Le Québec à l'heure de l'économie verte | Le Nid du Colvert | Fondation David Suzuki
Photo: Le Québec à l'heure de l'économie verte

(Crédit : Snurb/ via Flickr)

Le Québec vit présentement une période de polarisation sans précédent sur la question des ressources naturelles. Certains voient le développement accéléré des ressources naturelles comme l'unique planche de salut économique pour assurer la prospérité du Québec. D'autres croient plutôt qu'il faut prendre le temps de bien faire les choses et de développer nos ressources de manière responsable, et d'y renoncer si le coût social et environnemental en est trop élevé. Les termes de la polémique occultent une question fondamentale : existe-t-il une autre voie possible pour l'économie québécoise?

L'économie du Québec s'est profondément transformée au cours de la dernière décennie. Son secteur manufacturier a décliné de 30 %, si bien qu'elle est aujourd'hui écartelée entre le secteur des ressources naturelles et celui des services. Entre les deux, un secteur manufacturier qui cherche un second souffle. Y a-t-il un avenir au Québec entre le Plan Nord et Walmart?

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Si plusieurs souhaitent répondre à l'urgence de développement économique par un développement tous azimuts des ressources naturelles, je fais partie de ceux qui pensent plutôt que l'on aurait tort de mettre tous nos œufs dans le même panier, et qu'il y a de la place, au Québec, pour une économie diversifiée, innovante et compétitive : une économie verte.

L'économie verte se définit comme une économie qui fait mieux avec moins de ressources et d'énergie, qui est plus efficace, équitable et responsable au plan environnemental. En d'autres termes, une économie plus productive, dont la compétitivité provient d'un usage plus efficient des ressources. Les piliers de cette nouvelle économie sont l'éolien, le solaire, les biocarburants et la biomasse, la chimie et l'agriculture verte, l'efficacité énergétique et la construction verte, les véhicules alternatifs et les transports collectifs, mais aussi les technologies vertes qui rendent tous les autres secteurs de l'économie plus performants.

Pris dans leur ensemble ces secteurs représentent un marché de 1 billion de dollars, en plus d'avoir l'une des plus fortes croissances dans le monde. Selon HSBC, l'économie verte pourrait atteindre 2,7 billions, ou 2,1% du PIB mondial en 2020. Un taux de croissance qui rejoint les secteurs les plus performants de l'économie, et dont la croissance n'est pas vulnérable aux cycles et aux fluctuations de prix qui caractérisent le secteur des matières premières.

Plusieurs pays dans le monde ont saisi le potentiel de cette nouvelle économie et se font une compétition féroce pour s'accaparer des parts de ce marché. La Chine, l'Europe et les États-Unis sont en tête de peloton de ce que le chroniqueur du New York Times, Thomas Friedman a qualifié de nouvelle course à la Lune. D'autres comparent le développement de ce marché à l'éclosion de l'économie de l'information dans les années 1990.

Où se situe le Québec dans cette course? Il dispose d'atouts importants, dont son hydroélectricité, ses industries de pointe dans le secteur des transports, des énergies renouvelables et des technologies propres. Certaines de ses grandes industries, dont ses alumineries, sont parmi les plus efficientes et les plus vertes au monde. En outre l'industrie québécoise a diminué ses émissions de GES de plus de 25% depuis 1990 malgré une croissance importante de sa production.

Mais le Québec risque de se laisser distancer, et ce faisant c'est l'ensemble de l'économie québécoise qui s'en retrouvera moins compétitive, parce que moins innovatrice, moins efficiente et moins productive.

Il est impératif pour le Québec de lancer une réflexion nationale sur son positionnement économique et sur les stratégies à mettre en place pour assurer une véritable prospérité à long terme pour le Québec fondée sur une économie diversifiée, résiliente, efficiente et productive dont l'exploitation durable des ressources naturelles sera une composante forte, au même titre que des secteurs de pointe de la nouvelle économie. C'est pour cette raison que je suis fier d'avoir contribué à la création de Switch, l'alliance pour une économie verte, lancée aujourd'hui.

Il est temps de sortir d'une polarisation stérile et de retrousser nos manches pour imaginer l'économie québécoise de l'avenir. Parce que parmi les ressources naturelles les plus importantes du Québec, il y a nos cerveaux, notre capacité d'entreprendre, et de nous rassembler lorsque le temps est venu.

14 mars 2013

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