Photo: Rejet de Keystone XL par Obama : les leçons pour le Québec

(Crédit : maisa_nyc via Flickr)

Par Karel Mayrand, directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki

Après des années de tergiversations, et suite à une mobilisation citoyenne sans précédent, l'administration Obama a finalement rejeté le controversé projet Keystone XL qui devait acheminer le pétrole des sables bitumineux aux raffineries du golfe du Mexique. Maintenant que les projets Northern Gateway d'Enbridge et Keystone XL sont respectivement bloqués en Colombie-Britannique et aux États-Unis, et malgré la vague d'espoir citoyenne qui s'est propagée en réponse à ces blocages, la pression se fera de plus en plus forte pour que le Québec autorise le projet Énergie Est, de loin le plus ambitieux projet d'oléoduc en Amérique du Nord. Le Québec trouvera dans la décision d'Obama les arguments pour dire non.

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S'il prend le temps de lire attentivement la décision du Secrétaire d'État américain, John Kerry, le Premier ministre du Québec pourra difficilement accorder son appui au projet Énergie Est. On peut lire dans la décision du Secrétaire d'État sur le projet Keystone XL que :

Le projet proposé a un impact négligeable sur notre sécurité énergétique. Le projet proposé ne conduirait pas à une baisse du prix de l'essence pour les consommateurs. La contribution du projet proposé à notre économie serait marginale à long terme. Le projet proposé soulève une série de préoccupations au sujet de son impact sur les communautés locales, l'approvisionnement en eau, et les sites du patrimoine culturel. Le projet proposé faciliterait le transport dans notre pays d'une source particulièrement sale de carburant.

Ces arguments peuvent et doivent être transposés intégralement au cas d'Énergie Est. Ceci est d'autant plus vrai après l'abandon par TransCanada de son projet de port pétrolier au Québec. Le Premier ministre affirmait en juillet dernier qu'il n'accorderait pas son appui sans un port pétrolier assurant des retombées économiques au Québec. Il n'y a pas plus de justification économique à ce projet au Québec qu'aux États-Unis, et près de 80 municipalités se sont déjà déclarées opposées au projet en raison des risques pour leurs communautés et leur eau potable. De plus, une vague citoyenne semblable à celle qui a mené au rejet du projet aux États-Unis s'est levée au Québec et rien ne l'arrêtera plus.

Mais John Kerry va encore plus loin :

Le facteur critique dans ma détermination a été le suivant : aller de l'avant avec ce projet porterait atteinte de manière significative notre capacité à continuer de diriger le monde dans la lutte contre le changement climatique.

Des décennies de la science prouvent hors de tout doute raisonnable que l'activité humaine est une cause directe de la montée des mers, de l'augmentation des températures, et de l'intensification des tempêtes qui menacent notre planète — et la fenêtre d'opportunité d'action pour prévenir les pires impacts du changement climatique se referme rapidement. J'ai vu le monde tenter sans succès de répondre à cette menace pendant des décennies. Aujourd'hui, la nécessité d'un leadership américain pour lutter contre le changement climatique n'a jamais été plus grande, et nous devons répondre à l'appel.

Les États-Unis ne peuvent pas demander à d'autres nations de faire des choix difficiles pour combattre le changement climatique si nous ne sommes pas disposés à les faire nous-mêmes. Rejeter l'oléoduc Keystone XL est l'un de ces choix difficiles — mais c'est la bonne décision, pour l'Amérique et le monde.

C'est ici que le Premier ministre doit déterminer s'il sera du bon côté de l'Histoire. Il n'est plus possible, en 2015, d'être un leader de la lutte aux changements climatiques tout en autorisant le développement d'une infrastructure pétrolière qui va permettre annuellement le rejet de 32 millions de tonnes de CO2 dans l'atmosphère pendant plus de 40 ans. Il n'est plus possible de fermer les yeux sur les émissions de gaz à effet de serre d'un oléoduc qui induira à lui seul l'équivalent de 40 % des émissions totales du Québec. Il n'est plus possible de se présenter à Paris en appuyant Énergie Est.

Il ne s'agit pas d'un dilemme entre l'économie et l'environnement. Dans sa décision, monsieur Kerry affirme :

Les États-Unis doivent donner la priorité au développement des énergies renouvelables et continuer la transition vers le type d'emplois qui utilisent mieux nos compétences et notre base manufacturière. L'énergie propre est non seulement la solution au changement climatique; elle est aussi l'une des plus grandes opportunités économiques que le monde ait jamais vue. Si nous continuons à faire des choix intelligents, les entreprises américaines — et les travailleurs américains — devraient en bénéficier énormément.

Comme les États-Unis, le Québec doit relever le défi de développer une économie de pointe, une économie verte qui prend le tremplin de la révolution énergétique qui s'amorce. Le moment est venu de prendre les bonnes décisions. Comme le Président Obama, le Premier ministre a peu à gagner au plan économique et beaucoup à perdre au plan politique en appuyant ce projet.

Le président Obama a fait son choix. Monsieur Couillard doit faire le sien.

9 novembre 2015

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