Coupes à blanc: le fédéral sabre dans sa mission environnementale | Le Nid du Colvert | Fondation David Suzuki
Photo: Coupes à blanc: le fédéral sabre dans sa mission environnementale

(Crédit : ViaMoi via Flickr)

Il est fréquent de voir un gouvernement annoncer des mesures impopulaires durant l'été alors que les citoyens sont en vacances, plus préoccupés par la météo du lendemain que par les décisions d'un gouvernement dont ils aiment aussi prendre congé pendant quelques semaines. Profitant de ce contexte favorable, le gouvernement fédéral a annoncé à quelques semaines d'intervalle des coupes drastiques dans les budgets des agences qui ont la responsabilité de protéger notre environnement.

Sous couvert de compressions budgétaires justifiées par un déficit historique, le gouvernement fédéral a annoncé à la fin juillet des compressions de plus de 40 dans le budget de l'Agence canadienne d'évaluation environnementale (ACEE), puis au début août la suppression de 776 postes (11 des effectifs) à Environnement Canada. Qu'on ne s'y méprenne pas, bien qu'il soit tout à fait justifié pour un gouvernement de chercher à équilibrer son budget, il est clair que ces coupes draconiennes dans le budget de ces deux fleurons de notre système de protection de l'environnement sont le fruit de toutes autres motivations.

Le budget d'Environnement Canada en 2011-2012 est de 872 millions et celui de l'ACEE avant les coupures est de 30 millions. Il passera à 17 millions. À titre de comparaison, les subventions et autres avantages fiscaux accordés à l'industrie pétrolière atteignent 1,4 milliard de dollars annuellement. Le gouvernement effectue des coupes à blanc dans la protection de l'environnement qui lui rapporteront une poignée de millions et continue d'injecter des milliards dans une industrie composée de compagnies comme Suncor, qui a fait un milliard de bénéfices nets au seul premier trimestre de 2011.

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Quelle est la logique dans ces décisions en apparence contradictoires? Servir les lobbys pétroliers qui font maintenant la pluie et le beau temps en Amérique du Nord et ailleurs.

La lutte au déficit n'est qu'un prétexte. L'objectif réel est plutôt d'émasculer la capacité de l'État de s'appuyer sur la science pour protéger l'environnement et la santé des Canadiens. On procède d'abord en exemptant des industries de certaines dispositions des lois et règlementations environnementales. On coupe ensuite dans les budgets qui permettent aux agences d'effectuer des recherches scientifiques, de prélever des données, de surveiller l'application des lois et d'évaluer les impacts environnementaux. Face à de telles compressions, ces agences n'ont d'autre choix que d'abandonner leurs recherches, de diminuer leur collecte de données, d'alléger leurs exigences ou d'expédier leurs procédures.

Au terme de l'opération, le chemin est libre pour les entreprises qui souhaitent éviter d'avoir à rendre des comptes pour leurs actions.

Comme dans bien d'autres secteurs, la formule mise de l'avant par le gouvernement fédéral est importée de l'idéologie néoconservatrice américaine. Dans le débat au Congrès sur le rehaussement du plafond de la dette, certains républicains ont carrément proposé d'abolir l'Environmental Protection Agency (EPA) sous prétexte qu'elle ne sert à rien. Plus récemment, dans un discours, l'égérie du Tea Party et candidate à la présidence Michele Bachmann a suggéré de rendre l'EPA verte une fois pour toutes « en verrouillant ses portes et en éteignant ses lumières pour de bon ». Au Canada la rhétorique est plus nuancée. Les objectifs sont les mêmes.

Les coupures à venir dans les budgets de l'ACEE et d'Environnement Canada sont un assaut direct contre la science, la protection de la santé et de l'environnement. Une attaque contre l'intérêt public et un gain pour les intérêts particuliers. Le gouvernement se prive des capacités scientifiques et statistiques de mener à bien sa mission de protection de l'environnement. Ces coupes à blanc de quelques dizaines de millions, qui ne représentent que moins d'un demi-pour cent du déficit fédéral de près de 30 milliards, auront un impact à long terme sur la capacité du gouvernement fédéral d'être le gardien de notre environnement et de la qualité de vie des générations futures. Malheureusement, elles n'auront qu'un impact marginal sur le déficit.

Et alors que l'on demandera aux Canadiens de se serrer la ceinture et d'accepter des compressions aux services d'un État normal, notre gouvernement continuera d'offrir aux grandes entreprises, pétrolières en tête, un accès facilité à nos ressources et un régime fiscal généreux. Ces coupes à blanc annoncent une période noire pour la protection de l'environnement.

22 août 2011

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1 commentaire

30 août, 2011
20:35

Espérons que les provinces reprendront le flambeau de cette juridiction partagée!

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