Photo: Golfe du Mexique et golfe du Saint-Laurent : les risques de l'industrie pétrolière

Crédit : archer10 via Flickr

C'est un triste souvenir que le premier anniversaire de l'explosion de la plate-forme "Deepwater Horizon" dans le golfe du Mexique. 4,9 millions de barils déversés plus tard, et près de 8 millions de litres de dispersants utilisés, les écosystèmes du golfe continuent de porter les séquelles de la catastrophe. Pourtant, toute cette tragédie aurait pu être évitée selon la commission d'enquête commandée par le président Obama. Cette même commission a par ailleurs révélé que la structure des instances gouvernant l'attribution de permis de forage entrait directement en conflit avec leur rôle de gardiens de la sécurité des travailleurs et de l'environnement. Alors, un an plus tard, avons-nous vraiment appris de nos erreurs?

Il semble que non : une course à l'or noir bat son plein entre Terre-Neuve et le Québec pour exploiter les ressources du golfe Saint-Laurent. Du côté Terre-neuvien, la compagnie pétrolière Corridor Resources prévoit un premier forage exploratoire au prospect de Old Harry, à 80 km au nord-ouest des îles-de-la-Madeleine. Pour ne pas être en reste, le Québec a conclu une entente avec Ottawa afin de lui permettre de forer lui aussi dans le golfe. Bien qu'un moratoire soit en place sur la partie québécoise du golfe jusqu'à la conclusion d'Évaluations Environnementales Stratégiques (ÉES) qui devraient être complétées en 2012, le gouvernement québécois a clairement indiqué son intention de lever ce moratoire avant même de recevoir les conclusions de cette évaluation. La table est donc mise pour une exploitation risquée des hydrocarbures dans le golfe.

Un choix s'impose

Devant l'empressement des gouvernements et de l'industrie à puiser les ressources fossiles dans le golfe, nous sommes en droit de nous demander si le jeu en vaut vraiment la chandelle. Compte-tenu des courants complexes du golfe du Saint-Laurent (gyres), de ses eaux relativement peu profondes par rapport au golfe du Mexique, des hivers plutôt rigoureux qui rendent l'accès au golfe difficile, et du fait que cinq provinces en dépendent pour leur prospérité, toute tentative d'exploration ou d'exploitation d'hydrocarbures devrait être scrutée à la loupe avant d'être autorisée. Tel n'est pas le cas en ce moment.

Pourtant, c'est bien ce que demandent plusieurs communautés côtières et ce qu'elles ont affirmées lors du forum interprovincial sur les hydrocarbures qui se tenait aux Îles-de-la-Madeleine les 8 et 9 avril derniers. Leurs inquiétudes: les impacts que cette filière énergétique pourrait avoir sur les pêcheries, le tourisme et l'environnement. D'où provient leur demande pour une commission d'examen fédéral qui étudierait l'impact du développement de cette industrie pour l'ensemble du golfe, incluant une consultation des cinq provinces concernées.

Outre le fait que plusieurs espèces en péril sillonnent le golfe, telles le rorqual bleu, le béluga, la morue, la tortue luth, n'oublions pas que les revenus associés à l'industrie de la pêche se chiffrent à plus d'un milliard de dollars, uniquement pour le crabe et le homard. Or, advenant que l'industrie pétrolière s'installe dans le golfe Saint-Laurent, un cas de déversement, sans qu'il ne soit majeur, serait couvert jusqu'à concurrence de $30 millions par le fond de dédommagement établi par les offices extras-côtiers actuels. Ceci est nettement insuffisant considérant que le coût estimé des opérations de bouchage et de nettoyage suivant le désastre du golfe du Mexique a atteint près de $21 milliards! D'autant plus que seulement $3,6 milliards ont été distribués à des réclamants (principalement des pêcheurs).

Nous nous retrouvons donc devant un choix: mettre de l'avant une filière énergétique dangereuse et révolue, ou protéger l'intégrité de notre golfe et l'industrie des pêches et du tourisme, déjà souffrantes. Si nous voulons être intègres quant à notre devise "Je me souviens", nous devrions tirer les enseignements cruels que les communautés de Louisiane doivent encore subir en ce triste anniversaire.

9 mai 2011

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