Photo: Nouvelle étude scientifique : les objectifs de l'Accord de Paris déjà hors d'atteinte?

Par Karel Mayrand, directeur pour le Québec de la Fondation David Suzuki

À Paris, en décembre 2015, la communauté internationale s'est engagée à limiter le réchauffement climatique sous les deux degrés Celsius, tout en tentant de le garder sous le seuil de 1,5 degrés Celsius. Une étude publiée par Oil Change International met pour la première fois en relation ces objectifs avec les ressources de combustibles fossiles déjà en production dans le monde.

Selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), le total d'émissions de gaz à effet de serre (GES) que nous pouvons émettre pour rester sous le seuil des deux degrés de réchauffement est 843 milliards de tonnes de CO2. Or, les réserves présentement en exploitation de pétrole, de charbon et de gaz émettront 941 milliards de tonnes de CO2 si elles sont exploitées en totalité. Même si toutes les sources de charbon étaient mises au rancart, les gisements de gaz et de pétrole en exploitation mèneraient au dépassement du seuil des 1,5 degrés.

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Les implications de cette étude sont profondes :

- Pour rencontrer les objectifs de l'accord de Paris, il faudrait immédiatement stopper toute exploration de nouvelles sources de combustibles fossiles. Pourtant, l'industrie prévoit investir 14 000 milliards $ dans des activités d'exploration.
- Même si aucune autre source n'était découverte, au moins 10% des gisements présentement en exploitation devrait demeurer dans le sol, et ces actifs devraient être rayés des livres comptables des compagnies pétrolières, gazières ou de charbon.

Il est désormais clair que le modèle d'affaires de l'industrie des combustibles fossiles mise sur l'échec de l'accord de Paris. Il est aussi évident que le Canada et le Québec ne peuvent appuyer l'Accord de Paris et cautionner en même temps l'exploration pétrolière et gazière et le développement de nouvelles infrastructures de combustibles fossiles, qu'il s'agisse de mines de sables bitumineux, de gaz de schistes, de gaz naturel liquéfié ou de pipelines.

À l'intérieur de notre nouveau budget carbone, il n'y a pas de place pour Énergie Est. Pas de place pour Anticosti ou Gaspé. Pas de place pour de nouvelles activités d'exploration pétrolière. Le gouvernement du Québec doit retirer sa loi sur les hydrocarbures et mettre immédiatement un terme à l'exploration pétrolière sur son territoire. Quant au gouvernement fédéral, il ne peut plus appuyer à la fois le développement de nouveaux pipelines et la protection du climat. Aucune nouvelle infrastructure pétrolière ne peut être ajoutée au Canada comme ailleurs dans le monde. Les chiffres ont la tête dure. L'heure des choix est arrivée.

27 septembre 2016

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