Apocalypse, non! | Le Nid du Colvert | Fondation David Suzuki
Photo: Apocalypse, non!

Par Karel Mayrand, directeur général pour le Québec & Jean-Patrick Toussaint, chef des projets scientifiques

Notre civilisation court à sa fin. Voilà la conclusion d'une étude publiée par des chercheurs de l'Université du Minnesota ces jours-ci. Les auteurs indiquent que la raréfaction des ressources, couplée à des pressions anthropiques de plus en plus grandes nous conduisent tout droit vers un mur qu'il nous sera fort difficile d'éviter. Ce constat nous force à repenser notre mode de vie. Alors que le discours écologiste a consisté depuis 50 ans à réclamer des changements profonds à nos façons de faire pour éviter un déclin irréversible de la biosphère, nous devons maintenant composer avec l'imminence et l'inévitabilité de cet effondrement. La catastrophe annoncée s'est amorcée et elle se déroule sous nos yeux en ce moment même. Doit-on baisser les bras devant une telle apocalypse? Non.

Devant l'imminence de l'effondrement de notre civilisation, la clé de notre survie passe par la redécouverte de ce qui a fait la force de notre espèce : pouvoir prévoir et modeler notre avenir. Nous devons recourir de toute urgence à notre inventivité et notre capacité d'adaptation afin de repenser notre civilisation et survivre dans des conditions inédites. Pour ce faire, il nous faut d'abord accepter la réalité, comprendre ce qu'elle implique pour notre économie et nos sociétés, et faire les choix qui s'imposent, choix qui devront impliquer toutes les couches de la société, sans exception!

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La fin de la croissance

Depuis le début de l'ère industrielle, notre économie a sans cesse réussi à extraire des ressources en apparence infinies pour soutenir une consommation de plus en plus grande. C'est ainsi qu'est née une économie centrée sur le mythe qu'une croissance infinie est possible à l'intérieur d'une biosphère dont les limites sont bien réelles. Cette économie d'abondance ne peut plus durer puisqu'elle se heurte maintenant aux parois de la biosphère. L'ère de la croissance infinie tire à sa fin, et ceci entraîne des bouleversements socio-économiques déjà visibles partout sur la planète. Pour nous adapter à cette nouvelle ère de rareté, il nous faut opérer un virage urgent vers une diminution de notre consommation de ressources.

Mettre fin aux inégalités pour assurer notre survie

Selon les chercheurs de l'Université du Minnesota, un des facteurs pouvant mener à l'effondrement de notre civilisation est la « stratification économique entre riches et pauvres ». Oxfam révélait au début de 2014 que les 85 individus les plus riches de la planète possédaient à eux seuls une richesse équivalente à la moitié de l'humanité. Une telle disparité de richesse est proprement scandaleuse et plusieurs, dont l'économiste Joseph Stiglitz, affirment que les inégalités économiques sont mauvaises pour l'économie. Il est impossible de répondre aux besoins de tous tout en réduisant notre consommation de ressource sans amorcer une redistribution massive de la richesse. La lutte pour l'équité sociale est une lutte écologique.

Démocratie ou révolutions?

L'histoire nous enseigne que les situations de pénuries et d'injustices sont propices aux révolutions. Comme le système économique actuel bénéficie à la minorité la plus privilégiée, et puisque la dégradation de nos écosystèmes affecte les plus démunis, les intérêts des uns et des autres semblent de plus en plus opposés. L'étude citée plus haut soutient que c'est l'incapacité des élites politiques et économiques à accepter des réformes en profondeur qui mène à l'effondrement économique ou à des révoltes sociales qui se produisent lorsque les civilisations disparaissent. Nous nous trouvons donc devant un choix entre des réformes soutenues par des choix démocratiques, ou de graves révoltes sociales.

S'adapter pour survivre

L'étude réalisée par les chercheurs de l'Université du Minnesota nous rappelle que les civilisations qui n'ont pas pu s'adapter aux conditions changeantes de leur environnement sont disparues. L'étude souligne aussi que c'est l'incapacité des systèmes socio-économiques de se réformer qui mène à leur effondrement. C'est à un défi semblable auquel nous sommes confrontés aujourd'hui. Notre civilisation doit s'adapter à un environnement qui change à une vitesse inédite dans l'histoire de notre espèce. Et cette adaptation passe nécessairement par des changements de nos modes de développement économique et de notre conception de la répartition de la richesse.

Pourquoi répondrions-nous cette fois-ci à l'appel de réformes économiques et sociales alors que nous avons fait la sourde oreille pendant quarante ans aux alarmes lancées par les scientifiques et les écologistes? Tout simplement parce que nous n'avons plus le choix. Dans la longue marche de notre civilisation moderne, nous avons atteint un seuil qui nous appelle à redéfinir notre rôle au sein de la biosphère ou à disparaître. Nous sommes devenus une force de la nature, et cette puissance est devenue la principale menace à la survie de notre espèce.

L'apocalypse est-elle inévitable? Non. La solution passe par notre choix et notre engagement, plus urgent que jamais.

26 mars 2014

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