Kyoto : Décote de crédibilité pour le Canada | Le Nid du Colvert | Fondation David Suzuki
Photo: Kyoto : Décote de crédibilité pour le Canada

(Crédit : the meanMRmustard via Flickr)

« Je n'ai qu'une parole » me disait mon grand-père lorsqu'il m'enseignait l'importance de respecter ses engagements. À une autre époque, la parole donnée avait valeur d'or. Elle n'était rien de moins que la mesure de la réputation et de l'intégrité d'une personne, et le ciment de bons rapports sociaux. Respecter ses engagements était une question de fierté. Plus aujourd'hui malheureusement.

En décidant de se retirer du Protocole de Kyoto, un accord juridiquement contraignant, le Canada ternit pour longtemps une réputation déjà mise à mal par ses tergiversations dans le dossier des changements climatiques depuis une quinzaine d'années. La crédibilité de tous les engagements du Canada à l'échelle internationale subira des dommages permanents, que ce soit sur les dossiers de commerce international, de développement ou de sécurité.

La cote de crédibilité de notre pays est désormais sous surveillance.

Mais le Canada ne fait pas que renier ses engagements internationaux : il renie également la parole donnée à ces citoyens lorsque le Parlement élu de ce pays a ratifié Kyoto avec l'appui d'une forte majorité de Canadiens. Après cette ratification, ceux-ci étaient en droit de s'attendre à ce que leur pays prenne des mesures immédiates permettant d'atteindre la cible de réduction des émissions de GES que le pays s'était donné : 6 % sous le niveau de 1990 pour la période 2008-2012. Le Canada ne fit jamais l'effort d'adopter un plan crédible pour atteindre cet objectif.

En fait, c'est tout le contraire qui se produisit.

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Depuis huit ans, le laisser aller a fait place à une obstruction systématique à toute action crédible qui aurait permis de diminuer nos émissions de GES. Notre pays a d'abord muselé les scientifiques d'Environnement Canada, payés par nos impôts, qui devraient pouvoir nous donner l'heure juste en matière de climat. Il a ensuite poursuivi, année après année, un travail d'obstruction systématique des négociations internationales sur le climat.

Sur le plan domestique, le gouvernement canadien s'est transformé en agence de promotion de l'industrie des sables bitumineux. Entre 2008 et 2010, plus de 1100 rencontres se sont tenues entre des lobbyistes de l'industrie pétrolière et des représentants fédéraux en 30 mois. Celles-ci ont été productives. Bien qu'il se soit engagé dans le cadre du G20 à éliminer les subventions dans le secteur énergétique, le gouvernement fédéral continue d'accorder 1,4 milliard de dollars par année en subventions et avantages fiscaux de toutes sortes à une industrie pétrolière qui dégage des profits de plusieurs dizaines de milliards annuellement.

Le gouvernement canadien ne s'arrête pas là : il se fait désormais le porte-parole des sables bitumineux, un pétrole qui serait « éthique », la nouvelle étiquette d'éco-blanchiment que l'on cherche à apposer à une industrie qui laissera derrière elle un gâchis pour des générations de Canadiens. Les ministres canadiens de l'industrie et de l'environnement agissent désormais comme relationnistes dans une campagne de désinformation planétaire. Est-il vraiment éthique qu'un pays s'enrichisse du pétrole sans faire d'efforts pour lutter contre les changements climatiques qui affecteront nos descendants? J'en doute.

Mais le gouvernement fédéral a aussi mis nos institutions parlementaires au service de l'industrie dans ce qui demeure l'un des jours les plus sombres de notre démocratie. En novembre 2010, le projet de loi C-311 sur la responsabilité en matière de changements climatiques qui aurait obligé le Canada à faire suite à ses engagements sur le climat a été défait par le Sénat non-élu composé de représentants nommés par le premier ministre alors qu'il avait été voté à majorité par la Chambre des Communes, élue démocratiquement par les Canadiens.

Les changements climatiques sont la plus importante menace à la sécurité et à l'économie canadienne au cours de ce siècle. En refusant d'agir sur cette question, le gouvernement fédéral renie non seulement sa parole, mais il dénie la volonté d'une majorité de Canadiens et les intérêts des générations à venir. Tout cela au profit d'une seule industrie qui nous enrichira à court terme, mais qui laissera aux Canadiens des prochaines générations une catastrophe environnementale à nettoyer, une réputation ternie et une base industrielle énergivore et à forte intensité en carbone dans une économie mondiale désormais portée par la productivité, les technologies vertes et l'innovation.

Fort d'un mandat majoritaire récent, notre gouvernement a toute la légitimité requise pour parler au nom du Canada, même si ceci implique une décote de crédibilité pour notre pays. Mais lorsqu'il renie sa parole, il ne parle pas au nom des Canadiens. Parce qu'à travers le pays, une forte majorité de toutes allégeances politiques soutient encore l'action sur les changements climatiques. Parce que dans ce pays, nous croyons encore à la valeur de la parole donnée. Le reste du monde doit le savoir.

29 novembre 2011

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10 commentaires

19 décembre, 2011
12:19

Ça crève le coeur de constater le comportement de ce gouvernement. Quel mépris pour la population et pour les générations futures du Canada et de partout sur notre planète. Ceci dit, j’aimerais souligner deux points que je considère très importants. D’abord, la volonté politique de s’attaquer aux changements climatiques existait réellement sous l’ancien gouvernement fédéral. Votre article laisse entendre que l’attitude irresponsable du Canada date des 15 dernières années. Ce n’est pas conforme aux faits. C’est en 2006 que la dégringolade a commencée. Il ne faut pas faire comme l’industrie du pétrole et le gouvernement actuel en choissant d’ignorer les faits. Le gouvernement précédent était un des artisans du protocole de Kyoto et avait un plan de mise-en-oeuvre de $10 milliards. Ce n’est pas rien! Il avait même développé un projet de loi pour atteindre nos objectifs en la matière. Malheuresement il a été jeté à la poubelle par vous savez qui. Ce dernier a justement été élu, à mon avis, parce que trop de gens mettent tous les politiciens dans le même sac. Le “Ils sont tous pareils” est bien à la mode et pratique pour ceux qui ne veulent pas se donner la peine de réfléchir. C’est aussi cette inconscience collective qui ouvre toute grande la porte aux démagogues. Je ne gagnerai pas de concours de popularité à affirmant ceci, mais je crois que notre gouvernement actuel est le produit de notre irresponsabilité et de notre hypocrisie collective. Triste, mais vrai! Si nous voulons du changement, à nous de nous réveiller, de nous regarder honnêtement dans le miroir et de changer notre attitude. Deuxièmement, pour répondre à un commentaire précédent, la solution ne passe certainement pas par la séparation du Québec. Nous avons tous les moyens à l’intérieur du Canada pour bâtir un monde meilleur. C’est trop facile de blâmer les autres. Oui, l’opinion publique au Québec veut de l’action positive dans le dossier des changements climatiques, mais il y a plusieurs millions d’autres Canadiens qui pensent comme nous. Il faut unir nos forces, pas la diluer au profit d’une idéologie dépassée qui ne serait rien d’autre qu’une fuite en avant face aux vrais enjeux.

16 décembre, 2011
11:24

Vous pouvez envoyer un message au ministre de l’Environnement en suivant ce lien:

http://action.davidsuzuki.org/fr/kyoto

Merci!

16 décembre, 2011
11:10

Pouvez-vous organiser une campagne exigeant au Canada de rester dans le protocole de Kyoto, et ainsi de respecter la volonté de la majorité des Canadiens et des Canadiennes?

13 décembre, 2011
10:34

Avec cette décision, contre toute logique (naturelle), Harper consolide indéniablement la fracture est-ouest au Canada. La seule chose qui me réjouisse dans cette honte publique, c’est l’espoir qu’elle fouette la nécessité d’indépendance au Québec. Qu’est-ce que ça va prendre, bordel?

05 décembre, 2011
18:11

Les membres du gouvernement du Canada n’ont-ils pas des enfants eux et elles aussi?

Pensent-ils(elles) à eux . C’est eux et elles la Génération Future. Qu’elle genre de planète leur laisseront-ils(elles)?

Quelle foutèse… tout ce gachis pour des votes???

05 décembre, 2011
13:34

Les générations futures nous regardent et nous jugent… Honte à nous, honte au Canada!!!

05 décembre, 2011
13:29

C’est tellement décevant, quel est le sens de la démocratie si le gouvernement ne respecte pas la volonté du peuple? Pourquoi quand les problème climatique était a leurs début on pouvait se dire qu’on était d’avance et que on était bien placé en terme d’environnement et que maintenant que ca deviens plus problématique on balance toute ses promesse pour retourner faire tit nami avec les pétrolière? Et ca se limite pas simplement a Harper, Charest en fait autant. Il essais de nous berner avec son plan nord ”On va ESSAYER de sauver 50% de notre territoire, mais pour que ca marche il faut laisser les entreprise dépasser leur plafond de polluant” bravo. Notre système politique est du pour un bon ménage.

02 décembre, 2011
09:30

Seuls les citoyens canadiens peuvent changer la donne. Il nous faut agir contre le non-sens de ce gouvernement. Non seulement en le dénonçant comme le fait si bien l’équipe de M. Suzuki, mais en s’organisant une fois pour toutes pour élire un gouvernement qui passe enfin et véritablement au vert.

29 novembre, 2011
23:54

Le gouvernement Harper est criminel. Ils respectent pas les droits des personnes dans les pays affectés par les changements climatiques, ni nos enfants et les générations futures… et notre ministre d’environnement est un marionette de Harper. On devrait lui appeler le ministre d’industrie parce qu’il ne protège pas l’environnement. Il pense seulement à ce qu’il déduit est bon pour l’économie dans le court terme… C’est ridicule.

29 novembre, 2011
12:37

Le gouvernement Harper est sourd à la démocratie. Nous sommes sous la tutelle de l’industrie pétrolière dont les coffres regorgent d’argent volé aux générations futures. Notre héritage sera la détresse climatique qui engloutira toute l’humanité.

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