Photo: Jour de la Terre : donner une voix aux prochaines générations

(Crédit : jam343 via Flickr)

Par Karel Mayrand, Directeur général de la Fondation David Suzuki pour le Québec

Le jour de la Terre nous amène chaque année à réfléchir à l'avenir de notre planète. En fait, ce n'est pas le sort de la Terre qui devrait nous préoccuper, mais celui que nous réserverons aux prochaines générations. Le jour de la Terre est un jour que nous devrions consacrer à nos enfants. Dans ce monde où nous endettons les prochaines générations tout en dilapidant les ressources naturelles qui devraient leur appartenir, qui parlera au nom de nos enfants si nous ne le faisons pas? Le temps est venu de prendre nos responsabilités. Voici quelques propositions pour bâtir le Québec des prochaines générations.

Affranchir le Québec de sa dépendance au pétrole.

Le Québec exporte plus de 10 milliards par année de sa richesse pour importer du pétrole, principalement pour alimenter nos transports. Ceci rend notre économie vulnérable aux inévitables chocs pétroliers à venir. Nous produisons de l'électricité, des autobus, des trains, des wagons de métro, mais pas d'automobiles. Le temps est venu d'investir dans le développement du transport collectif et l'électrification des transports, et de créer ici de la richesse. Un dollar investi dans ces filières à forte valeur ajoutée rapportera plus que les redevances des gaz de schistes ou d'une exploitation pétrolière dans le golfe du Saint-Laurent.

Ressources naturelles : établir un pacte des générations

Notre empressement à vouloir extraire et vendre à rabais notre patrimoine naturel doit cesser. Toute exploitation nouvelle de ressources naturelles devrait désormais être conditionnelle au maintien intégral du capital naturel des Québécois et au partage équitable des bénéfices. Nos forêts, nos terres agricoles, nos lacs et nos rivières, le fleuve Saint-Laurent, doivent être maintenus en parfait état pour nos enfants. Pour toute exploitation de ressources non-renouvelables (minerai, gaz, pétrole), des redevances spéciales doivent être investies dans un fonds pour les prochaines générations.

Construire des villes dignes de nos enfants

Nos villes s'étendent de plus en plus. Il n'est plus rare que des parents passent plus de temps en auto qu'à la maison avec les enfants. En 30 ans la proportion des enfants qui se rendent à l'école à pied est passée de 70 % à 30 %. Aujourd'hui, il est rare de voir des enfants manger à la maison le midi. Il y a trente ans, la nature était accessible et les enfants pouvaient jouer dehors librement. Plus aujourd'hui. Nos villes sont devenues sédentaires et nos enfants prennent du poids. Est-il normal que dans certains quartiers plus de 20 % des enfants souffrent d'asthme en raison de la piètre qualité de l'air ? Nos aînés et nos enfants sont les plus affectés par le smog. Combien de temps encore les laissera-t-on suffoquer? Il faut de toute urgence prendre un virage vers des villes de verdure où le transport collectif est intégré dans chacun de nos quartiers, où les services se trouvent à proximité, où les parents ne seront plus séparés de leurs enfants par des bouchons de circulation, et où nos enfants pourront respirer un air sain.

Ce sont seulement quelques idées de ce que le Québec pourrait être dans moins de vingt ans. Nous avons atteint un point de bascule : il est temps de se donner une véritable vision de notre prospérité future. Aucun compromis ne devra plus être fait qui ait pour effet de créer de la richesse aujourd'hui en appauvrissant les générations de Québécois à venir. Je lance un appel à tous les parents du Québec : à partir de maintenant, faisons en sorte que chacune de nos décisions prenne leurs intérêts en compte. Offrons-leur en héritage un Québec dont ils seront fiers.

21 avril 2011