Photo: Le sept chanceux

(Crédit : Arenamontanus via Flickr)

Par Jean-Patrick Toussaint, Chef de projets scientifiques et Karel Mayrand, Directeur général de la Fondation David Suzuki pour la Québec

C'est sous un déguisement d'Halloween qu'est arrivé le sept-milliardième habitant de notre planète bleue. Planète qui est en fait devenue noire de monde, comme le veut l'expression populaire.

Faites vos jeux, rien ne va plus!

Nous avons atteint le seuil psychologique des sept milliards d'habitants sur une planète qui n'en comptait que deux milliards il y a deux générations de cela. Il aura pourtant fallu à l'homme moderne 200,000 ans d'existence pour atteindre son premier milliard d'habitants en 1860, puis 150 ans pour multiplier ce chiffre par sept. Nous sommes aujourd'hui l'espèce de mammifère la plus populeuse sur Terre, rien de moins!

Que signifie cette explosion de la population mondiale sur une planète aux ressources limitées ?

Dans son film « HOME », Yann Arthus-Bertrand illustre de manière éloquente l'impact et les conséquences de l'explosion de la population mondiale. Par ses images percutantes et parfois choquantes, HOME nous dévoile le voyage que l'espèce humaine a parcouru et les transformations que nous avons fait subir à la biosphère depuis notre apparition sur Terre. Nous avons acquis la capacité de transformer les caractéristiques physiques, chimiques et biologiques de notre planète, d'une manière inédite pour toute autre espèce.

Le film de Yann Arthus-Bertrand illustre en fait la réalité à laquelle nous sommes désormais confrontés : la survie de notre espèce dépend de notre capacité à reconnaître les limites physiques de notre planète, mais aussi de notre façon d'aborder les défis grandissants auxquels nous sommes confrontés.

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D'un point de vue environnemental, le nombre sans cesse croissant d'humains signifie que nous augmentons de manière exponentielle notre utilisation des ressources de notre planète, bien au-delà de la capacité de la biosphère à les renouveler. Nous sommes tel un poisson dans un bocal qui a grossi au point de se heurter aux parois de son habitat. Nous atteignons les limites des ressources primaires et des cycles naturels de la planète. Une fois ces limites franchies, nourrir, loger, abreuver, vêtir et offrir une vie décente à plus de sept milliards d'humains devient un défi impossible à relever. Nous savons qu'au cours des 40 prochaines années, la Terre devra produire autant de nourriture que lors des 8000 dernières années pour subvenir aux besoins de la masse mondiale! Pourtant, nous n'avons qu'une seule biosphère et nous avons atteint ses limites.

Un autre facteur vient compliquer la situation. Nous ne sommes pas que plus nombreux : nous sommes également plus riches et consommons plus que par le passé. De par le monde des classes moyennes se développent dans les pays émergents. Celles-ci aspirent au mode de vie occidental et consomment maintenant plus de viande et d'énergie, utilisent plus d'automobiles et grossissent les rangs des mégapoles toujours plus peuplées. Ce faisant, l'empreinte environnementale de chaque être humain augmente aussi. Si chaque être humain consommait comme le Québécois moyen, nous aurions besoin de plusieurs planètes de plus afin de subvenir à nos besoins. Avec sept milliards de Québécois, la planète serait déjà surpeuplée, tel que décrit éloquemment dans ce blogue

La pression environnementale causée par notre surconsommation crée une double injustice. D'abord celle d'une minorité qui s'accapare la plus grande partie des ressources pour assouvir sa consommation alors que des centaines de millions d'autres souffrent d'insécurité alimentaire ou s'entassent dans des bidonvilles où hommes, femmes et enfants vivent dans des conditions qui met leur santé et souvent même leur vie en péril. Ensuite, celle d'une seule génération, qui, par sa surexploitation des ressources de la biosphère, dilapide les ressources nécessaires à la satisfaction des besoins des générations à venir. Lorsque la planète atteindra 9 milliards d'humains dans deux générations, nous devrons satisfaire deux milliards d'humains de plus avec moins de ressources qu'aujourd'hui.

Nous concentrons aujourd'hui la richesse dans les mains d'une minorité comme l'ont démontré les indignés qui occupent des dizaines de villes à travers le monde. Mais on oublie que cette concentration s'effectue au détriment des générations à venir, et que l'injustice que nous dénonçons devient permanente lorsque les ressources de la biosphère disparaissent et condamnent ceux qui nous suivrons à une qualité de vie moindre que la nôtre.

Alors, quelles solutions s'offrent à nous afin de vivre dans les limites de notre planète?

D'une part, nous devons réduire notre consommation...à tous les points de vue. Que ce soit notre consommation d'énergie, de viande, de sols, d'eau, de biens, etc., il est essentiel de ralentir cette surconsommation qui se fait au détriment de notre propre habitat essentiel.

Par ailleurs, un changement de paradigme est nécessaire. Ainsi, pour reprendre les propos du directeur exécutif du Fonds des Nations Unies pour les populations, Babatunde Osotimehin, plutôt que de se poser la question à savoir « Sommes-nous trop nombreux? », nous devrions plutôt nous demander « Que puis-je faire pour améliorer notre monde »?

Nous ferions déjà un grand pas en vivant selon nos moyens. Cela signifie ne pas dépasser les limites de la biosphère et répondre aux besoins du présent sans fragiliser l'avenir. Sept milliards sera notre chiffre chanceux si nous pouvons faire collectivement cette prise de conscience.

31 octobre 2011

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1 commentaire

01 novembre, 2011
20:27

Vous ne proposez aucune voie d’action pour contrer la démographie galopante en tant que telle. Or il y en a et, de surcroît, elles permettraient de nouer des alliances fortes entre, le mouvement environnemental d’une part et le mouvement des femmes en tant que telles .

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