Photo: REEE : le cochon de porcelaine sur la flaque de pétrole

(Crédit : Alexander Dummer via Unsplash)

Par Diego Creimer, Communications et Affaires publiques

Quand je contemple mes enfants Gaspard et Félix après le souper, la famille encore à table échangeant souvent sur le déroulement de la journée à l'école et au travail, je me plais en silence à imaginer ce qu'il adviendra d'eux une fois adultes, les métiers qu'ils choisiront, les valeurs qui les animeront et les batailles qu'ils mèneront. C'est probablement l'un des passe-temps universels des parents fiers et rêveurs.

Peu de temps après la naissance de chacun de ces enfants, un conseiller en placements épargne-études est venu nous vendre un de ces fameux plans qui permettent de mettre de l'argent de côté, dans un petit abri fiscal, pour le dépenser ensuite dans des frais et dépenses liés aux études une fois les enfants admis dans une institution reconnue par le Ministère de l'Éducation. Beaucoup de parents au Québec et au Canada ont probablement reçu une visite semblable et plusieurs ont souscrit à un régime enregistré d'épargne-études (REEE) collectif.

Nous avons ainsi commencé à remplir cette grande tirelire qui servira à éduquer nos enfants et auquel le gouvernement contribue aussi généreusement.

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Quelle surprise n'avons-nous pas eue cette semaine en recevant par la poste les états financiers annuels du Canadian Scholarship Trust (La Fondation fiduciaire canadienne de bourses d'études, en français) : l'argent qui servira à payer les études de nos enfants, bonifié par des avantages fiscaux, est en partie investi dans les énergies fossiles qui menacent directement l'avenir de notre planète et donc celui de nos enfants.

Dans l'inventaire du portefeuille, outre les nombreuses obligations fédérales, provinciales et municipales, on retrouve des obligations émises par des compagnies de production et de transport de pétrole des sables bitumineux. On y repère aussi des placements dans Milit-Air inc., qui fournit des installations pour l'entraînement de pilotes d'avions de guerre, ainsi que des actions d'Enerflex, Imperial Oil Limited et Suncor Energy. Du côté d'Universitas, un autre grand joueur canadien des REEE, on retrouve dans leurs derniers états financiers en ligne un éventail similaire de compagnies pétrolières et pipelinières : Enbridge, Suncor, Canadian Natural Resources Inc, Cenovus Energy, Inter Pipeline et autres.

En lisant ces états financiers, une vérité nous saute aux yeux : nous épargnons pour l'avenir et l'éducation de nos enfants en investissant d'une manière imprudente qui compromet ce même avenir. Cette tirelire collective qui s'étend d'un bout à l'autre du pays, et dans lequel des millions de familles canadiennes mettent mois après mois un peu d'argent pour assurer un meilleur avenir à leurs enfants, est en fait un cochon de porcelaine rose, avec une fente sur le dos, et ses quatre pattes dans une flaque de pétrole visqueux.

Nous devons l'aider à bouger, comme l'Université Laval vient de le faire cette semaine en sortant tout son argent des énergies fossiles sur une période cinq ans. En s'engageant sur la voie du développement durable et par conséquent de la justice climatique, cette université s'est élevée au sommet du palmarès des institutions où je serais fier de voir mes enfants étudier. On ne peut qu'espérer que d'autres universités soucieuses d'un avenir plus vert et plus juste lui emboîteront le pas.

Force est de constater que certains intérêts politiques et économiques associés aux énergies fossiles travaillent à saper la science du climat et participent au courant post-vérité en contradiction profonde avec le travail de plusieurs scientifiques et des universités. De nombreux travaux de recherche sur les changements climatiques, mais aussi sur les énergies renouvelables se font dans ces universités, ce qui ajoute à l'ironie et à la contradiction profonde du choix d'investissements de ces fonds.

Lorsque je regarde mes fils manger, que je m'investis dans leur éducation, je rêve comme société que nous nous engagions de manière cohérente et ferme dans l'inévitable transition vers les énergies propres et renouvelables et dans la décarbonisation de notre économie de la racine à la canopée, de l'enfance à l'âge adulte, des REEE aux universités et jusqu'à nos fonds de retraite.

Parce que nos enfants méritent un avenir meilleur. Et parce qu'ils méritent un avenir, tout court.

Ce texte a aussi été publié dans le journal Le Devoir le 3 mars 2017.

16 mars 2017

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