Photo: <em>Le Western Climate Initiative</em> offre toujours de l'espoir

(Crédit : ecstaticist via Flickr)

Par Ian Bruce, chef d'équipe, campagne sur les changements climatiques

Le programme d'échange de carbone nord-américain Western Climate Initiative offre une grande flexibilité ce qui est à la fois sa force et sa faiblesse. Effectivement, la coalition des États et provinces participant au programme de réduction des émissions de gaz à effet de serre contribuant aux changements climatiques est libre de développer ses propres plans, notamment en fixant la quantité de pollution industrielle, afin de réduire les émissions des États et provinces impliquées. Ceci explique, par exemple, la raison pour laquelle la Californie a été en mesure de fixer un objectif de réduction plus faible que son partenaire et chef de file, le Québec. Par contre, la Californie est première de classe dans d'autres domaines, dont l'investissement dans les énergies renouvelables.

La flexibilité du programme signifie également que toutes les juridictions, y compris le Québec, pourraient diluer leur objectif en exploitant les nombreuses failles du système. Par exemple, toute province ou tout État pourrait affaiblir la portée des mesures incitatives afin de réduire leur pollution en donnant beaucoup de crédits compensatoires ou en allouant gratuitement des quotas d'émissions aux industries — ce qui pourrait générer des profits exceptionnels pour les grands pollueurs industriels.

Le programme offre aussi la possibilité à chaque gouvernement de faire preuve de leadership en fixant un objectif fort, comme le Québec l'a fait, en refusant (ou en restreignant) l'utilisation des crédits compensatoires et en comblant les lacunes. Voilà ce que le Québec, ainsi que les autres provinces et États devraient faire.

Récemment, la Californie a annoncé qu'elle va retarder l'entrée en vigueur de politiques visant à respecter les exigences du programme d'échange de carbone jusqu'en 2013. Cette annonce peut sembler être un échec, mais ce n'est rien de majeur. Le programme d'échange de crédit carbone entrera en vigueur en 2012 comme prévu et les objectifs de réduction d'émissions resteront les mêmes pour 2020. La réduction des émissions sera plus lente à démarrer, pour ensuite augmenter dans le but d'atteindre la cible de 2020.

Jusqu'ici, les provinces participantes canadiennes, à savoir le Québec et la Colombie-Britannique (l'Ontario et le Manitoba promettent de se joindre au programme, tout dépendamment des résultats des élections de l'automne prochain), ont fixé des objectifs plus ambitieux que les États américains. Nous pouvons seulement espérer que le leadership des gouvernements provinciaux du Canada, particulièrement celui du Québec, se poursuivra et qu'il entrainera d'autres à prendre des actions plus ambitieuses pour assurer l'intégrité environnementale du système en adoptant des règles efficaces qui mèneront à l'élimination progressive des lacunes.

La règlementation visant à faire plafonner et réduire la pollution industrielle peut jouer un rôle significatif dans la réduction des émissions au Canada et en Amérique du Nord, mais le succès dépend de l'intégrité environnementale du système. Nous pouvons réduire le risque de changements climatiques majeurs, sauver des vies et protéger nos collectivités tout en transformant nos installations industrielles afin de les rendre plus efficaces sur le plan énergétique et en développant des technologies de pointe dans le domaine de l'énergie propre si la règlementation est bien conçue et mise en place d'ici le 1er janvier 2012.

En envoyant un signal fort en imposant un prix élevé sur la pollution au carbone, les provinces canadiennes pourraient se placer en tête dans le domaine de l'adaptation aux changements climatiques en Amérique du Nord, tout en mettant à profit un système économique basé sur l'énergie propre. L'industrie de l'énergie propre est parmi les secteurs les plus dynamiques au monde avec un taux de croissance annuel de 30 pour cent au cours de la dernière décennie.

Alimentés par la demande croissante de sources d'énergie propres et sécuritaires, les investissements dans les technologies énergétiques propres totalisaient 243 milliards de dollars dans le monde entier en 2010. Le secteur de l'énergie propre a également été l'un des plus résistants durant la récente récession mondiale et les pays du monde entier se sont engagés dans une transition vers des infrastructures à faibles émissions de carbone et l'énergie propre comme principale stratégie pour la relance économique.

Cette tendance mondiale a créé et continuera de créer d'énormes possibilités économiques et d'emplois si le Québec, l'Ontario et la Colombie-Britannique deviennent des innovateurs et des développeurs de solutions au changement climatique.

Le Québec, la Colombie-Britannique, l'Ontario et le Manitoba ont la chance de faire preuve de leadership international et d'aider à mobiliser la planète sur la voie qui permettra de surmonter la crise climatique, le plus grand défi auquel fait face l'humanité aujourd'hui. Espérons qu'ils vont s'en emparer.

6 juillet 2011

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