Photo: Accord de Paris sur le climat : le début d'une nouvelle ère

Par Karel Mayrand, directeur pour le Québec de la Fondation David Suzuki

« En comparaison à ce qu'il aurait pu être, c'est un miracle. En comparaison à ce qu'il aurait dû être, c'est un désastre. » C'est en ces termes que le réputé chroniqueur du Guardian, George Monbiot, a qualifié l'accord de Paris. Salué par tous comme un exploit diplomatique, dénoncé par certains comme une mascarade, l'accord de Paris divise ceux qui le voyaient comme un début et ceux qui en faisaient un aboutissement.

Des militants respectés comme Bill McKibben, Naomi Klein et James Hansen ont dénoncé l'accord comme étant largement insuffisant et trop peu contraignant pour atteindre son objectif, soit de limiter le réchauffement planétaire sous les deux degrés Celsius, en poursuivant les efforts pour éviter un réchauffement supérieur à 1,5 degré. Ils ont raison. Les engagements pris à Paris permettraient un réchauffement supérieur à 2,5, voire 3 degrés, et rien n'assure qu'ils seront respectés.

Faut-il pour autant rejeter l'accord en bloc? Non. Ce serait mal comprendre le rôle de Paris dans la longue lutte que nous menons pour sauver le climat, notre monde et les générations à venir. L'Accord signé à Paris a capitalisé sur une fenêtre politique qui se refermera probablement après la présidence d'Obama et avec une situation économique inquiétante en Chine. C'était maintenant ou jamais.

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L'accord de Paris est un exploit diplomatique mené de main de maître par la France. Pour la première fois en 18 ans, soit depuis la conclusion du Protocole de Kyoto en 1997, une entente internationale sur le climat a été conclue. Il aura fallu une génération et l'échec lamentable de Copenhague pour finalement en venir à un accord universel qui vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre. On aurait tort de sous-estimer les forces qui s'opposent au changement. Cette fois-ci nous avons eu gain de cause. Le monde ne sera plus le même. Le trou béant laissé par la fin de Kyoto a été comblé.

Ceux qui voyaient en Paris une solution globale et définitive de la crise climatique se bercent d'illusions sur le rôle des accords internationaux. Ces accords ne sont ni plus ni moins qu'un instantané des rapports de force qui s'opposent à un moment donné de l'Histoire. L'Accord de Paris n'y fait pas exception. La Charte des Nations-Unies, la Déclaration des droits de l'homme, Action 21, la Convention sur la Biodiversité, la Convention sur les Droits de l'Enfance, la Déclaration des Droits des Peuples Autochtones et de nombreuses autres ententes internationales ont été dénoncées pour leur manque d'ambition ou de dents. Mais on ne pourra jamais sous-estimer leur impact politique. Ils ont élevé la barre morale de la communauté internationale.

L'Accord de Paris prononce le début d'une nouvelle ère, une ère sans combustibles fossiles, sans même les nommer. Il pointe la lune. On aurait tort de ne faire porter notre regard que sur cette main qui pointe vers l'avenir. L'Accord de Paris est un outil politique qui nous rend plus forts. À nous maintenant de nous en servir comme levier.

Notre travail, à partir de maintenant, est de rehausser la barre de ce qui est acceptable, de forcer l'adoption de politiques publiques plus ambitieuses sur le climat, de pointer l'industrie des combustibles fossiles qui continue de tout faire pour nous ralentir. Notre travail est de poursuivre la mobilisation citoyenne. Il a fallu des efforts titanesques pour rallier l'ensemble de l'espèce humaine autour de cette lutte. Il faut maintenant redoubler d'ardeur.

Pour atteindre les objectifs fixés par l'Accord de Paris, les émissions mondiales de GES doivent diminuer de 70% d'ici 2050 pour l'ensemble de la planète et de plus de 80% pour les pays les plus développés. 80% des réserves de combustibles fossiles doivent demeurer dans le sol. La transition énergétique doit dès maintenant s'accélérer. Les pays réunis à Paris se sont refusés à mentionner l'évidence. Ce sera à nous de leur rappeler que la transition est déjà amorcée et qu'elle est inexorable. Et dans cette lutte nous avons maintenant de nombreux alliés : scientifiques, gens d'affaires, élus, citoyens, et notre mouvement prend de l'ampleur à chaque jour qui passe.

Je laisse le mot de la fin à Jeffrey Sachs du Earth Institute : « Comme l'a dit le président John F. Kennedy à propos de l'établissement d'objectifs similaires, dans le contexte de la non-prolifération nucléaire et de l'interdiction des essais atmosphériques d'armes nucléaires "en définissant notre objectif plus clairement, en le faisant paraître plus maniable et moins distant, nous aidons tous les gens à le voir, à en tirer espoir, et à se déplacer irrésistiblement vers lui " [...] Le défi urgent, tant attendu de la mise en œuvre commence maintenant. Ce n'est pas un travail pour les diplomates, mais pour des chefs d'entreprise, des ingénieurs, des gestionnaires financiers et des politiciens. Mais nous avons maintenant le cadre juridique et une vision partagée pour nous déplacer irrésistiblement vers notre objectif. »

Paris n'a rien réglé. Mais cet accord porte l'espoir de notre victoire.

16 décembre 2015

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