Photo: La nature a des solutions aux problèmes d'eau et aux risques d'inondation

Par David Suzuki

Lorsque les Aztèques ont fondé Tenochtitlán en 1325, ils l'ont bâtie sur une grande île du lac Texcoco. Sa population, qui a atteint 200 000 habitants, a construit des canaux, des levées, des digues, des jardins flottants, des aqueducs et des ponts pour la défense, les transports, le contrôle des crues, l'eau potable et la nourriture. Après la conquête de la ville en 1521, les Espagnols ont asséché le lac et y ont construit Mexico.

Inscrivez-vous à notre bulletin

Aujourd'hui, la mégalopole, qui compte 100 fois plus d'habitants que Tenochtitlán à son apogée, fascine par sa culture effervescente, son histoire complexe et son architecture diversifiée. C'est aussi une ville chaotique. Les pénuries d'eau, la contamination de l'eau et les eaux usées s'ajoutent à la criminalité, à la pauvreté et à la pollution. Les aquifères drainés et en voie d'assèchement provoquent l'affaissement de la ville — presque dix mètres au cours du dernier siècle.

L'Occident mise depuis longtemps sur « la conquête » de la nature. Notre orgueil démesuré, et souvent nos idéologies religieuses, nous ont amenés à penser que nous étions au-dessus de la nature et que nous avions le droit de la soumettre et de la contrôler. Nous avons laissé nos compétences techniques prendre le dessus sur notre sagesse. Nous apprenons maintenant que collaborer avec la nature — en comprenant que nous en faisons partie — est plus efficace et plus rentable à long terme.

Si nous avions conçu nos villes en pensant à la nature, nous subirions moins d'inondations, de pollution et de canicules ; nous n'aurions pas à procéder à des réparations coûteuses. Les inondations, en particulier, peuvent frapper durement les populations des zones urbaines. Selon le Global Resilience Partnership, « les inondations causent plus de dommages dans le monde que tout autre type de catastrophe naturelle ; elles causent aussi certaines des plus grandes pertes économiques, sociales et humanitaires ». Elles comptent pour 47 des catastrophes liées au climat et ont touché 2,3 milliards de personnes au cours des 20 dernières années, dont 95  en Asie.

La situation empire avec le réchauffement de la planète. Les inondations récentes au Bangladesh, en Inde, au Pakistan et au Népal ont affecté plus de 40 millions de personnes et ont fait plus de 1 000 victimes. Le tiers du Bangladesh est inondé. À Houston, au Texas, l'ouragan Harvey a provoqué la mort de dizaines de personnes, l'évacuation de milliers de résidents, la fermeture de raffineries de pétrole et des explosions dans des usines de produits chimiques. Certains déclarent que c'est l'une des catastrophes « naturelles » les plus coûteuses de l'histoire des États-Unis.

Bien que les ouragans et la pluie soient des phénomènes naturels, il ne fait aucun doute que les changements climatiques d'origine humaine empirent la situation. Des océans plus chauds font s'évaporer plus d'eau ; l'air plus chaud emprisonne plus d'eau. On estime que les changements climatiques ont gardé l'ouragan au-dessus de Houston plus longtemps que la normale et que le niveau croissant de la mer a contribué à amplifier les ondes de tempête.

Le laxisme de la réglementation, qui autorise les promoteurs à drainer des terres humides et à construire sur des plaines inondables, a aggravé les problèmes de Houston. La ville n'a aucun règlement de zonage. Les nombreuses prairies et terres humides — qui normalement absorbent de grandes quantités d'eau et préviennent ou réduisent les dommages dus aux inondations — ont été drainées, développées ou asphaltées. Le président Donald Trump a aussi abrogé des normes fédérales de protection contre les inondations énoncées par l'administration Obama et envisage d'annuler une loi qui préserve les terres humides. Il suffit de comparer Houston à Amsterdam et à Rotterdam, situées au-dessous du niveau de la mer. La réglementation et la planification ont aidé ces villes néerlandaises à diminuer les risques d'inondation et à faire des économies.

Face à l'accélération des dérèglements climatiques et à l'augmentation continue des émissions de gaz à effet de serre, les gens cherchent des moyens de protéger les villes contre les inondations et autres catastrophes. En Chine, les autorités veulent rendre les villes plus spongieuses. Selon un article du Guardian, « les urbanistes s'inspirent de la sagesse de la nature pour faire en sorte que l'excès d'eau soit absorbé : le béton imperméable sera remplacé par des matériaux perméables et des espaces verts aptes à absorber les pluies, et les ruisseaux et rivières seront interreliés afin que l'eau puisse s'écouler des zones inondées ». En plus d'offrir une protection contre les inondations, ces mesures aideront à prévenir les pénuries d'eau.

Dans le monde entier, y compris aux États-Unis, des villes ont mis en place bon nombre de ces mesures de protection contre les inondations. Si la Chine poursuit son projet-pilote au-delà des 16 villes ciblées, il s'agira du déploiement de mesures combinées le plus important à avoir été réalisé.

La restauration des espaces naturels coûtera beaucoup plus que si nous les avions protégés ; l'intensité et la fréquence accrues des tempêtes et des inondations risquent de continuer à briser les défenses naturelles ; et la croissance de la population humaine exercera une pression toujours plus grande sur nos ressources. Mais, la restauration de notre patrimoine naturel constitue un bon début.

Ultimement, nous devons travailler de concert avec la nature pour prévenir les problèmes tels que les inondations, les pénuries d'eau, les feux de forêt et les dérèglements climatiques. Lorsque nous travaillons contre la nature, nous travaillons contre nous-mêmes.

Traduction : Michel Lopez et Monique Joly

12 octobre 2017

Ajoutez un commentaire


La Fondation David Suzuki n'endosse pas nécessairement les commentaires affichés par le public sur son site Web. La Fondation se réserve le droit de refuser la publication de commentaires qui pourraient être perçus comme offensant ou qui vont à l'encontre des principes directeurs qui régissent les organismes de bienfaisance. Veuillez noter que tous les commentaires sont relus avant d'être publiés.