La Rentrée : la conciliation transport-famille | Le Nid du Colvert | Fondation David Suzuki
Photo: La Rentrée : la conciliation transport-famille

(Crédit : groov3 via Flickr)

Par Karel Mayrand, Directeur général de la Fondation David Suzuki pour le Québec

Septembre est le mois de la rentrée. Pour les tout-petits, c'est le retour des autobus jaunes, des salles de classes et des cours de récréation. Pour les plus grands, ce sont bien des souvenirs d'enfance et le début d'un marathon de conciliation travail-famille qui s'étirera jusqu'en juin. Pour tous, la rentrée de septembre est aussi synonyme de longues heures d'attente alors que des bouchons de circulation se forment partout autour de Montréal et de Québec.

Cette année, la rentrée est encore plus difficile avec la vague de cônes oranges qui a envahi les routes du Québec, particulièrement dans le Grand Montréal, et qui a causé depuis plusieurs mois déjà des maux de tête aux automobilistes. Il faudra s'armer de patience, partir plus tôt de la maison, revenir plus tard, et s'habituer à voir les enfants un petit peu moins qu'à l'habitude.

Il y a une génération seulement, 70% des enfants se rendaient à l'école à pied et la plupart d'entre eux pouvaient dîner à la maison. Les parents travaillaient à proximité et pouvaient revenir eux aussi manger avec leurs enfants. Comme des centaines de milliers d'enfants, je mangeais à la maison le midi et j'avais tout juste le temps de regarder les Pierrafeux avant de retourner à l'école. L'après-midi, j'étais de retour à la maison à 15h30. Toujours à pied.

Le monde a dramatiquement changé depuis ce temps. Nos villes se sont étendues alors que les banlieues se peuplaient de jeunes familles qui souhaitaient vivre le rêve de s'offrir une maison à prix abordable. Résultat : plusieurs dizaines de kilomètres séparent aujourd'hui les parents et les enfants. Seulement un tiers des enfants canadiens se rendent à l'école à pied et une grande majorité des enfants fréquentent les services de garde dès sept heures du matin jusqu'à 18h du soir. Le temps de déplacement a grugé le temps passé en famille.

Voici le temps de la conciliation transport-famille

Une enquête récente de statistiques Canada nous apprend que la durée moyenne des déplacements entre la maison et le travail dans la région de Montréal est de 31 minutes, la deuxième plus longue après Toronto. À Toronto comme à Montréal, la moitié des navetteurs mettent plus de 30 minutes entre le domicile et le travail et plus du quart prennent plus de 45 minutes.

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Dans un article publié dans La Presse la semaine dernière, Claude Picher mentionne d'autres faits intéressants sur l'étude :

« Le lien entre la durée des déplacements et le stress était clair. Parmi les travailleurs à temps plein qui consacraient 45 minutes ou plus à leurs déplacements entre le domicile et le lieu de travail, 36 ont révélé que la plupart de leurs journées étaient assez stressantes ou extrêmement stressantes. En revanche, c'était le cas de 23 des travailleurs dont la durée des déplacements était inférieure à 15 minutes. »

De la même façon, quand on regarde à quel point les gens sont satisfaits de l'équilibre entre leur vie professionnelle et familiale, les résultats sautent aux yeux. Si la durée des déplacements pour se rendre au travail est inférieure à 15 minutes, 79 % des travailleurs sont satisfaits ou très satisfaits de cet équilibre. Lorsque le trajet prend 45 minutes ou plus, le taux de satisfaction plonge à 65 %.

L'étude établit également des liens entre la durée des déplacements travail-maison et la qualité de vie. Plus le trajet est long, plus les gens ont le sentiment d'être pressés par le temps, plus ils sont portés à réduire leurs heures de sommeil, plus ils ont l'impression de s'enfermer dans la routine, plus ils trouvent difficile d'assumer leurs responsabilités domestiques, moins ils ont de temps libre pour s'amuser, et le plus important : plus ils sont inquiets de ne pas consacrer assez de temps à leur famille.

Comment en sommes-nous arrivés à passer plus de temps derrière le volant qu'avec nos enfants ?

Ajoutons à cela le fait que le transport accapare 14% des dépenses des familles québécoises, et que la voiture occupe à elle seule 85% de ce poste budgétaire, et on comprend vite que nos problèmes de transport sont à la fois un poids financier et un poids sur le temps passé en famille. Selon la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM, 2010), une hausse de 3 % de la part modale du transport collectif ferait économiser aux ménages de la région 75,7 millions de dollars en dépenses de transport et 56,1 millions de dollars en coûts de stationnement.

Le transport représente aujourd'hui près de la moitié des émissions de gaz à effet de serre du Québec. Nos seules automobiles, près du quart, en plus de contribuer au smog et à d'autres formes de pollutions qui causent des troubles respiratoires comme l'asthme pour un nombre de plus en plus grand d'enfants. Cette situation est loin d'être une fatalité. Les solutions existent : le développement de quartiers axés sur la proximité et l'accessibilité des transports collectifs, les TOD (transit-oriented development) peuvent inverser la tendance actuelle, nous redonner du temps en famille en plus d'améliorer sensiblement la qualité de l'air que nos enfants respirent. Le projet de Plan métropolitain d'aménagement et de développement de Montréal propose justement de repenser notre développement en ce sens.

Beaucoup de choses on changé en une génération. Beaucoup peut encore changer d'ici quelques années. Imaginons un Québec où les enfants pourraient à nouveau manger avec leurs parents le midi et où le temps passé en famille augmenterait plutôt que de diminuer. Surtout, imaginons des parents qui auraient plus de temps à consacrer à jouer avec les enfants, à les aider à faire leurs devoirs et à jouer dehors en respirant un air plus pur.

6 septembre 2011

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1 commentaire

06 septembre, 2011
19:33

Le 1re cause de mortalité en Amérique est la voiture. Cherchons un vaccin contre cette maladie transmissible et toxique.

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