus et du train.

L'industrie pétrolière a rempli un grand nombre de ses promesses et est devenue le moteur principal des économies occidentales. Elle a accru la mobilité et stimulé la croissance de l'emploi et des profits dans les secteurs de l'automobile, du pétrole et du gaz, du tourisme, de la restauration rapide et autres. Les produits en plastique dérivés du pétrole nous ont facilité la vie.

Par contre, l'essor industriel et la culture de l'auto qu'il a engendrée ont eu des conséquences néfastes : blessures et décès, exploitation rapide des ressources, pollution et changements climatiques, sans oublier les plastiques qui étouffent la terre et les océans.

Ces conséquences étaient-elles vraiment inattendues ? Quand les gens ont-ils appris que la combustion d'immenses quantités de carburants fossiles risquait de faire plus de mal que de bien ? Des indices tendent à démontrer que des scientifiques, des gouvernements et l'industrie savaient depuis longtemps qu'il y aurait un prix élevé à payer pour notre réussite.

Dès la fin des années 1800, le scientifique suédois Svante Arrhenius avait prévenu que la combustion de carburants fossiles et l'augmentation des émissions de dioxyde de carbone déclencheraient des boucles de rétroaction et augmenteraient la quantité de vapeur d'eau dans l'atmosphère, ce qui provoquerait une hausse des températures sur la planète. Les preuves scientifiques du réchauffement climatique d'origine humaine se sont accumulées au point de devenir une certitude. Peu de gens contestent que la combustion du charbon, du pétrole et du gaz entraîne de la pollution et des problèmes de santé publique, mais beaucoup ne sont pas convaincus du rôle des combustibles fossiles dans les changements climatiques.

La raison est simple : selon les multiples recherches menées par des journalistes, des scientifiques et des universitaires — dont une nouvelle étude révisée par des pairs — certains des plus grands acteurs de l'industrie trompent depuis longtemps la population sur la science climatique.

Cette étude, réalisée par Geoffrey Supran et Naomi Oreskes, de l'université Harvard, et publiée dans Environmental Research Letters, a analysé 40 ans de recherches et de communications d'Exxon Mobil. « La conclusion est claire : Exxon Mobil a induit la population en erreur sur la situation climatique et ses conséquences, ont écrit Oreskes et Supran dans un article d'opinion paru dans le New York Times. Les documents disponibles témoignent d'un écart systématique et quantifiable en matière de changement climatique entre ce que les scientifiques et les dirigeants d'Exxon Mobil discutaient dans les cercles privés et universitaires et ce qu'ils présentaient au grand public. »

Les chercheurs ont relevé le défi d'Exxon : « Lire tous ses documents pour se faire leur propre idée ». Ils ont examiné les études scientifiques, les notes internes et les publireportages grand public payés par l'entreprise. Ils ont constaté qu'Exxon connaissait les conséquences climatiques de ses produits et les risques de les voir devenir un « actif inexploité ». Or, son discours à la population était tout autre.

De 1989 à 2004, Exxon a fait paraître des articles d'opinion payés dans le New York Times au coût de 31 000 $ US chacun. Contrairement aux études et aux communications internes de l'entreprise, ainsi qu'aux données scientifiques accablantes provenant du monde entier, les articles alléguaient notamment que « la science sur le climat était trop incertaine pour justifier un plan d'action qui risquerait de bouleverser les économies » et que « nous ne savons pas encore quel rôle jouent les gaz à effet de serre d'origine humaine dans le réchauffement de la Terre ».

Les chercheurs Oreskes et Supran ont également noté qu'Exxon est poursuivie par des employés anciens et actuels, et qu'elle fait l'objet d'une enquête menée par les procureurs généraux de l'État de New York et du Massachusetts et la Securities and Exchange Commission fédérale.

Compte tenu des graves conséquences des changements climatiques, la volonté des entreprises d'énergies fossiles, épaulées par des gouvernements complaisants, des « groupes de réflexion » et des organes de presse douteux, de faire passer le profit avant la santé et la survie humaine est un crime intergénérationnel contre l'humanité. Nous devons louer les efforts acharnés d'Oreskes et d'autres pour faire éclater la vérité.

Traduction : Monique Joly et Michel Lopez

28 septembre 2017

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