Votre environnement, votre santé | Vert santé | Fondation David Suzuki
Photo: Votre environnement, votre santé

(Photo iStockphoto.com)

Comment se fait-il qu'un médecin de famille comme moi, d'une petite ville du Centre-Sud de la Colombie-Britannique, ait eu l'honneur de rédiger l'article inaugural du blogue Vert Santé ? Or, pourquoi la Fondation David Suzuki et le Canadian Association of Physicians for the Environment (CAPE) lancent-ils ce blogue?

Il y a quelques années, j'ai pris connaissance du fait que nous, les humains, partageons 70 pour cent de notre génome avec les vers de terre. L'idée que nous partageons deux tiers de notre matériel génétique avec une créature molle et minuscule qui rampe sous la surface du sol pourrait bien surprendre quelques-uns d'entre nous.

Surprenant ou non, cette notion confirme que nous sommes intimement liés aux autres formes de vie sur cette planète.

Tout comme le vers de terre, nous, les médecins, ne voyons souvent pas plus loin que le bout de notre nez. Nous avons tendance à accorder beaucoup d'importance à la santé humaine, sans trop nous attacher à l'univers qui existe au-delà de celle-ci. Nos patients font de même puisqu'ils sont plutôt concernés par leurs propres problèmes de santé, ou par ceux de leurs proches. Parfois, ils éprouvent de la compassion pour des gens qui souffrent et qu'ils ne connaissent pas personnellement, mais dont ils ont entendu parler via les médias ou l'internet.

Mais souvent, tout comme les médecins, ils ne se passionnent que difficilement pour les nuisances que subissent les créatures non humaines. Or, plus elles sont différentes des humains, plus il est difficile de sentir notre interdépendance à leur égard.

On pourrait voir la quête humaine comme un agrandissement lent et soutenu de notre conscience, à la fois de notre conscience de nous-mêmes et du monde qui nous entoure. Cet agrandissement de conscience vise, en partie, à mieux comprendre comment les autres formes de vie sont sensibles à nos propres comportements.

Aujourd'hui, nous en savons beaucoup sur l'intelligence complexe des dauphins, des autres primates et de certains oiseaux, dont le grand corbeau. Et nous avons aussi appris que les organes et les tissus de tous les organismes vivants, y compris ceux des organismes monocellulaires les plus petits, peuvent être profondément marqués par les produits chimiques que nous produisons et par les changements physiques que nous entraînons sur la surface de la Terre.

Les pesticides, les solvants, les agents nettoyants, les produits pétrochimiques et les ignifugeants ne sont qu'une minuscule fraction des dizaines de milliers de substances chimiques que les humains ont créées en laboratoire à leurs propres fins. Ce n'est qu'après coup que nous avons compris que ces substances peuvent nuire aux autres créatures qui y sont exposées.

C'est sans parler des médicaments...

Que l'administration de médicament aux patients par les médecins soit un acte de bienfaisance est une croyance chère à l'ordre médical depuis longtemps. Nous savons désormais que ce point de vue est simpliste. De nombreux produits pharmaceutiques — dont les plus récents produits synthétiques en particulier — font des ravages sur les animaux et les plantes après qu'ils aient quitté le corps humain. Il est désolant de constater que nos efforts à titre de médecin pour soigner les malades peuvent être la cause de très mauvaises choses.

Mais ce n'est pas tout. Il est évident que le « système » de santé n'a pas, jusqu'à aujourd'hui, été assujetti aux rigueurs des analyses environnementales. Par conséquent, le taux de consommation de matériau et d'énergie engendré par les soins de santé est grandement disproportionné et rarement mis en question. Une étude sur le taux de consommation d'un hôpital a révélé que pas moins de huit paires de gants en latex par patient sont utilisées et ensuite jetées chaque jour! ***

Mais nous sommes maintenant au 21e siècle, et nous ne pouvons plus répudier le fait que l'ensemble des créatures vivantes — soit les plantes, les animaux, les poissons, les oiseaux, les bactéries, les virus, et le reste — est inextricablement lié. C'est l'environnement physique dans lequel nous vivons tous qui nous unifie. C'est l'air, l'eau et la terre de notre géant écosystème qui nous lient ensemble. Nous dépendons tous, d'une façon un d'une autre, de l'énergie fournie par le soleil qui sert à nourrir la Terre en abondance.

Cela nous amène à expliquer les raisons pour lesquelles un médecin de famille d'une petite ville est chargé d'inaugurer le blogue Vert Santé.

Je suis un médecin de premier recours, ce qui veut dire que n'importe qui peut venir me consulter à mon cabinet ou à l'hôpital. Je rencontre donc les gens dans leurs réelles circonstances de vie. Je comprends que leurs corps ont été pénétrés par les bactéries, les virus, les champignons et les produits chimiques de leur environnement. Je constate que leurs propres écosystèmes corporels vivent au sein d'une communauté de nombreux autres écosystèmes corporels. Je comprends que la communauté humaine est enclavée au sein d'un écosystème local.

Or, depuis que j'ai vu les premières photos ayant été prises à bord de la navette Apollo, je suis tenu de constater que tous ces écosystèmes partagés sont fusionnés en un gigantesque écosystème planétaire.

Donc, quand je soigne un patient qui se trouve devant moi, je suis conscient que je soigne aussi, inévitablement et toujours, la Planète Terre.

*** GERMAIN, Susan (2002). « The ecological footprint of Lion's Gate Hospital. » Hospital Quarterly, vol. 5, no 2, p. 61-66.

warren_bell (web).jpg Dr Warren Bell est médecin de famille à Salmon Arm en Colombie-Britannique. Depuis plus de trois décennies, il s'inquiète au sujet d'enjeux de développement social et d'environnement. Il est président-sortant et fondateur de l'Association canadienne des médecins pour l'environnement. Ses autres engagements communautaires comprennent la direction de Médecins pour la survie mondiale, Association of Complementary and Integrative Physicians of British Columbia, ainsi que WA:TER.

28 janvier 2010

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