Deepwater horizon : bientôt chez nous? | Le Nid du Colvert | Fondation David Suzuki
Photo: Deepwater horizon : bientôt chez nous?

(Crédit : Sky Truh via Flickr)

Par Jean-Patrick Toussaint, chef des projets scientifiques

Quatre années.

Voilà le temps qui s'est écoulé dans l'espoir d'oublier l'une des pires catastrophes écologiques de l'histoire des États-Unis. Au bilan : des millions de litres de pétrole brut souillant les fonds marins et les écosystèmes côtiers du golfe du Mexique, ainsi que plus de 43 milliards en coûts déboursés par la compagnie responsable de cette tragédie, sans compter les coûts humains inestimables.

Quatre années à se demander comment nous avons pu en arriver là et, surtout, comment faire pour que ceci ne se reproduise plus. Quatre années à constater l'ampleur des dégâts, mais malheureusement aussi à essayer de passer à autre chose.

Mais la nature ne nous permettra pas d'oublier.

Une réalité lourde de conséquences

Tels les Exxon Valdez ou Irving Whales ce monde, un déversement de pétrole de l'envergure de celui de l'incident de la plateforme Deepwater Horizon ne se dissipe pas par simple pensée magique, tout comme les traces qu'il laisse ne s'effacent pas dans l'eau.

C'est donc sans surprise que l'on constate aujourd'hui toute l'étendue de ce désastre. Dans un rapport publié récemment par la National Wildlife Federation (NWF, aux États-Unis), on apprenait que plusieurs espèces fauniques étaient toujours sous l'emprise du déversement de pétrole dans le golfe du Mexique.

Les tortues de mer, les dauphins, les pélicans, le thon rouge ainsi que plusieurs autres espèces aviaires et marines montrent des signes physiologiques et physiques notables pouvant être attribués à la toxicité du pétrole ou aux dispersants utilisés lors du nettoyage de cette catastrophe.

Outre l'aspect environnemental, la catastrophe du golfe du Mexique a également eu des répercussions sur la santé physique et mentale des individus, leur qualité de vie, ainsi que leurs balises socioéconomiques.

D'autre part, plusieurs centaines de milliers de demandes d'indemnisations monétaires n'ont toujours pas été réglées suite à la catastrophe de BP et les pertes économiques sont estimées à plus de 8 milliards pour les prochaines années!

En somme, bien que le pétrole ait été en partie dispersé, sa présence se fait toujours ressentir et il nous faudra encore plusieurs années avant de saisir l'ensemble des répercussions de cette tragédie.

Qu'avons-nous appris?

De dire que nous avons su tirer les leçons nécessaires d'un tel incident tiendrait sans doute plus d'un vœu pieux que de la réalité.

Certes, cet évènement a su frapper l'imaginaire de plusieurs millions de personnes à travers le monde, particulièrement au Québec et dans les provinces de l'Atlantique qui se retrouvent aujourd'hui confrontées à un choix : exposer ou non le golfe du Saint-Laurent à un tel risque en permettant à l'industrie pétrolière de s'y implanter.

Parmi toutes les leçons à tirer de la catastrophe de Deepwater Horizon, celle qui fait sans doute l'unanimité est que le risque zéro n'existe pas. Au-delà de ce consensus, bon nombre de politiciens et gens d'affaires se disent pourtant favorables, au minimum, à une éventuelle exploration des ressources en hydrocarbures du golfe du Saint-Laurent. Pourtant, la phase exploratoire est sans doute celle qui est la plus risquée et la plus coûteuse. Or, l'incident du golfe du Mexique s'est produit en phase exploratoire.

Par ailleurs, bien que la tragédie du golfe du Mexique ait été d'une ampleur exceptionnelle, si un tel incident advenait dans le golfe du Saint-Laurent, une mer intérieure semi-fermée sept fois plus petite que celle du golfe du Mexique, la responsabilité financière de toute compagnie pétrolière serait de 30 millions (max.) selon les lois canadiennes en vigueur (couramment en révision pour ajuster à 1 milliard). L'incident de BP a pourtant coûté, au bas mot, 43 milliards. Si nous voulions réellement nous doter des plus hauts standards en matière environnementale, ne serait-il pas plus juste alors d'appliquer le principe pollueur-payeur (aucun plafond de responsabilité)?

Enfin, ne minimisons pas le fait que cinq provinces bordent le golfe du Saint-Laurent. Bien que deux d'entre elles soient intéressées par la structure géologique Old Harry où il y aurait un potentiel d'hydrocarbures, il en revient aux communautés des cinq provinces de décider du sort du golfe.

Si nous voulons faire honneur aux individus ayant perdu la vie en 2010, ainsi qu'aux milliers de familles dont la qualité de vie et la santé ont été chamboulées, nous avons un devoir de mémoire collectif. C'est ce que le chanteur Zachary Richard, originaire de la Louisiane, est venu rappeler aux habitants des Îles de la Madeleine à la suite de la catastrophe du golfe du Mexique — lui qui a même dédié une chanson à cet effet. À nous maintenant d'apprendre de nos erreurs et de nous tourner peu à peu vers un avenir énergétique où l'utilisation des combustibles fossiles ne sera plus qu'un lointain souvenir.

17 avril 2014

Ajoutez un commentaire


La Fondation David Suzuki n'endosse pas nécessairement les commentaires affichés par le public sur son site Web. La Fondation se réserve le droit de refuser la publication de commentaires qui pourraient être perçus comme offensant ou qui vont à l'encontre des principes directeurs qui régissent les organismes de bienfaisance. Veuillez noter que tous les commentaires sont relus avant d'être publiés.