Photo: Plan Nord : Avatar en Québec

(Credit: peupleloup via Flickr)

Par Karel Mayrand, directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki

Chaque fois que j'entends parler du Plan Nord, ce plan sensé définir le Québec de l'avenir, je ne peux m'empêcher de penser au film Avatar de James Cameron. Dans ce film qui se déroule en 2154, les Terriens exploitent sur la planète Pandora un minerai pour assouvir leurs besoins énergétiques. Aveuglés par leur soif de minerai, les Terriens passent à côté de la principale richesse de la planète : l'extraordinaire biodiversité de Pandora et la capacité des êtres vivants à communiquer entre eux. Quelques poignées de matière inerte ont plus de valeur à leurs yeux que toutes les applications qui peuvent découler de la compréhension du monde naturel qui les entoure.

Revenons au Québec, en 2012. Québec fait du Plan Nord le projet structurant d'une génération, notre tremplin vers la richesse, le tout enrobé d'une bonne couche de marketing vert. Le Plan Nord, ce sont des routes, des infrastructures, et un accès à un nouveau territoire au nord du 49ème parallèle, subventionné à coup de milliards de fonds publics, au profit des minières et des forestières. Le gouvernement s'est engagé à soustraire 50 de ce territoire aux activités industrielles. Mais en réalité, c'est 100 de ce territoire qui est présentement protégé, faute d'accès et de financement. Ce que le Plan Nord fait est d'ouvrir l'un des derniers territoires vierges existant sur Terre à l'activité industrielle.

Québec ouvre la boîte de Pandora.

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Sur notre Pandora québécoise, on retrouve la plus grande forêt primaire encore intacte au monde, la forêt boréale. Cet écosystème unique, qui recèle des richesses d'une valeur insoupçonnée, est vu par l'industrie et le gouvernement comme un puits de fibre, de minerai et d'hydroélectricité. Le mot d'ordre est : développer maintenant, protéger ce qui restera plus tard. Peu importe si cette industrialisation du dernier territoire vierge du Québec prive les prochaines générations de leur héritage naturel pour quelques poignées de dollars qui iront à des actionnaires étrangers.

Selon une analyse du service d'études économiques du Mouvement Desjardins , le Québec ne retirera que 530 millions de dollars par année pendant 25 ans du Plan Nord, ou 0,8 % de ses dépenses annuelles. Cette même analyse souligne que le régime de redevances en place au Québec ne nous permet pas de maximiser les retombées financières pour la province. L'institut de recherches socio-économiques arrive quant à lui à la conclusion que le Plan Nord sera déficitaire pour le Québec.

Le Plan Nord s'apprête à sacrifier nos dernières forêts vierges pour une opération qui aura au mieux un impact marginal sur les finances publiques ou qui sera déficitaire dans le pire des scénarios. On ouvrira bientôt un immense territoire au pillage des compagnies étrangères, le tout subventionné par nos impôts. Et on nous dit qu'il s'agit d'une forme nécessaire d'enrichissement.
Tout cela rappelle un autre film : Retour vers le futur.

En 1670, déjà, la couronne britannique offrait à la Compagnie de la Baie d'Hudson la majeure partie du Nord pour en extraire les fourrures. L'Amérique entière s'est fondée sur le mythe de terres vierges à conquérir, le plus souvent au détriment des populations autochtones et des écosystèmes. Depuis toujours, le Québec a tenté d'asseoir son développement économique sur l'exploitation de ressources naturelles offertes à bas prix à des intérêts étrangers qui paient des salaires et parfois des taxes et des redevances, mais qui exportent leurs profits à l'étranger. Appelons cela la doctrine Duplessis...

C'est ce que Félix Leclerc dénonçait il y a une génération dans L'encan :

Approchez messieurs dames...
Une belle p'tite rivière à saumon à vendre pas cher
Pleine de beaux p'tits saumons qui viennent frayer ici depuis des siècles
À vendre avec des îles, du bois, des chutes,
Sur une centaine de milles sans compter les croches
Laissons pas aller ça nous autres

Si le Québec n'est pas plus riche, c'est qu'il a souvent été prêt à sacrifier ses ressources et ses écosystèmes pour une poignée de dollars, sans penser aux impacts sur les générations à venir. Vendre des bouts de terre pour payer l'épicerie. Défricher à tout prix. Donner ce qui appartient à nos enfants et leur léguer une dette écologique.

Lorsque de nouvelles routes rejoindront les rivières et les forêts millénaires du Nord, elles atteindront la dernière frontière naturelle encore intacte du Québec. Les écosystèmes du Nord en seront à jamais appauvris pour en extraire des métaux, des arbres et des mégawatts. La nature nous procure des services inestimables bien documentés scientifiquement, mais ceux-ci n'ont pas de valeur sur les marchés. La nature millénaire contre quelques décennies d'extraction. Le Québec sera-t-il la prochaine Pandora?

22 mars 2012

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11 commentaires

08 décembre, 2012
12:45

C’est la terrible vérité ! où allons nous?

30 mai, 2012
20:48

Je ne suis pas un grand fan du plan Nord (c'est, selon moi, une grande opération de récupération politique). Par contre, comme je suis un observateur relativement proche des faits ( je suis un résident du Nord), je ne peux qu'être exaspéré par ce genre de texte. Ça sent une sorte larvé de "Quebec Bashing" et démontre une grande ignorance de la réalité de mon territoire. L'auteur ne semble pas du tout au courant que toutes ententes de développements industriels (mine ou forêt) passe par l'approbation des Cris et, très accessoirement, des Jamésiens. Pour avoir déjà travaillé pour le MRNF, je sais que les mécanismes d'analyse des projets sont longs et exigeants (COMEX-COMEV).

29 mai, 2012
08:41

Il y a plus de 30 ans, l'ors d'un voyage de chasse au nord du 52 ième parallè, je découvrais un territoire vraiement vierge, ou les annimaux n'étaient pas encore effrayés a la vue de l'homme et pourtant……nous trouvions dès l'ors des caisses vide de bierre ainsi que des débris laissés par l'homme. Imaginez 30 ans plustard…….Le plan Nord ??????????

27 mai, 2012
20:19

J'habite à Puvirnituq, province de Québec, au 60ème parallèle. Il y a un an j'ai regardé le film Avatar ici, en compagnie de deux personnes inuites et de quelques "blancs". L'analogie proposée ici par Karel Mayrand est tellement réaliste! C'était vraiment embarrassant, de regarder ce film en territoire inuit, avec des inuits… La terre où les peuples inuits vivent, ils l'ont amadouée, ils l'ont comprise, ils y vivent (vivaient?) en parfaite harmonie, totalement adaptés aux conditions extrêmes de l'environnement, comme les nomades des déserts d'Afrique, comme les autochtones des Andes… Et on va venir creuser des trous, construire des routes, souiller cet environnement, sans même chercher à comprendre l'équilibre de cet écosystème? sans même consulter les gens qui y VIVENT??? L'annonce officielle du lancement du Plan Nord (après des mois de rumeurs, http://www.premier-ministre.gouv.qc.ca/premier-ministre/albums-photos/details-album.asp?annee=2011

27 mai, 2012
20:04

Détruire une partie de notre monde….pour en reconstruire un second qui n'eu vaut pas la chandelle….ou qui est seulement profitable pour une très minime minorité….pourquoi cette mentalité ne cesse de se perpétuer?? Je ne comprendrai jamais..

27 mai, 2012
14:39

Pour avoir personnellement travailler en exploration minière au Yukon, je sais l'impact qui est impliquer tant tout exploitation minière. On a juste à regarder l'Alberta pour voir l'effet désastreux qu'une telle exploitation peu avoir sur l'environnement. N'empêche que je ne suis pas anti-exploitation. Je suis contre le fait que nous n'en faisons aucun profit… Ces ressources pourraient très bien financer TOUT nos programmes sociaux. Le gouvernement pourrait investir certains profits dans le développement de technologie innovatrice qui seraient axé sur notre sevrage de notre dépendance à l'exploitation de ressources non-renouvelables. Ensuite nous pourrions partager ces technologies avec le monde.

Quest ce que vous en pensez? Une exploitation responsable qui respecte l'environnement, les autochtones et les générations futures?

27 mai, 2012
14:31

L'empressement du premier ministre du Québec, Jean Charest, à aller de l'avant avec le Plan Nord est avant tout un geste pour plaire à son patron qui est nul autre que la famille Desmarais (Power Corp.).

01 mai, 2012
11:43

Le gouvernement Charest doit mettre un moratoire sur plan nord de Charest car il doit y avoir un débat sur le sujet des ressources naturelles… Ce gouvernement encore un fois impose un développement qui est très controversé car il ne tient pas compte de l'environnement et des gens qui habitent le territoire. Cette industrie doit être très encadrée car elle laisse toujours derrière elle la mort et la désolation… Le développement économique ne doit pas se faire au détriment de l'environnement!

29 avril, 2012
11:51

Il y a aussi l'eau, l'eau douce … des rivières, des lacs…dans ce grand territoire… que nous devions protéger pour l'avenir… Les rivières ne respectent pas les frontières… elles coulent là où c'est facile de couler…et elles transportera avec elles les produits toxiques des exploitations minières vers les villages des hommes, des femmes et des enfants qui ne profiteront pas des bénéfices de ce Plan Nord … Nous ne saurons jamais la vrai valeur de ce que nous avons perdu … donné … vendu … pour si peu! Pourquoi ne pas dire NON …le temps de permettre une analyse complète de l'eau sur l'ensemble du territoire… Ensuite, en connaissant mieux la valeur de ce territoire… nous prendrons nos décisions … en tant que hommes et femmes qui ont à cœur l'avenir et la santé de nos enfants, nos petits-enfants et leurs petits-enfants…

26 avril, 2012
10:21

Cet article décrit mes craintes et dit exactement ce que je pense du plan nord de Jean Charest. Voir sur you tube Mon plan nord, Louise Légaré

28 mars, 2012
15:06

Il est clair et évident qu'à cet égard, le jeu du gouvernement est le mensonge, l'hypocrisie, la tricherie et l'abus par la manipulation, pour leur profit égoïste, à très court terme, sans aucun sens des responsabilités pour le moyen et le long terme. Nous sommes une majorité à voir ça.

Un dicton dit: le danger premier que représente l'humanité ne vient pas de la minorité au pouvoir qui agit de façon bête et destructive, mais de la vaste majorité qui se contente de les laisser faire.

Parler, se plaindre et critiquer entre nous, ne suffit pas. NOUS sommes responsables de nos choix. AGISSONS! TOUT DE SUITE! TOUT DE SUITE!

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