Il est temps de remettre les pendules à l'heure au sujet d'Old Harry! | Le Nid du Colvert | Fondation David Suzuki
Photo: Il est temps de remettre les pendules à l'heure au sujet d'Old Harry!

(Crédit : No²/ via Flickr)

Depuis plusieurs mois déjà, et encore récemment, certains partis politiques semblent vouloir accélérer le rythme d'une exploitation possible du gisement potentiel « Old Harry ». Pour la Coalition Avenir Québec, il semble que le Québec perd actuellement une « ...opportunité exceptionnelle de réduire cette dette de dizaines de milliards de dollars », pour reprendre les propos du parti.

Qu'en est-il vraiment? Sommes-nous en train de manquer l'opportunité du siècle en attendant les résultats d'évaluations environnementales sur le dossier?

Je crois que le temps est venu de remettre les pendules à l'heure sur ce dossier épineux.

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Réserves pétrolières... mythe ou réalité?

Le sous-sol du golfe du Saint-Laurent, plus précisément les bassins sédimentaires d'Anticosti et des Îles-de-la-Madeleine, a le potentiel d'abriter une manne de ressources naturelles (c.-à-d. hydrocarbures) en raison de sa formation géologique. C'est pour cela qu'au cours des années 1960 à 2000, plusieurs relevés sismiques ont été réalisés dans l'ensemble du golfe du Saint-Laurent afin de caractériser ce sous-sol potentiellement riche en or noir. Qui plus est, un total de 10 forages exploratoires ont déjà été réalisés entre 1944 et 1996 dans le golfe du Saint-Laurent... sans qu'une seule goutte de pétrole ne soit trouvée — ou pas en quantité assez suffisante pour y exploiter quoi que ce soit.

Old Harry se démarque toutefois du lot puisqu'on semble y voir un potentiel... Or, ceci demeure de la spéculation puisque rien n'est prouvé. D'après la compagnie qui y détient le permis d'exploration, Corridor Resources Inc., les réserves d'Old Harry seraient du type « pétrole léger ». Mais rien n'est moins sûr puisqu'aucun forage exploratoire n'a été effectué à ce jour.

Compagnie pétrolière junior cherche âme sœur séniore

Malgré l'engouement probant de Corridor Resources à vouloir explorer et exploiter Old Harry coûte que coûte, il n'en demeure pas moins que cette compagnie junior tente, en vain, de forer dans le golfe du Saint-Laurent... et ce, depuis plus de 10 ans! La compagnie a déjà perdu un premier permis d'exploration en 2005 avant de revenir à la charge avec un autre permis en 2008, sans avoir réussi à ce jour à forer quoi que ce soit.

Par ailleurs, Corridor n'a pas les reins assez solides pour se lancer seule dans une aventure aussi périlleuse que l'exploitation éventuelle d'Old Harry. Si bien qu'elle cherche désespérément depuis plusieurs années un partenaire « sénior » pour l'accompagner dans cette aventure. Si le potentiel d'Old Harry était si séduisant, alors pourquoi les BP, Chevron ou Shell de ce monde n'ont-elles pas manifesté leur intérêt? Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle?

Peut-on éliminer la dette avec du pétrole virtuel?

Les politiciens semblent nous faire miroiter l'idée que l'on pourrait enfin éliminer la dette du Québec, et ce en l'espace d'un mandat, grâce au pétrole d'Old Harry. Pourtant, nous ne savons pas ce que recèle Old Harry, d'une part. D'autre part, même s'il y avait là des ressources prouvées d'un pétrole quelconque (ce qui n'est pas le cas — au risque de me répéter), le Québec ne serait pas en mesure d'en tirer profil avant plusieurs décennies.

Voici pourquoi :

1) Malgré une entente signée entre Québec et Ottawa en 2011 sur les redevances des ressources de la partie québécoise du golfe, il faudra encore plusieurs années avant que toute la législation entourant cette entente soit mise en œuvre ;

2) Même une fois la structure législative mise en place, il s'écoule habituellement entre 10 et 20 ans avant que l'on puisse passer de l'exploration d'un gisement potentiel à son exploitation.

Devant ces faits, il est donc totalement farfelu qu'on veuille nous faire avaler la pilule de l'urgence de forer dans le golfe afin de renflouer les coffres de l'État au terme d'un mandat politique.

Le Québec en état d'urgence?

Devant ce constat, sommes-nous alors vraiment dans l'urgence d'aller forer dans le golfe du Saint-Laurent? Si vous avez répondu oui à cette question par peur que TN siphonne nos ressources, notre bien commun, détrompez-vous!

Géologiquement, la structure du gisement Old Harry est telle que tout pétrole s'y trouvant peut-être est localisé dans des dômes de sel complètement indépendants de part et d'autre des frontières TN-QC.

Technologiquement, aucun forage sous marin actuel en provenance de TN ne serait en mesure d'avoir accès aux ressources retrouvées dans le dôme québécois.

En somme, nous avons tout le temps de bien évaluer tous les impacts d'une éventuelle industrie pétrolière dans le golfe et, surtout, de consulter adéquatement toutes les communautés côtières, incluant les Premières Nations, qui seront les premières à subir les impacts de cette fièvre de l'or noir.

Sommes-nous prêts à abandonner la pêche déjà fragile et le tourisme dans le golfe, représentant des retombées économiques de plus d'un milliard de dollars par année, pour une poignée de dollars issus d'une ressource non renouvelable et encore non prouvée?

Le golfe du Saint-Laurent est un milieu unique et extrêmement fragile. Assurons-nous d'abord de rétablir ses écosystèmes et d'en comprendre toute la complexité avant de le mettre aux enchères à une industrie qui n'aura aucun remords à en extirper ses ressources non renouvelables au détriment des communautés qui en dépendent depuis des décennies!

5 décembre 2012

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