Photo: Saisir l'occasion dans le malheur : comment la catastrophe de Fukushima peut nous mener vers un avenir durable

(Crédit : Jun Teramoto via Flickr)

Par Johanne Whitmore, analyste des politiques énergétiques

On tend souvent à se laisser bercer par ses habitudes, et il faut parfois un coup sur la tête pour se rendre compte que l'heure du changement a sonné. C'est exactement ce qui est arrivé à la chancelière allemande Angela Merkel, qui est à la tête de l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne, un parti conservateur qui a longtemps défendu l'énergie nucléaire. La catastrophe de Fukushima au Japon semble avoir remis en question son entendement scientifique des risques associés à l'énergie nucléaire.

L'année dernière encore, Madame Merkel voulait prolonger la durée de vie utile des réacteurs nucléaires de l'Allemagne d'environ 12 ans. Depuis la catastrophe de Fukushima, elle a annoncé à la surprise générale que son gouvernement allait en fait accélérer le retrait des réacteurs d'Allemagne au plus tard d'ici 2022. Et ce n'est pas tout. Elle s'est également engagée à supprimer l'usage du charbon, à accélérer le processus d'approbation des investissements en énergies renouvelables, et à réduire les émissions de CO2 de 80 % d'ici 2050.

Comme de nombreux autres chefs d'état, Mme Merkel était convaincue que l'énergie nucléaire était sûre et propre. Mais au contraire de nombre de politiciens, c'est une physicienne chevronnée titulaire d'un doctorat grâce à son travail en chimique quantique. C'est ce qui rend la volte-face de Mme Merkel si extraordinaire; elle défend ses arguments en se basant sur son bagage scientifique et avec conviction. Mais la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima au Japon a changé les règles du jeu. Et Mme Merkel, plus que les autres, comprend désormais qu'il est urgent de cesser d'utiliser le charbon et l'énergie nucléaire et de rentrer de plein pied dans l'ère des énergies renouvelables.

Heureusement, Mme Merkel n'est pas la seule à amener le changement. Récemment, le premier ministre du Japon Monsieur Naoto Kan a annoncé qu'il renonçait à ce que la moitié des besoins énergétiques futurs du pays soient fournis par l'énergie nucléaire et qu'il défendait une dépendance accrue aux sources d'énergies renouvelables. Cette volte-face n'est pas seulement due au coût social et écologique de la catastrophe, mais aussi à la hausse de son coût économique. Le gouvernement japonais pourrait avoir à payer environ 200 milliards de dollars pour couvrir les coûts reliés à la nationalisation de la compagnie nucléaire et aux demandes d'indemnisation. Monsieur Klan a déclaré que « la discussion sur le plan énergétique de base doit repartir de zéro ». On peut tirer des leçons de nos malheurs. On espère que les mots sages du premier ministre Kan serviront vraiment de leçon à tous les gouvernements, notamment à celui du Canada, où il reste à établir un plan sur l'énergie et les changements climatiques viable et à long terme.

3 juin 2011