Photo: Interdiction de l'amiante: une victoire pour la santé, mais un lourd héritage à porter

Industrie minière d'Asbestos, vers 1923 (Crédit: Musée McCord/Wikimedia Commons)

Par Diego Creimer

Un des films les plus célèbres de tous le temps de la cinématographie canadienne-française, Mon oncle Antoine, commence avec un gros plan d'une mine d'amiante à Black Lake (maintenant Thetford Mines). Nous sommes dans les années 40. Depuis la fin du XIX siècle, les régions de Thetford Mines et d'Asbestos progressent et s'enrichissent grâce à ces minerais dont on comprend mal les risques pour la santé. On découvre plusieurs applications industrielles pour cet isolant thermique : poignées de casserole, pastilles de frein, construction résidentielle. Au fil des ans, l'amiante s'intègre partout. On le consomme et on l'exporte. Il nous entoure telle une accolade d'ours qui nous tue lentement.

Tout un pan de l'histoire du Québec et du Canada sera signé par l'essor et le déclin de cette industrie minière. Aujourd'hui, nous savons sans l'ombre d'un doute que l'amiante (aussi appelé « asbeste » en vieux français) est lié à des maladies mortelles.

Mon oncle Antoine ONF photogramme.png (Image : photogramme du film Mon Oncle Antoine, ONF)

Mi-décembre 2016, la ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott, le disait noir sur blanc: «Respirer des fibres d'amiante peut causer de graves problèmes de santé, dont le cancer du poumon. L'exposition à l'amiante peut aussi engendrer le mésothéliome, un cancer rare mais agressif au pronostic défavorable.»

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La longue exposition des travailleurs de l'industrie de l'amiante en premier lieu, des membres de leurs familles exposés indirectement à domicile, mais aussi de la population au sens large, nous a laissé un lourd héritage qu'on n'a pas fini de regretter. Début 2016, un reportage de La Presse canadienne nous donnait un portrait sombre du nombre de décès passés et à venir par cause des maladies liées de l'exposition à l'amiante : «Les plus récentes données de Statistique Canada révèlent qu'en 2012, on recensait 560 nouveaux cas de mésothéliome (un cancer agressif qui se développe sur la membrane qui enveloppe les poumons) soit deux fois plus que 20 ans auparavant. Entre 2000 et 2012, le nombre de décès a augmenté de 60 %, atteignant 467.»

L'Organisation mondiale de la santé décrie les dangers liés à ce produit depuis 30 ans. En ce sens, la décision récente du gouvernement Trudeau d'interdire l'utilisation, l'importation et l'exportation de l'amiante d'ici 2018 ne fait que remettre à l'heure les pendules d'une horloge grand-père qui grinçait et retardait depuis plusieurs décennies.

Cette décision est décidément un pas dans la bonne direction, et nombre de spécialistes de la santé et organisations environnementales, comme la Fondation David Suzuki, la réclamaient depuis longtemps.

En septembre 2012, Karel Mayrand, directeur de la Fondation David Suzuki au Québec, écrivait : «Il reste beaucoup de chemin à parcourir pour assurer que l'amiante demeure dans le sol et cesse de mettre en péril la santé humaine. Rappelons que l'amiante tue 90 000 personnes dans le monde annuellement, soit l'équivalent d'un Hiroshima par année depuis des générations. Il faut arrêter l'hécatombe. C'est pourquoi l'extraction et l'exportation de l'amiante doivent être interdites par Québec et Ottawa.»

Des pétitions ont circulé, des voix se sont levées -dont la vôtre. Vous vous êtes prononcés contre cette industrie qui nous tue à compte-gouttes ; et vous avez gagné.

L'amiante continuera à être présent dans plusieurs bâtiments, infrastructures et objets, ce qui cause plusieurs maux de tête aux gestionnaires qui doivent inventorier et sécuriser à grands frais le moindre travail de réfection dans les zones touchées. Poser un cadre avec un petit clou dans le mur contaminé d'un simple bureau demande l'intervention d'une équipe de santé et sécurité ! La décontamination sera longue et coûteuse. Mais elle est juste et nécessaire. Malheureusement, ailleurs au monde, l'amiante continuera à être exploitée dans certains pays qui ont décidé de renier la science et de mettre les profits devant la vie. La Russie a justement pris le leadership délaissé par le Canada dans cette exploitation irresponsable. La bataille contre l'amiante au niveau planétaire n'est pas finie.

Ici, à la Fondation, notre solidarité et nos pensées sont avec les victimes passées et à venir, et leurs familles.

À vous tous, nous promettons ceci : nous continuerons toujours à nous battre pour que la science et le principe de précaution éclairent et servent d'unique fondement à toute décision affectant notre environnement, et notre existence.

4 janvier 2017

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