Petit manuel d'autodéfense pétrolière | Le Nid du Colvert | Fondation David Suzuki
Photo: Petit manuel d'autodéfense pétrolière

Depuis que l'industrie pétrolière a pris pied au Québec, une impressionnante machine de propagande s'est mise en place, propagande qui est relayée dans les médias et qui s'enracine peu à peu dans notre perception des enjeux pétroliers. Qui d'entre nous n'a pas entendu ces arguments pro-pétrole sur des lignes ouvertes, dans les commentaires d'une page web, dans notre milieux de travail, dans notre voisinage, dans notre famille. Voici un petit florilège des arguments les plus utilisés et quelques outils pour les contrer.

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Le Québec a besoin de pétrole, nous devons donc en accepter les risques

La consommation de pétrole est en déclin au Québec depuis son sommet de 2005. Entre 1978 et 1984, le Québec a diminué sa consommation de pétrole de 40%. Nous devrons continuer de nous approvisionner en pétrole encore plusieurs années, mais nous devons dès maintenant lancer le chantier de la réduction de notre dépendance au pétrole. C'est non seulement possible, mais probablement l'investissement qui rapporterait le plus par dollar investi dans toutes les régions du Québec.

Les oléoducs sont plus sécuritaires que les trains ou les navires

Il s'agit d'un faux choix qui nous est proposé. Le vrai choix est de limiter le transport de pétrole en sol québécois à nos besoins, qui sont de 350 000 barils par jour, ou de l'augmenter à plus de 1,4 millions de barils par jour si les projets d'Enbridge et de TransCanada voient le jour. Le tout sans compter les convois de pétrole par trains qui risquent de continuer en provenance du Dakota. Il n'existe aucun moyen de transport de pétrole complètement sécuritaire. En multipliant par 4 le transport de pétrole au Québec, nous augmentons nos risques, nous ne les réduisons pas.

Il est préférable de s'approvisionner en pétrole canadien qu'étranger

Voici une fausse opposition. 71% du pétrole canadien appartient à des intérêts étrangers. Les profits générés par l'exploitation du pétrole canadien n'appartiennent pas à des Canadiens et vont être réinvestis ailleurs dans le monde là où les rendements seront les plus élevés. Autre piège : on soutient implicitement que le pétrole acheminé vers le Québec servira l'approvisionnement des Québécois alors que plus des trois quarts seront destinés au marché international. Et le pétrole qui restera au Québec sera vendu au prix du marché. Le prix à la pompe ne baissera pas.

Le Québec va s'enrichir en développant son potentiel pétrolier

Si les estimations les plus optimistes se concrétisaient à Anticosti, en Gaspésie et dans le Golfe du Saint-Laurent, les revenus que Québec tirerait de l'extraction de pétrole seraient d'environ 500 millions $ par année, ou moins de 1% de son budget de 72 milliards $. En attendant, Québec a risqué 150 millions $ de fonds public pour soutenir l'exploration à Anticosti alors qu'aucune compagnie pétrolière majeure n'a voulu s'y risquer. La vérité est que le tout risque d'être en pure perte. Quant aux projets d'oléoducs, ils ne créeront pratiquement aucun emploi au Québec au-delà de leur phase de construction.

Il faut aller voir s'il y a du pétrole avant de prendre une décision sur son exploitation

Cette phrase est l'équivalent pétrolier d'une cage à homard : dès qu'on y entre, on n'en sort plus. Dès lors que Québec investit 150 millions $ dans l'exploration pétrolière à Anticosti, comment pourrait-il renoncer à exploiter un gisement commercialisable ? En prenant la décision de risquer des fonds publics dans un investissement hautement spéculatif, Québec a joué un coup de dé et s'est enfermé dans une logique d'exploitation dont il sera pratiquement impossible de sortir. La même logique prévaudrait pour le Golfe Saint-Laurent. Et rappelons que la catastrophe du golfe du Mexique a été provoquée par un forage exploratoire, les forages exploratoires étant les plus risqués. Dans ce contexte, « aller voir », c'est jouer à la roulette russe financière et écologique.

Le Québec vit aux crochets de l'Alberta et doit soutenir son développement pétrolier

D'abord le choix de la péréquation comme seule référence est biaisé. Si on prend le total des transferts fédéraux aux provinces, l'Ontario reçoit plus d'argent par habitant que le Québec. Quant à la péréquation elle-même, elle est versée par le gouvernement fédéral — et non par l'Alberta — pour équilibrer la richesse entre les différentes parties du pays, chose requise par la constitution canadienne. Trois provinces, l'Alberta, la Saskatchewan et Terre-Neuve, qui ont des petites populations et de grands revenus pétroliers, paient de la péréquation. Six en reçoivent. Le Québec arrive à l'avant-dernier rang pour la péréquation reçue par habitant. Comme citoyens canadiens, les Québécois ont droit à cette péréquation et rien dans la Constitution canadienne n'indique qu'ils doivent renoncer à leur droit de choisir leur avenir énergétique en échange de cet argent. En outre si Ottawa avait vraiment à cœur le développement économique du pays, il utiliserait une plus grande part des revenus pétroliers pour soutenir la diversification économique du pays et la création d'emploi dans toutes ses régions, diminuant ainsi le besoin de péréquation.

Voilà quelques outils pour nous permettre de répondre efficacement à la campagne de propagande qui bat présentement son plein au Québec. Al Gore m'a dit à plusieurs reprises qu'il nous faut « gagner le conversation ». Dans ce cas, gagner la conversation signifie refuser la propagande et remettre au premier plan la lutte aux changements climatiques et la réduction de notre consommation de pétrole qui continue de nous coûter près de 14 milliards $ par année.

18 août 2014

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