Amiante: La politique l'emporte sur les principes | Le Nid du Colvert | Fondation David Suzuki
Photo: Amiante: La  politique l'emporte sur les principes

(Crédit : AX via Flickr)

De mauvaises nouvelles : vendredi dernier, tard dans l'après-midi, le gouvernement du Québec a confirmé un prêt de 58 M$ pour permettre la mine Jeffrey de relancer ses opérations.

Au cours des 20 prochaines années, la mine devrait extraire 200 000 de tonnes d'amiante par an dans le but de l'exporter dans les pays en développement d'Asie. L'amiante est rarement utilisé au Canada, parce que les autorités de la santé savent que ce minerai cause le cancer lorsque ses fibres dans l'air sont inhalées. En ce moment même, le gouvernement fédéral dépense des millions pour enlever l'isolant d'amiante des bâtiments sur la colline du Parlement.

Mondialement, on estime que l'exposition à l'amiante provoque plus de 90 000 décès évitables chaque année. Quelque 40 pays ont interdit l'amiante, y compris tous les États membres de l'Union européenne. Mais il existe toujours un marché pour l'amiante dans les pays en développement, et ce, grâce en grande partie aux efforts hypocrites du Canada pour promouvoir les exportations , ainsi que pour bloquer les contrôles sur le commerce international.

L'année dernière, ce triste chapitre de l'histoire du Canada aurait bien pu finalement se terminer, lorsque les deux dernières mines d'amiante au Québec ont été fermées. Mais le propriétaire de la mine Jeffrey — un entrepreneur avec d'importantes liaisons commerciales en Inde, où l'amiante est toujours utilisé dans la construction — a proposé un plan de relance. Il avait le soutien des politiciens de la région, promettant des centaines d'emplois à la mine. Tous ce qui lui manquait, c'est une garantie de prêt de 58 M$ de la province pour aider à attirer des investisseurs privés.

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Cela était une proposition insoutenable, mais le tout devient encore pire. Au lieu de la garantie de prêt proposé à l'origine, la province a confirmé vendredi qu'il sera accordé 58 millions de dollars sous forme de prêt direct, et non seulement d'une garantie, afin de permettre à la mine Jeffrey de ressusciter.

Peut-être que les investisseurs privés ne sont pas convaincus que le maintien des activités de la mine était un bon investissement — même avec la perspective d'une garantie assurée par les contribuables québécois. Peut-être qu'ils ont été dissuadés par l'historique de crédit de la mine (la mine a déclaré faillite dans le passé). Peut-être que l'avenir incertain de la pérennité de l'affaire, puisqu'il s'agit de vendre un cancérogène reconnu qui est de plus en plus interdit partout à travers le monde entier, a refroidi leurs ardeurs? Ni ces considérations, ni l'opposition généralisée du public n'ont suffi à convaincre le gouvernement du Québec de refuser le projet. Avec une élection à l'horizon, et un député de la circonscription où est située la mine à élire, la politique l'a emporté sur les principes.

Dernièrement, dans le cadre des préparatifs de la conférence des Nations Unies marquant le 20e anniversaire du « Sommet de la Terre » sur le développement durable, nous avons envoyé une lettre à Jean Charest, le premier ministre du Québec, lui demandant de démontrer de façon concrète son engagement au développement durable en mettant fin à l'appui de son gouvernement au commerce mortel de l'amiante (Jean Charest a participé au Sommet de 1992 en tant que ministre fédéral de l'Environnement).

Nous n'avons pas encore reçu de réponse à notre lettre. Toutefois, lors de la conférence Rio +20, le premier ministre Charest a publié un communiqué de presse avec cette mention : « Aujourd'hui, c'est à titre de premier ministre du Québec que je reviens à Rio, afin de mesurer les progrès du développement durable à l'échelle internationale, mais aussi pour témoigner du fait que le Québec est engagé, depuis 20 ans, dans la réalisation des engagements pris lors du Sommet de la Terre de 1992 ».

Les actions parlent plus fort que les mots, Monsieur le Premier Ministre. La décision du Québec de financer la relance de l'industrie canadienne de l'amiante va à l'encontre des principes du développement durable. L'image internationale du Canada, et surtout du Québec, comme un chef de file dans le domaine du développement durable n'est pas très flamboyante ces jours-ci; image qui vient encore d'être ternie par une tache d'hypocrisie.

4 juillet 2012

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