Désertification : Le Canada abandonne les plus démunis de la planète | Le Nid du Colvert | Fondation David Suzuki
Photo: Désertification : Le Canada abandonne les plus démunis de la planète

Le Canada vient d'annoncer en cachette, sans le signifier officiellement aux Nations Unies et aux Canadiens, qu'il se retire de la Convention des Nations Unies sur la lutte à la désertification. Ayant eu la chance de travailler à maintes reprises avec cette convention de 2002 à 2008, et ayant constaté moi-même dans le cadre de missions en Afrique l'importance du travail de coopération internationale réalisé par cet accord international, cette décision me désole particulièrement. Il ne fait aucun doute que par cette décision le Canada abandonne sa responsabilité envers les populations les plus pauvres et les plus vulnérables de la planète.

Au terme de cette décision, 193 pays continueront de coopérer au sein de cette convention. Un seul pays au monde, le Canada, juge aujourd'hui que ce problème ne mérite pas son attention. Questionné sur ce retrait, le gouvernement a d'abord demandé à l'ACDI, une agence qu'il vient tout juste d'abolir, de justifier cette décision. Puis, finalement, on a justifié ce retrait par une volonté d'épargner les 300 000 $ que le Canada verse annuellement au fonctionnement de la coopération internationale sur la désertification. Un mauvais usage de fonds public d'après le gouvernement, qui a pourtant dépensé 87 fois plus en trois mois pour une campagne de publicité de 26 millions $ sur son plan d'action économique.

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Mais ce désengagement a peut-être un bon côté : jamais n'a-t-on autant parlé de désertification au Canada. Il s'agit pourtant d'un problème aux proportions globales. La désertification n'est pas l'avancée des déserts, mais plutôt la dégradation des sols à travers le monde dans les zones arides, qui recouvrent 41% de la superficie de la planète. Cette dégradation entraîne pauvreté et insécurité alimentaire puisqu'elle a pour effet de diminuer les rendements agricoles. Les facteurs climatiques comme les sécheresses croissantes causent une partie du problème. Les mauvaises pratiques agricoles, qui contribuent à appauvrir les sols, en sont l'autre cause principale.

Dans Governing Global Desertification, un livre que j'ai édité en 2006 avec Pierre Marc Johnson et Marc Paquin, plusieurs chiffres parlent avec éloquence de l'importance de lutter contre la désertification. Les zones arides comprennent 44% de ses terres cultivées et 31% de la population mondiale. En Afrique seulement, 500 millions d'hectares de terres sont affectées par la dégradation des sols, incluant les deux tiers des terres agricoles productives du continent. Globalement, on estime les coûts de la désertification à plus de 40 milliards par année en production agricole perdue et en perte de ressources naturelles, alors que les coûts estimés d'une lutte efficace à la désertification sont de dix à vingt milliards par année. Apparemment ce rendement n'est pas suffisant pour justifier l'utilisation de fonds publics par le Canada.

Le lien entre la pauvreté extrême, l'insécurité alimentaire et la désertification rend encore plus essentiel un effort international. À travers le monde, plus de 1,2 milliard de personnes vivent dans la pauvreté extrême, dont 900 millions vivent dans des zones rurales. De ces populations, une grande proportion vit dans des zones arides, et 250 millions sont directement affectées par la désertification. Similairement, 850 millions de personnes souffrent de malnutrition sur la planète. On estime que 44% des enfants victimes de malnutrition vivent dans les zones arides rurales et que la moitié des victimes de malnutrition sont des paysans. L'augmentation des rendements agricoles est la meilleure stratégie pour lutter contre l'insécurité alimentaire et la pauvreté dans le monde.

Les plus pauvres parmi les pauvres ont besoin de notre soutien. En se retirant de la Convention sur la désertification, le Canada échoue au test de la compassion la plus élémentaire pour des enfants qui souffrent de malnutrition et des familles qui luttent chaque jour pour les nourrir.

J'ai constaté moi-même, lors d'un voyage au Niger, combien le soutien international peut changer la vie de communautés entières. Près d'Agadez, un puits avait été construit, permettant à des femmes de faire pousser des palmiers dattiers, dont elles récoltaient les dattes, ce qui leur apportait un revenu supplémentaire. La plantation avait poussé dans le désert, véritable oasis financée par la coopération internationale. Grâce à ce projet, la communauté était un peu moins pauvre. Des exemples comme celui-ci, il en existe des milliers dans le monde. La coopération internationale produit des résultats concrets pour des gens qui en ont besoin.

J'ai pris part à plusieurs sessions de négociations internationales à travers le monde, de l'Argentine à la Namibie en passant par Cuba, Genève et Bonn. Le fait d'être Canadien me valait le respect et la considération des Africains, et plus largement des représentants de pays en développement qui voyaient en nous un allié précieux. Le Canada était l'un des pays qui pouvaient jouer le rôle de rassembleur, pour rapprocher le Nord et le Sud, les pays riches et les pays pauvres.

Cette époque est révolue, et comme Canadien je serai désormais perçu comme citoyen d'un pays qui abandonne les plus pauvres de la planète, qui refuse de travailler en équipe, qui tourne le dos au monde.

27 mars 2013

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8 commentaires

01 avril, 2013
18:16

Honteux

30 mars, 2013
16:50

N’y a-t-il pas une pétition à signer pour le Canada revienne sur sa décision?

30 mars, 2013
13:24

Il est tout simplement immoral de la part de notre gouvernement de se retirer de ce groupe. Depuis de nombreuses années que le Canada est un pays qui aide les plus pauvres et cherche à trouver des solutions non violentes dans les conflits. Et aujourd’hui, on nous jette le déshonneur au visage. Stephen Harper, qui multiplie les gaffe, vient de faire la plus grande de son histoire je crois bien.

Nous devons nous lever et nous opposer à cette décision! Une pétition devrait être démarrée et ainsi signaler à monsieur Harper notre désaccord sur sa décision.

30 mars, 2013
12:17

Il est de moins en moins compréhensible que personne, dans un parti comme celui des conservateurs, ne s’offusque d’une décision comme celle-ci mais après la disparition de l’ACDI, la remise en question de l’aide à Haiti, et j’en oublie sûrement, il est dommage que plus rien ne nous surprenne.Le pire, c’est qu’on ne peut que dénoncer. Il reste peut-être la souveraineté du Québec qui nous permettrait de se dissocier de ce Canada qui nous ressemble de moins en moins mais ce n’est pas avec un gouvernement minoritaire qu’on y arrivera.

30 mars, 2013
11:44

En tant que Canadien j’ai encore une autre raison de ne pas comprendre et de mal-aimer les actes impardonnable de notre égoïste gouvernement conservateur. Ces ce genre d’actes qui font de moi un Québécois qui n’a aucunement envie d’être associer au Canadien, j’ose espérer qu’en étant prospère de nos ressources et de nos décision nous ferions mieux. En attendant j’ai honte d’être Canadien.

30 mars, 2013
08:41

Catastrophique. Cette décision, comme bien d’autres d’ailleurs, entraîne le Canada dans la liste des pays voyous. La lutte à la désertification est un enjeu majeur, voire fondamental, pour la survie de centaine de millions d’humains.M. Harper doit revenir sur sa décision. Gilles Fontaine Chargé de cours en géographie Université Laval, Québec

30 mars, 2013
07:15

je trouve ca honteux.

29 mars, 2013
15:14

Raison de plus pour enlever ce gouvernement pourri du pouvoir. Ce Hartler, je dis bien Hartler, dois être stopper avant qu’il soit trop tard. Il est en train de rendre les pauvres encore plus pauvres au Canada, alors comment voulez-vous qu’il accepte d’aider ce pauvre monde qui crève de faim dans le reste du monde. Au plus vite des élections pour enlever ce dictateur pourri de là.

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