Photo: La qualité de l'air au Canada perd son souffle  (tandis que l'Institut Fraser semble vouloir le couper)

(Credit: Fanboy30 via Flickr)

Par Lisa Gue, Analyste des politiques en santé environnementale

Si nous avions à croire un récent rapport publié par l'Institut Fraser, la population canadienne n'a plus à s'inquiéter de la pollution atmosphérique. D'après le cercle de réflexion de cet organisme de recherche, la qualité de l'air au Canada se serait améliorée de façon générale depuis 1970. Donc, pourquoi devrait-on s'en soucier?

Voilà pourquoi : il n'existe pas de « seuil de sécurité » en ce qui concerne les principales matières polluantes.

Le niveau de pollution atmosphérique actuel est nuisible à la santé humaine. D'après l'Association médicale canadienne, la pollution atmosphérique cause 21 000 morts, 11 000 admissions en milieu hospitalier, 92 000 visites à l'urgence et 620 000 visites chez le médecin par année. Les coûts associés se chiffrent à 8 milliards de dollars et pourraient grimper jusqu'à 250 milliards de dollars en 2031 étant donné le vieillissement de la population.

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L'Institut Fraser s'oppose aux déclarations faites par l'AMC parce que leurs projections de la croissance des coûts en matière de santé et d'économie sont basées sur les mesures actuelles de la qualité de l'air (c.-à-d. les mesures de 2008). Les auteurs du rapport de l'Institut prétendent que la qualité de l'air pourrait en fait s'améliorer dans le futur et que les coûts en matière de santé humaine pourraient être moins élevés que prévu.

Nous serions tous ravis de pouvoir constater une amélioration constante de la qualité de l'air dans les années à venir, mais pour y arriver, des efforts importants sont nécessaires, et ce, de la part de tous. Bien que suite à plusieurs interventions antérieures, la qualité de l'air s'est effectivement améliorée dans certaines régions du pays depuis les années 70, cette amélioration a perdu son souffle au cours de la dernière vingtaine d'années. Au cours de certaines périodes, aucune amélioration n'a même été observée. En mesurant deux polluants qui contribuent à la formation du smog, les indicateurs de la qualité de l'air d'Environnement Canada nous dévoilent que les concentrations de particules fines demeurent essentiellement inchangées depuis 2000 et que le taux d'exposition de la population canadienne à l'ozone troposphérique a grimpé entre 1990 et 2006.

De plus, le rapport de l'Institut Fraser ne prend pas en compte des augmentations possibles dans certains secteurs. La croissance d'émissions prévue dans le secteur des sables bitumineux pourrait entraîner une détérioration de la qualité de l'air si nous n'agissons pas maintenant. (Mais faut-il être surpris d'une telle position quand l'Institut Fraser a longtemps pris l'habitude de minimiser la gravité des problèmes environnementaux et de détourner les pistes de solutions? L'Institut soutenait par le passé que la fumée de cigarette secondaire ne se classait pas comme problème de santé publique et que la réduction de l'usage des chlorofluorocarbones (les CFCs) afin de protéger la couche d'ozone demanderait des sacrifices importants de la part de tout le monde.)

Une analyse menée par la Fondation David Suzuki en 2006 a révélé que les objectifs du Canada en matière de qualité de l'air étaient moins rigoureux que ceux fixés par les chefs de file dans ce domaine.

Malheureusement, la situation demeure la même aujourd'hui. L'encadrement du gouvernement canadien en matière de qualité de l'air mériterait bien de trouver un nouveau souffle. Mais, il y a une lueur d'espoir à l'horizon; les ministres de l'Environnement provinciaux et fédéral se sont engagé à l'élaborer un nouveau système de gestion de qualité de l'air pour le Canada. Ce nouveau système devrait renforcer les normes de qualité de l'air en place afin d'atteindre le même niveau de protections qu'offrent les meilleures normes internationales tout en créant des mécanismes de contrôles efficaces permettant de surveiller les émissions produites par les industries et toute autre source importante. Ces nouvelles normes devraient être mises en application sur le champ.

Je suis entièrement d'accord avec les propos du premier ministre Harper qui, en 2006, avait dit qu'« une mauvaise qualité de l'air n'est pas un irritant insignifiant que l'on doit endurer. C'est un grave problème qui pose de plus en plus de risques à la santé et au bien-être des Canadiens. »

Le problème est que le premier ministre n'est toujours pas passé à l'action et n'a mis en place aucun cadre de gestion efficace en matière pollution atmosphérique.

29 février 2012

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