Vivre dans un environnement sain: un privilège ou un droit? | Le Nid du Colvert | Fondation David Suzuki
Photo: Vivre dans un environnement sain: un privilège ou un droit?

Elle s'appelait Jo-Annie Lapointe, 20 ans. Par un beau vendredi soir de juillet, elle travaillait au Musi-café de Lac-Mégantic. Ce soir-là, elle a servi Éric Pépin Lajeunesse(28 ans) Natacha Gaudreau( 41 ans, mère de deux enfants) et plusieurs autres. Puis le train fantôme est arrivé et leurs vies ont été soufflées. Comme celles de Bianka et Alyssa (4 et 9 ans) dont les vies trop courtes sont parties en cendres, ou celle d'Éliane Parenteau-Boulanger (93 ans) qui aurait mérité une meilleure fin. En tout 47 victimes.

Cette tragédie aurait-elle pu être évitée? Nous commençons à en savoir suffisamment pour affirmer que oui. La négligence de la compagnie ferroviaire, le mauvais étiquetage du pétrole et l'utilisation de wagons-citernes vieillissants et non sécuritaires ont été mis en cause. Mais c'est surtout le manque de surveillance et la déréglementation du transport ferroviaire par le gouvernement fédéral qui sont de plus en plus pointés du doigt.

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Depuis longtemps, les citoyens de Lac-Mégantic sonnaient l'alarme : un déraillement était inévitable, ce n'était qu'une question de temps. Mais qui allait les écouter? Ils n'avaient aucun droit d'être informés du contenu des convois qui traversaient leur ville, et aucun recours pour forcer en forcer l'inspection. Aucune possibilité de recourir aux tribunaux pour forcer le gouvernement à appliquer sa réglementation ou à adopter des lois qui protégeraient adéquatement leur sécurité.

La Charte canadienne des droits et libertés reconnaît notre droit à la vie, à la liberté de religion, à la liberté d'expression et d'association. Elle interdit la discrimination basée sur le sexe, l'ethnicité ou l'orientation sexuelle. Elle a été un outil de progrès social phénoménal. Mais encore aujourd'hui cette charte ne reconnait pas notre droit et celui de nos enfants de vivre dans un environnement sain.
Cela doit changer.

Depuis trop longtemps, nos gouvernements négligent leur responsabilité de nous assurer un environnement sain qui protège notre santé et notre sécurité. Depuis trop longtemps, les plus vulnérables parmi nous, enfants, personnes âgées, malades chroniques, personnes défavorisées, communautés autochtones, en sont les victimes.

Considérez ces quelques statistiques :

  • La pollution de l'air cause 1540 décès par année à Montréal seulement.
  • Selon le Dr François Reeves, la pollution est responsable de 25% des maladies cardiovasculaires.
  • Toujours selon les travaux du Dr Reeves, vivre en milieu vert diminue de 6% la mortalité globale. À l'opposé, partout où la pollution augmente et le vert s'atrophie, on constate une hausse des AVC et des infarctus.
  • L'apparition de l'agrile du frêne aux États-Unis depuis 2002 a eu un effet spectaculaire démontrant le lien entre la dégradation du vert et notre santé: une hausse de 6,000 décès de cause pulmonaire et de 15,000 décès de cause cardiovasculaire dans les 15 états américains où les arbres ont été décimés.
  • Nous sommes exposés chaque jour à notre insu à des substances toxiques et cancérigènes dans notre air, notre eau, notre nourriture et nos maisons. Quatre Canadiens sur 10 auront le cancer dans leur vie. Un sur quatre en mourra.
  • Les produits chimiques et les perturbateurs endocriniens contenus dans nos produits nettoyants, cosmétiques et pesticides entraînent une baisse de fertilité inquiétante chez les hommes et une hausse des cancers chez les femmes. Ces substances sont transmises au fœtus durant la grossesse.

Bien sûr notre espérance de vie s'est améliorée en raison des progrès de la santé publique, de la médecine moderne et de notre système de santé universel. Mais quelque chose ne tourne pas rond quand notre environnement nous rend malades et que nous n'avons aucun recours juridique pour défendre notre droit de vivre dans un environnement sain et sécuritaire.

Nos gouvernements soutiennent généralement que les mesures pour améliorer la qualité de l'air, de l'eau, l'inspection des aliments ou encore l'analyse des impacts des produits chimiques pour notre santé sont trop coûteuses ou qu'elles pourraient nuire à certaines industries. En somme, la protection de notre environnement et la prévention sont considérées comme un luxe, un privilège et non comme un droit. La protection de l'industrie passe trop souvent devant la protection de notre santé.

C'est ainsi que nous nous retrouvons exposés à des risques accrus pour notre santé, sans que nous en soyons correctement informés et sans que nous soyons consultés sur ce que nous considérons acceptable pour nous ou nos enfants. Nous sommes de plus en plus nombreux à nous inquiéter de l'impact de la pollution sur notre santé et celle de nos enfants, et à nous sentir démunis pour changer cette situation.

Qu'on se le dise, vivre dans un environnement sain est un droit et non un privilège. Nous avons le droit de connaître les risques auxquels nous sommes exposés. Nous avons le droit de recourir aux tribunaux pour protéger notre santé et notre sécurité.

Nous avons ce droit.

À nous maintenant de le faire reconnaître.

23 avril 2014

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