Photo: Les Noëls blancs en voie d'extinction ?

(Credit: JMVerco via Flickr)

Par Karel Mayrand, Directeur général de la Fondation David Suzuki pour le Québec

À chaque année lorsque Noël arrive, des souvenirs me reviennent de mon enfance, du bonheur des jeux dans la neige dans le temps des Fêtes. Je quittais Rimouski le 22 ou le 23 décembre — si la météo le permettait — et arrivais à Sainte-Foy, où mon grand-père me faisait toujours une petite glissade en neige, qu'il faisait glacer avec de l'eau. La glissade avait trois marches, un véritable Everest que je peinais à gravir avec mes grosses bottes Sorel. Nous avions aussi une patinoire extérieure et allions faire des excursions en ski de fond. Je revenais les joues rouges, les yeux brillants et le cœur chaud comme le chocolat au lait de ma grand-mère.

Cette année Noël s'annonce plutôt gris et mes enfants en sont très déçus. En fait d'un bout à l'autre du pays les Noëls deviennent de moins en moins blancs en raison du réchauffement climatique. Une analyse des 55 années de données météorologiques réalisée par Environnement Canada montre que la probabilité d'avoir des Noëls blancs est en net recul d'un océan à l'autre du pays.

De 1964 à 1982, la probabilité d'avoir un Noël blanc était de 79% à Montréal. Au cours de la dernière décennie, cette probabilité est tombée à 68%. À Moncton, cette probabilité est passée de 84% à 63%. À Calgary, de 74% à 47%. À Toronto, de 47% à 37%. Heureusement qu'il nous reste Québec où la probabilité d'un Noël blanc est toujours à 95%. Mais cette donnée en cache une autre : l'épaisseur moyenne de la neige au sol à Noël a diminué de moitié, passant de 42 à 21 centimètres en trois décennies à Québec.

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L'hiver faiblit, et notre culture hivernale est en péril, du moins dans les régions les plus au sud du pays. En 2010, le sud du Québec a connu son hiver le plus chaud de l'histoire avec des températures supérieures de quatre degrés à la moyenne. Depuis les années 1960, les températures hivernales au Québec se sont réchauffées de 0,2 à 0,4 degrés par décennie. Le réchauffement cause des redoux plus fréquents et la quantité de neige qui demeure au sol diminue graduellement. La saison des patinoires extérieures rétrécit et nous devons maintenant réfrigérer nos patinoires extérieures. Les centres de ski doivent produire de plus en plus de neige artificielle.

À l'hiver 2009, la Fondation David Suzuki a publié une étude sur l'impact des changements climatiques sur les sports d'hiver. Les conclusions sont inquiétantes : si nous ne faisons rien pour ralentir le réchauffement planétaire, la saison de ski alpin dans le sud du Québec sera raccourcie de moitié et le ski de fond disparaîtra du sud de la province. Quand aux patinoires extérieures comme celle du Canal Rideau à Ottawa, elles n'ouvriront plus que quelques jours par année!

Tout cela dans le pays de l'hiver.

Heureusement il est encore possible d'éviter un tel scénario. En collaboration avec le Carnaval de Québec, l'Université Laval, Fairmont Le Château Frontenac la Fondation du Prince Albert II de Monaco, Le Soleil, et le Projet de la Réalité Climatique Canada d'Al Gore, la Fondation David Suzuki tiendra en 2012 le second Sommet de l'Hiver : trois jours de science, de culture et de sports pour célébrer nos hivers et trouver des solutions au réchauffement planétaire. L'événement sera présenté par le Mouvement Desjardins.

Quoi de mieux que de tenir cet événement à Québec, la capitale mondiale de l'hiver!

Les solutions existent : nous devons réduire notre pollution, diminuer notre consommation de pétrole et nous tourner résolument vers les énergies renouvelables. Le Canada et le Québec doivent s'engager sur cette voie, non seulement pour protéger notre climat, mais pour préserver notre culture et notre identité.

Aujourd'hui, j'ai un plaisir fou à jouer au hockey à l'extérieur avec mon garçon, à faire de la raquette en famille, à aller glisser en traîneau dans le parc de mon quartier, ou simplement à marcher sous la neige qui tombe en écoutant le bruit feutré de mes pas. Exception faite du fabuleux hiver de 2008 où nous avons été ensevelis sous la neige, nos hivers récents ont été teintés de redoux et de pluie qui les ont rendus plus gris que blancs.

Je m'inquiète des Noëls à venir, lorsqu'à mon tour je ferai une glissade pour mes petits-enfants. Les rudes hivers de mon enfance ne seront-ils qu'un souvenir ? Je n'en sais rien mais je ferai tout ce que je peux pour lutter contre le réchauffement planétaire et préserver cette belle saison en héritage.
Sur ce, il ne me reste plus qu'à vous souhaiter un Noël blanc et du bonheur passé à jouer dans la neige en famille. Je suis certain que dans le cœur nos enfants se fabriquent des souvenirs qui leur dureront toute la vie.

19 décembre 2011

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