Photo: Chill Baby Chill : Il faut cesser de sacrifier nos écosystèmes pour le pétrole

(Crédit : Stig Nygaard via Flickr)

Par Dr Jean-Patrick Toussaint, Chef Projets Scientifiques

À vos marques. Prêts. Forez!

Voilà le mot d'ordre des dernières décennies... bien qu'on nous prédise le pic pétrolier depuis la fin des années 50. Nous savons pertinemment depuis plusieurs années que les sources conventionnelles de pétrole s'épuisent, et pourtant, plutôt que de pousser le développement de sources d'énergies alternatives et durables, nous privilégions la destruction de nos habitats naturels afin d'y extraire les rares combustibles fossiles qui s'y trouvent encore.

Cette soif insatiable de l'or noir nous a poussé à explorer et exploiter des milieux de plus en plus difficiles d'accès. Le nouvel Eldorado : l'Arctique. Ce territoire presque vierge est devenu le sujet de disputes entre nations qui le bordent et la cible des grandes pétrolières qui souhaitent exploiter ses richesses enfouies dans l'océan arctique. Mais comment peut-on justifier d'exposer cette région fragile et vulnérable, déjà aux prises avec la réalité du réchauffement climatique, aux risques du développement de l'industrie pétrolière?

Nous savons maintenant que l'exploitation pétrolière en haute mer est non seulement risquée, mais s'accompagne de déversements fréquents, petits et gros. Un article paru récemment dans Le Devoir nous informait d'ailleurs d'un rapport selon lequel il serait difficile de pouvoir contenir ou nettoyer un déversement de pétrole dans l'océan arctique, et ce, même en été où les conditions climatiques seraient les plus favorables.

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Plus près de chez nous, il est également question de forage exploratoire dans le golfe du Saint-Laurent (au gisement potentiel Old Harry), un environnement tout aussi fragile et unique que celui de l'Arctique. Il devient donc essentiel de nous poser la question à savoir si nous sommes prêts à sacrifier nos écosystèmes naturels, qui sont le cœur et l'âme de toute une population côtière dans le cas du Golfe, en plus d'être la base de toute une économie (pêcherie, tourisme, etc.), pour une poignée de barils de pétrole dont les bénéfices s'étaleront à peine sur 25 ans et iront sans doute enrichir les dirigeants des pétrolières.

Force est d'admettre que la filière énergétique pétrolière ne peut être qualifiée de filière énergétique propre. À preuve, le récent compte-rendu du Programme des Nations Unies en Environnement (PNUE), attestant que la pollution causée par l'exploitation pétrolière des cinquante dernières années au Nigeria nécessitera un nettoyage monstre qui devra s'échelonner sur une période de 25 à 30 ans afin de retourner l'environnement à son « état naturel ». Comble du paradoxe, il faudra sans doute que des millions, voir des milliards de dollars soient investis afin de restaurer les écosystèmes affectés dont les services (purifications de l'air, filtration de l'eau, stabilisation du sol, etc.) étaient offerts gratuitement. Voilà donc une autre réalité de l'exploitation pétrolière : partout où elle passe, elle laisse derrière elle des traces et dommages souvent irréparables.

Quelle leçon devons-nous tirer de tout ceci? Et bien le « Drill Baby, Drill » qui est le moto de Sarah Palin, de l'industrie pétrolière et du gouvernement canadien se doit d'être remplacé par « Chill Baby, Chill » (« Du calme mon chou, du calme » ndr). Si nous voulons réellement étancher cette soif de l'or noir et nous affranchir de cette filière énergétique désuète et polluante, nous devons exiger de nos gouvernements qu'ils protègent nos milieux naturels et qu'ils explorent les alternatives énergétiques vertes et renouvelables qui paveront la voie d'un avenir durable.

9 août 2011

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1 commentaire

23 novembre, 2011
19:29

Il n’y a plus de questions à poser. Il y a des actions à poser pour arrêter cette ruée sauvage vers la destruction finale de notre environnement. Nous nous croyons puissants et immortels. Les poètes et les prophètes ont la vérité: soyons patients et persistants dans notre quête.

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