Photo: Nouveau guide sur les ingrédients toxiques dans nos produits de beauté

(Credit: nosha via Flickr)

Par Élisabeth Siré, assistante de projet à la Fondation David Suzuki

Étant une jeune femme de plus en plus consciente de ce que je consomme, je cherche à éviter les produits de beauté contenant des produits toxiques que je mets sur ma peau. La question qui se pose alors est : « Quels produits choisir? » La réponse n'est pas toujours évidente !

Cornelia Dum, bénévole/ambassadrice avec la Fondation David Suzuki à Montréal, s'est posée la même question. Après deux ans de recherche, elle partage ses conclusions dans Le Guide Des Produits d'Hygiène, de Beauté et des Cosmétiques Non Toxiques disponible gratuitement sur son site Web. Ce nouveau guide vient renforcer les recommandations de la Fondation David Suzuki à savoir la liste des 12 ingrédients à éviter, les recettes de la « Queen of Green » (en anglais) et notre campagne pour renforcer la règlementation sur les produits cosmétiques.

J'ai eu la chance d'avoir un entretien avec Cornelia Dum au sujet de ce guide. Je vous recommande de lire attentivement les lignes suivantes avant de vous procurer des lotions hydratantes pour l'hiver.

E.S. : Qu'est-ce qui vous a motivé à écrire le guide?

C.D : La maladie, plus précisément un cancer du sein... Cela a été en quelque sorte la fleur de lotus qui puise sa substance vitale dans la boue pour s'épanouir.


E.S. : Comment avez-vous mené vos recherches?

C.D. : C'est parti d'un besoin personnel et très empirique. Je cherchais une crème pour le corps sans parabènes soulageant la peau sèche due aux traitements médicaux. De fil en aiguille, la curiosité s'est développée, s'est raffinée et a pris de l'ampleur. J'ai commencé à consulter des livres, des recherches scientifiques, des documents comme ceux de la Fondation David Suzuki, des sites Internet, etc. Cette fouille passionnante a duré plus de deux ans. J'ai fini par recenser, en fonction de leur innocuité, plus de 400 produits que je considère sans dangers pour les enfants et les adultes disponibles sur notre marché. Ce fut un travail de moine que j'ai effectué avec passion que j'offre gratuitement à mes concitoyens et surtout aux personnes malades. Par le fait même, ce guide facilite la tâche des femmes qui prennent en charge la santé de la famille entière.

Inscrivez-vous à notre bulletin

E.S. : Pourquoi ce Guide est-il important?

C.D. : Il n'est pas important ; il est nécessaire, surtout au Québec où cette information — la dangerosité de certains ingrédients issus de la pétrochimie ou des perturbateurs endocriniens qui se trouvent dans nos produits de beauté — tarde à faire son chemin... Les produits de beauté ne représentent certes qu'une partie de la soupe chimique dans laquelle nous baignons depuis une cinquantaine d'années, mais leur constante présence quotidienne dans nos vies ainsi que les effets inconnus de leur utilisation à long terme, imposent une vigilance particulière si nous voulons diminuer la charge toxique dans nos corps.

E.S. : Quels obstacles avez-vous rencontrés pendant votre recherche?

C.D. : Le fait qu'il y ait très peu de données disponibles en français — quasiment rien au Québec — non seulement sur les cosmétiques certifiés biologiques, mais aussi sur l'agriculture et la consommation alimentaire biologique, le manque de statistiques et de directives, le flou législatif et la non-réglementation, la confusion dans les termes utilisés dans l'étiquetage ainsi que la certification. Il est très difficile de fournir aux consommateurs des réponses claires car personne n'est en mesure de nous renseigner de manière limpide. Mais ce qui frappe d'abord et avant tout, c'est le manque de transparence des fabricants ainsi que des conseillers et conseillères en beauté dans les magasins et dans les salons de beauté qui occultent sciemment le critère de l'innocuité des produits auprès des consommateurs et, conséquemment, les fourvoient dans leurs choix.

E.S. : Quelle est la chose la plus surprenante que vous avez apprise en effectuant ces recherches?

C.D. : Ce qui m'a le plus choqué, c'est la peur ! La peur de dire la vérité, la peur de véhiculer et d'assumer un discours qui dénonce et la peur de l'industrie. Je croyais que le travail le plus difficile était d'écrire ce Guide, de faire la recherche et d'analyser rigoureusement des centaines de produits et des milliers d'ingrédients, mais il semble bien que le plus difficile soit de le porter à la connaissance des consommateurs québécois francophones qui sont privés des informations auxquelles le consommateur anglophone et nord-américain a droit depuis déjà quelques années...

E.S. : Quels conseils donneriez-vous aux gens afin de minimiser l'exposition aux substances chimiques dans les produits de soins personnels?

C.D. : Commencez en intégrant les choses les plus faciles et les plus disponibles (savon, dentifrice) et donnez-vous du temps avant d'opérer tous les changements nécessaires. Autrement, la tâche peut sembler insurmontable. Ensuite, encouragez les compagnies qui prennent au sérieux la santé des consommateurs et pour qui le critère de sécurité est en avant plan. Nous avons un énorme pouvoir citoyen et il faut s'en servir ! En même temps, il est également important que nous demandons aux instances gouvernementales des lois plus sévères concernant la réglementation de l'industrie des produits d'hygiène et des cosmétiques pour une meilleure protection de notre santé et de notre environnement.

14 décembre 2011

Ajoutez un commentaire


La Fondation David Suzuki n'endosse pas nécessairement les commentaires affichés par le public sur son site Web. La Fondation se réserve le droit de refuser la publication de commentaires qui pourraient être perçus comme offensant ou qui vont à l'encontre des principes directeurs qui régissent les organismes de bienfaisance. Veuillez noter que tous les commentaires sont relus avant d'être publiés.