Photo: Réseau routier : la fin de la gratuité

(Crédit : Alexander Somma via Flickr)

Par Karel Mayrand, directeur général de la Fondation David Suzuki pour le Québec

Les déboires récents du réseau routier montréalais, l'échangeur Turcot, le pont Champlain, et maintenant le pont Mercier, ont mis en relief le défi du financement et de l'entretien de nos infrastructures routières qui ont été négligées pendant des décennies. Ils ont également souligné de façon criante les enjeux de capacité et de congestion soulevés par l'augmentation constante du nombre de véhicules dans la région métropolitaine.

Quelques constats s'imposent :

  • Le coût d'entretien et de réfection des infrastructures routières est en augmentation constante, puisque le réseau vieillit et qu'il continue de croître.
  • L'entretien du réseau a été négligé pendant longtemps puisque soumis aux aléas des compressions budgétaires. Quiconque a voyagé aux États-Unis sait que les autoroutes à péage sont beaucoup mieux financées et entretenues.
  • Le réseau routier est saturé et cette situation ne fera que s'aggraver d'ici 2020 puisqu'on anticipe l'ajout de 600 000 voitures de plus d'ici 2020 au Québec.
  • L'impact combiné du mauvais état du réseau et de sa saturation engendre des coûts de plusieurs milliards pour l'économie québécoise et montréalaise.
  • Le Québec ne dispose d'aucun outil de gestion de la demande en transport et tente tant bien que mal de répondre en augmentant l'offre routière. Cette stratégie est coûteuse et inefficace.

Ces constats démontrent que l'accès gratuit et illimité au réseau autoroutier ne fonctionne plus. En donnant depuis une génération un accès gratuit au réseau autoroutier, nous avons engendré une saturation du réseau et une demande illimitée que nous ne pouvons plus satisfaire.

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Au cours des dernières années, les systèmes de santé, d'éducation, de garderies et le réseau routier ont subi des pressions similaires : gratuité ou coûts non indexés au coût de la vie menant à un sous-financement chronique et parfois à une sur-utilisation du service. Une taxe spéciale a été créée pour financer les soins de santé. Les frais de scolarité ont été dégelés. On prévoit même augmenter la tarification de l'eau d'ici 2015. Pourquoi alors l'accès au réseau autoroutier demeure-t-il gratuit ?

Depuis une génération, le péage autoroutier est un sujet tabou. Pourtant, un sondage réalisé en mars 2011 démontre que 57% des Québécois et 59% des Montréalais sont en faveur du rétablissement du péage autoroutier pour réduire la congestion et encourager l'usage du transport collectif. En outre, le péage autoroutier a été rétabli sur le pont de la 25 et le nouveau tronçon de l'autoroute 30. Un précédant a été franchi. Nous avons maintenant un réseau routier à deux vitesses : rapide et bien entretenu pour ceux qui payent. Lent et décrépit pour les autres.

Le péage est un outil unique de gestion de la demande qui permet de diminuer la pression sur le réseau en augmentant les tarifs lors des périodes de pointe, et d'aller jusqu'à la gratuité complète durant les weekends. Le péage influe directement sur le comportement des automobilistes, ce qu'une taxe sur l'essence ne permet pas de faire. Des villes comme Londres et Stockholm utilisent avec succès des péages intelligents pour réduire, voir éliminer la congestion sur leurs réseaux. Fait important : les péages d'aujourd'hui ne sont plus ce qu'ils étaient. Les cartes de péage intelligentes permettent de payer sans ralentir la circulation.

Un autre avantage du péage est d'appliquer intégralement le principe de l'utilisateur-payeur. En ce moment tous les contribuables québécois, qu'ils aient une, deux ou aucune voiture, qu'ils parcourent 5000 ou 25 000 kilomètres par année, contribuent de la même manière au financement du réseau routier. Cette situation est inéquitable. Ceux qui utilisent le plus le réseau devraient contribuer davantage à son financement.

Il est temps de songer à rétablir le péage sur les voies rapides dans tout le Grand Montréal, incluant sur l'île de Montréal. Rétablir les péages uniquement sur les ponts créerait une iniquité pour les résidents des couronnes nord et sud. Afin de limiter l'impact financier sur les navetteurs, nous devons dès maintenant offrir des alternatives de transport collectif permettant de se rendre plus rapidement de la maison au travail et inversement et à moindre coût. Les gens qui choisissent le covoiturage devraient également être exemptés des péages.

Le temps de la gratuité est révolu. Les preuves s'accumulent qui démontrent la faillite du système actuel. Certains verront le retour des péages comme une hérésie. Mettons-les au défi de le voir comme un investissement. Les gains pour l'économie montréalaise, la qualité de l'air, la santé des citoyens du grand Montréal seront tangibles. Des preuves existent ailleurs dans le monde pour le démontrer.

20 juin 2011

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1 commentaire

03 août, 2011
13:32

Tarification de l’eau, où ça? A montréal l’eau n’est pas tarifée. la réfection du réseau d’adduction d’eau est financé à même une taxe foncière spécifiquement dédiée à l’eau. Quant au péage, le point de vue intéressant du Prof J.P Hamel de l’INRS: non au péage, oui à la tarification basée sur la masse du véhicule et sur le Km. La techno rend cette option possible

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