La canicule, version 2060 | Le Nid du Colvert | Fondation David Suzuki
Photo: La canicule, version 2060

(Crédit : François Hogue via Flickr)

La revoilà! Les signes s'accumulent. L'air humide et stagnant qui nous colle à la peau. L'humidex est la vedette de l'heure. Pas de répit la nuit. Point de salut sans climatisation. 50 degrés dans nos voitures bloquées dans les bouchons de circulation, 40 dans nos maisons transformées en saunas. Les terrasses sont pleines. La bière coule à flot et les enfants pataugent gaiement dans les piscines. La canicule est de retour.

Je lisais ce matin que la santé publique est sur un pied d'alerte. Chaque vague de chaleur fait exploser l'achalandage aux urgences et cause de nombreux décès. Les premiers touchés sont les personnes âgées et celles souffrant de troubles respiratoires lorsque le smog s'en mêle. Lors de certaines vagues de chaleur, l'affluence aux urgences peut augmenter de plus de 30 %. C'est le H1N1 annuel.

Les impacts des vagues de chaleur peuvent être encore plus néfastes.

En août 2003, une vague de chaleur s'étend à toute l'Europe et amène des températures de 47,3 degrés dans le sud du Portugal, 46 degrés en Espagne et même 40 degrés en Bretagne, au nord de la France! Cette vague de chaleur sans précédent fait 15000 morts en France seulement, dont la majorité étaient des personnes âgées. Les autorités de la santé publique furent alors complètement dépassées par la gravité de l'événement.

De telles vagues de chaleur sont exceptionnelles. Pour l'instant.

À la stupéfaction générale, le quotidien britannique The Guardian publiait le 29 mai 2011 les résultats d'une étude de l'Agence internationale de l'énergie qui démontrait qu'après un faible déclin en 2009 en raison de la crise économique, les émissions mondiales de GES avaient rebondi de 5,5 % entre 2009 et 2010 pour atteindre 30,6 gigatonnes d'équivalent CO2. Le rythme actuel mène directement à un réchauffement climatique de 4 degrés ou plus. Le gouvernement britannique estime qu'un tel réchauffement pourrait se produire aussi tôt qu'en 2060. (Voir carte interactive d'un réchauffement de quatre degrés)

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Un réchauffement global de quatre degrés élèverait de 10 à 12 degrés les températures les plus chaudes en été dans l'est de l'Amérique du Nord, affectant des villes comme Chicago, Toronto et Montréal. Avec un réchauffement de quatre degrés, le climat de Montréal serait similaire à celui qui prévaut actuellement à Atlanta en Géorgie. À New York, les températures maximales atteindraient 49 degrés. Voici l'ère des canicules gonflées aux stéroïdes.

Du côté de l'Europe, le Portugal, l'Espagne et le sud de la France deviendraient quasi désertiques. La même chose se produirait dans le sud-ouest des États-Unis qui subit déjà cette année la pire sécheresse depuis le Dust Bowl des années 1930. La ville de Phoenix en Arizona a reçu la semaine dernière la pire tempête de sable depuis un demi-siècle.

2060 peut paraître loin, mais à l'échelle du climat, c'est très près. Nous avons déjà envoyé suffisamment de gaz à effet de serre dans l'atmosphère pour mener à un réchauffement d'un degré, et nous accélérons le rythme. Deux degrés de réchauffement sera très difficile à éviter. Quatre degrés, scénario impensable il y a quelques années à peine, est maintenant possible dans quelques décennies.

La canicule est de retour au grand plaisir des vacanciers. Profitons-en pour nous rafraîchir dans nos piscines, dans nos lacs, ou autour d'une bouteille de rosé. Au retour des vacances, il sera temps de signifier à nos gouvernements que nous aimons la chaleur, mais que 49 degrés, bien franchement, c'est trop chaud pour nous! Il est temps d'arrêter de gonfler nos canicules aux stéroïdes.

13 juillet 2011

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1 commentaire

30 mai, 2012
11:42

Une de mes soeurs habite à Arizona, et une fois j'ai rendu visite chez elle. Je ne sais pas comment elle peut survivre là bas sans de la climatisation, mais je l'ai trouvé impossible. En fait, elle m'a dit que c'est difficile et qu'elle doit aller à la piscine tous les jours en juillet et aout.

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